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Une femme au large sourire serre des mains dans une foule.

Alexandria Ocasio-Cortez a remporté l’investiture démocrate le 26 juin 2018 face à Joe Crowley. Photo : Getty Images/Scott Heins

Ce sont de nouveaux venus en politique et leurs propositions sont plus à gauche que celles habituellement défendues par leur parti. Certains candidats démocrates émergents réussissent à mobiliser, particulièrement les jeunes électeurs. Mais leurs idées sont loin de faire l’unanimité, y compris au sein de leur propre formation politique.

 Raphaël Bouvier-Auclair

« C’était vraiment un des plus grands renversements dans la politique de New York. » C’est ainsi que la journaliste de Politico, Madina Touré, décrit l’entrée en scène d’Alexandria Ocasio-Cortez.

En juin, la jeune femme de 28 ans, qui avait travaillé pour la campagne de Bernie Sanders en 2016, a obtenu l’investiture démocrate pour devenir la représentante du 14e district de New York.

Sa victoire a causé un choc au sein du Parti démocrate. Après tout, Alexandria Ocasio-Cortez a défait Joe Crowley, un ténor qui était élu à Washington depuis près de 20 ans et qui avait même des visées sur la présidence de la Chambre des représentants.

Des affiches d'une candidate politique sont placardées sur une porte vitrée.

Un local de campagne d’Alexandria Ocasio-Cortez dans le quartier Queens à New York Photo : Radio-Canada/Raphaël Bouvier-Auclair

Assurance maladie accessible à tous, abolition de l’agence responsable d’appliquer les lois d’immigration : les positions de la candidate, comme les autres qui sont associés à l’aile socialiste du parti, vont plus loin que les propositions traditionnelles de bien des démocrates.

Selon Madina Touré, cette plateforme s’explique entre autres par la réalité des quartiers new-yorkais, comme Queens et le Bronx, qu’Alexandria Ocasio-Cortez entend représenter à Washington.

« Beaucoup de gens dans ces quartiers ont des soucis avec les politiques d’immigration du président Donald Trump. Le fait qu’elle [Alexandria Ocasio-Cortez] a parlé d’abolir l’agence d’immigration a été très populaire avec les électeurs ici », souligne par exemple Madina Touré.

Deux femmes marchent sur un trottoir dans une grande ville américaine.

Le quartier Queens, à New York Photo : Radio-Canada/Raphaël Bouvier-Auclair

« L’immigration est un grand enjeu », confirme une électrice rencontrée dans une rue de Queens, qui estime aussi que les résidents du quartier accordent une grande importance à d’autres questions, comme le prix des logements.

Mobilisation des jeunes électeurs

La candidature d’Alexandria Ocasio-Cortez résonne au-delà des frontières de ce quartier.

Un soir de semaine à la fin de septembre, les étudiants de l’Université Columbia étaient très nombreux à attendre devant l’église Riverside au nord de Manhattan, où Alexandria Ocasio-Cortez participait à une discussion avec l’économiste et Prix Nobel Joseph Stiglitz.

« Elle n’a pas de filtre, ce sera très bien à Washington », notait une étudiante venant tout juste de s’inscrire pour devenir bénévole de la campagne Ocasio-Cortez.

Un homme debout sur un trottoir qui tient un papier entre des données dans un ordinateur portable.

Un militant de la campagne d’Alexandria Ocasio-Cortez tente de recruter des bénévoles. Photo : Radio-Canada/Raphaël Bouvier-Auclair

Pour de nombreuses personnes rencontrées sur place, la candidate et les idées qu’elle véhicule représentent ce dont le Parti démocrate a besoin pour motiver certains électeurs qui ont boudé les urnes aux élections de 2016.

Je me sens plus progressiste que le Parti démocrate en ce moment. Sa candidature me donne de l’énergie.

AJ Golio, étudiant à l’Université Columbia

Une source d’attaques

Les républicains, à commencer par le président Donald Trump lui-même, n’ont pas manqué de s’inspirer de l’émergence d’Alexandria Ocasio-Cortez et d’autres candidats qui partagent ses idées pour attaquer le Parti démocrate.

Pas plus tard qu’en août, le président a qualifié d’horrible « cette nouvelle vague d’extrémisme anti-frontière et anti-forces de l’ordre ».

Au sein du Parti démocrate, des membres craignent justement que certaines positions de ces nouveaux candidats – qui, bien que minoritaires, attirent beaucoup l’attention – refroidissent une partie de l’électorat. Particulièrement des électeurs centristes dont le vote est essentiel pour obtenir des gains aux élections de mi-mandat.

Deux personnes dans une salle de réunion devant des gratte-ciels : une écrit à l'ordinateur, l'autre parle au téléphone.

Des bénévoles démocrates, dont Anne Stonehill, appellent des électeurs dans une circonscription républicaine de l’État de New York. Photo : Radio-Canada/Raphaël Bouvier-Auclair

La militante new-yorkaise Anne Stonehill est préoccupée. Dans un édifice du centre de Manhattan, elle participe à une campagne téléphonique pour convaincre des électeurs d’une circonscription républicaine plus rurale de l’État de New York d’élire le candidat démocrate local.

Cela m’inquiète. J’ai peur que même les démocrates ne soient plus intéressés si on évoque le socialisme.

Anne Stonehill, bénévole démocrate

Un autre bénévole, Steven Abrahamson, croit de son côté que tous ont leur place dans la coalition qu’est le Parti démocrate.

Selon lui, des débats entre les candidats des différentes factions seront sains pour le parti, mais pas avant les élections de mi-mandat.

« Il faut avant tout les élire, c’est trop critique en ce moment », explique-t-il, rappelant cette volonté des démocrates d’à tout le moins ravir la Chambre des représentants aux républicains le 6 novembre.

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