François Fillon, deux jours pour faire exploser la droite française

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François Fillon en meeting à Nîmes, le 2 mars 2017. © Patrick Aventurier

L’appel au peuple de nouveau lancé jeudi à Nîmes par le candidat de la droite française ne passe plus dans son camp. L’hypothèse Juppé refait surface. La manifestation pro-Fillon de dimanche à Paris est vécue par beaucoup comme un dangereux dérapage à dix jours de la convocation de l’ancien premier ministre par les juges

◼ François Fillon est-il aujourd’hui le candidat d’une droite française divisée?

C’est l’évidence. La réalité n’est peut-être pas encore celle du délitement électoral, mais les fractures dans les rangs des élus de droite sont réelles et vont faire mal. Une quarantaine de parlementaires, pour la plupart pro-Alain Juppé ou proches des centristes, ont choisi ces jours-ci de prendre leurs distances. Des élus sarkozystes l’ont aussi fait. Plus grave: plusieurs personnalités importantes de l’équipe de campagne constituée par François Fillon après sa victoire à la primaire de la droite de novembre 2016, ont donné leur démission, tel son ancien adversaire Bruno Le Maire, jusque-là en charge de l’international, ou Gilles Boyer, trésorier de la campagne.

Rien n’empêche François Fillon, bien sûr, de continuer le combat présidentiel. L’ancien premier ministre est d’ailleurs le seul à avoir déjà obtenu le nombre de parrainages d’élus requis pour se présenter, comme l’a confirmé cette semaine le Conseil Constitutionnel. Il en affiche plus de 700, alors qu’il en faut 500 pour se qualifier. La légitimité issue de la primaire de la droite n’est pas non plus effacée, et les proches d’Alain Juppé se gardent bien pour l’heure de demander le renoncement immédiat de François Fillon, qui avait nettement battu le maire de Bordeaux. Idem pour Nicolas Sarkozy, qui continue semble-t-il de soutenir François Fillon en raison de son succès acquis aux primaires, lors desquelles l’ancien président français avait été battu au premier tour.

Restent les faits. Une campagne présidentielle est la rencontre d’un homme et des électeurs, mais elle nécessite un camp soudé, et une dynamique. En 1995, dans une droite divisée, Jacques Chirac l’avait emporté contre Edouard Balladur parce qu’il avait su créer une dynamique positive, jouant à fond de son rôle d’outsider. Dans le cas de François Fillon, tout est très différent. Le candidat était donné hyperfavori des sondages après la primaire. Il est maintenant nettement devancé par Emmanuel Macron qui occupe l’espace centriste avec le soutien de François Bayrou. Ses soutiens se recrutent de plus en plus dans le camp des catholiques conservateurs qui ne représentent pas la majorité de l’électorat de droite. La pente à remonter s’annonce très compliquée.

◼ François Fillon peut-il convaincre l’opinion que la justice «manipulée» cherche à l’abattre?

C’est désormais le pivot de sa campagne présidentielle. Et cela repose sur une affirmation: la justice française se serait saisie de ce dossier pour le tuer politiquement, bafouant toutes les règles depuis l’ouverture par le Parquet national financier d’une l’enquête préliminaire le 26 janvier (le jour des premières révélations du «Canard Enchaîné»). François Fillon l’a encore répété à Nîmes hier: «On m’attaque depuis des semaines avec une violence sans commune mesure avec les faits qui me sont reprochés et sur lesquels j’ai répondu point par point. 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, la machine à broyer, la machine à scoops, la machine à rumeurs a été mise en marche». C’est aussi ce message que va porter la manifestation de soutien organisée en sa faveur dimanche à Paris sur le Parvis des droits de l’homme du Trocadéro.

La réalité est pourtant que François Fillon se trouve avant tout pris au piège de ses propres déclarations. Au piège de sa posture morale d’abord. Au piège de ses affirmations, contredites par certaines déclarations télévisées de son épouse qui a affirmé n’avoir jamais travaillé pour lui. Au piège de ses promesses, puisqu’il avait affirmé, le 26 janvier, être prêt à renoncer en cas de mise en examen.

Deuxième difficulté: les juges qui l’ont convoqué suivent la loi. L’information judiciaire a été ouverte car une loi votée le 16 février aurait entraîné la prescription des faits s’ils avaient attendu. On peut penser qu’ils ont été encouragés politiquement à tuer Fillon. C’est ce qu’affirme un collectif de professeurs de droit cités par le candidat. Mais est-ce suffisant pour convaincre l’opinion? Il faut redire ici que la légalité des emplois occupés par Penelope Fillon n’est pas en cause. François Fillon pouvait employer son épouse et ses enfants. C’est le fait que celle-ci n’ait pas travaillé qui est en cause, pour un montant approchant tout de même le million d’euros sur plus de dix ans.

Même en admettant que François Fillon soit la victime d’un complot judiciaire, ce qui serait énorme et gravissime, il lui faut, pour en sortir, pouvoir persuader ses compatriotes. Or on voit qu’une partie de son camp vacille. Il ne suffit pas, pour le candidat, de dire que les juges le persécutent. Il faut que les électeurs le suivent sur cette voie dans une époque où la transparence prime. Second défi colossal.

◼ Ce week-end peut-il tout changer?

Oui. Car du côté d’Alain Juppé, les choses bougent à grande vitesse. Le candidat battu à la primaire par François Fillon semble cette fois sérieusement réfléchir à se poser en possible «plan B», après avoir refusé cette hypothèse. Ses soutiens ont commencé à recueillir des parrainages en sa faveur. La manifestation pro-Fillon de dimanche à Paris pourrait être un point de rupture.

Est-ce que Juppé, s’il se présente, aura devant lui un boulevard? Non. D’abord parce que François Fillon peut maintenir jusqu’au bout sa candidature et que les deux hommes se «tueront» alors mutuellement au premier tour du scrutin. Ensuite parce que Juppé gardera, aux yeux des pro-Fillon, l’image de «traître». Dur à renverser tout cela, du côté de la droite, durant la cinquantaine de jours qui restent avant le 23 avril.

L’autre problème d’Alain Juppé est qu’il risque de s’enliser dans la boue de la campagne Fillon. Désormais, une partie de la droite estime que la justice veut empêcher son candidat. Fillon lui-même parle d’un climat proche, en France, de la guerre civile. Comment le maire de Bordeaux peut-il apaiser cet électorat fracturé alors qu’il a été nettement battu à la primaire? Dernier obstacle enfin: son positionnement politique plus centriste et son âge. Face au quadragénaire Emmanuel Macron, le septuagénaire Alain Juppé aura beaucoup de peine. Et Face à Marine Le Pen, il pourrait bien perdre la frange la plus dure de son électorat. Alain Juppé va aussi retrouver en face de lui François Bayrou, son ex-allié, désormais aux côtés du leader de «En Marche!».

La droite française n’a pas encore perdu cette présidentielle qui semblait lui être offerte sur un plateau. Mais les électeurs de droite, eux, ont aujourd’hui en France une situation qui ressemble de plus en plus à une catastrophe électorale annoncée

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