Trump ferait perdre 20 milliards à Boeing

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Raphaël Meulders

C’est l’un des premiers effets « boomerang » du décret anti-immigration du président des Etats-Unis Donald Trump. D’après différents spécialistes, le constructeur d’avions américain Boeing pourrait perdre jusqu’à 20 milliards de dollars de contrats en Iran et en Irak, deux des sept pays visés par le récent décret anti-immigration du Républicain. « Nous pensons que les contrats en Irak et en Iran sont susceptibles d’être annulés par la décision du président Donald Trump d’interdire aux ressortissants de ces deux pays de voyager aux Etats-Unis », explique James Corridore, un analyste du secteur aérien sur la chaîne CNBC.

En jeu également, des « dizaines de milliers » de jobs soutenus par Boeing aux Etats-Unis, notamment grâce à ses commandes venues du Moyen-Orient.

Au-delà de ripostes commerciales possibles des pays visés par le décret, l’une des raisons de ces remises en question de contrats est purement pratique : les équipages et mécaniciens des compagnies Iran Air et Iraqi Airways ne peuvent plus, au moins pendant trois mois, venir se former aux Etats-Unis, étape obligatoire avant la livraison d’un avion.

Et d’après plusieurs analystes, l’administration américaine ne fera « aucune exception » pour laisser entrer le personnel de ces compagnies sur le territoire de l’Oncle Sam. Aucun pilote d’Iraqi Airways ne peut ainsi venir chercher l’un des 13 avions commandés par la compagnie de Bagdad. Du coup, l’avionneur US n’est pas payé.

Du côté de Seattle, où se situe la plus grande usine de Boeing, on fait grise mine. C’est surtout le plus gros contrat, celui avec Iran Air, soit 50 Boeing 737 (moyen courrier) et 30 Boeing 777 (long courrier) d’une valeur de 16 milliards, « prix catalogue » (très souvent négocié à la baisse vu la quantité d’avions commandés) qui est en danger.

Des craintes aussi sur le business en Chine

La vente n’est tout d’abord pas entièrement finalisée et pourrait être tout simplement annulée par la volonté affichée de Donald Trump de remettre en cause l’accord sur le nucléaire signé avec l’Iran en 2015. Ce qui interdirait toute nouvelle transaction avec la république islamique qui a pourtant des ambitions et besoins aériens énormes. « Mon hypothèse est que Trump va réimposer des sanctions à l’Iran, explique Richard Aboulafia, analyste pour le Teal Group au « Seattle Times ». Donc ce gros contrat va de toute façon être annulé. »

Et à ce petit jeu, l’Européen Airbus, éternel concurrent de Boeing, pourrait rafler la mise. Le constructeur est lui aussi engagé dans un mégacontrat avec Iran Air, avec près de 100 avions en commande. Mais son deal est plus avancé, et même si d’éventuelles sanctions occidentales devaient retomber sur l’Iran, l’avionneur européen serait « protégé ». « Airbus a été intelligent, explique Adam Pilarski du bureau Avitas. Ils ont immédiatement livré un premier avion, c’est donc plus compliqué de revenir en arrière. »

Même si l’avionneur américain pourrait faire face financièrement à ce revers potentiel, il craint aussi que les menaces commerciales de Donald Trump envers la Chine, autre gros client, ne lui posent préjudice.

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