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AFP / FRANCOIS GUILLOT Jerôme Rodrigues (G), une figure des « gilets jaunes » et un autre manifestant blessé appellent à manifester pacifiquement contre les violences policères, le 2 février 2019 à ParisEn pleine polémique sur les LBD, les « gilets jaunes » défilent samedi à Paris contre les violences policières lors d’un acte 12 marqué par de nouvelles mobilisations en France, notamment à Valence où 10.000 manifestants sont attendus.
Au lendemain de la décision du Conseil d’Etat de maintenir l’usage des lanceurs de balle de défense (LBD) dans les manifestations, une « grande marche des blessés » est prévue dans la capitale deux mois et demi après le début du mouvement.
Peu avant midi, quelques centaines de « gilets jaunes » étaient rassemblés place Félix Eboué à Paris (12e) derrière une banderole réclamant l' »interdiction des grenades et des LBD » et un kaléidoscope montrant des visages tuméfiés. Figure du mouvement et gravement blessé à l’oeil la semaine dernière, Jérôme Rodrigues, était acclamé et applaudi par des manifestants, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Dans la foule, quelques manifestants portaient un faux bandage à l’oeil en solidarité avec les blessés graves. « Ca me choque quand je vois les armes qu’ils utilisent », témoigne Gérald, maçon à Saint-Quentin (Aisne). « Il y a 15 jours une grenade nous est passé juste à côté. Elle a explosé à deux mètres. On a vu les éclats partir en l’air, c’était très choquant », ajoute son frère Olivier.
AFP/Archives / BERTRAND GUAY Jérôme Rodrigues (G) et Eric Drouet (D)figures des « gilets jaunes », après que le premier ait été gravement blessé à l’oeil, à Paris, le 30 janvier 2019Selon le collectif militant « Désarmons-les », 20 personnes ont été gravement blessées à l’œil — la plupart éborgnées — depuis le 17 novembre. La police des polices (IGPN) a été saisie de 116 enquêtes selon une source policière, portant pour dix d’entre elles sur de graves blessures aux yeux.
Saisi en urgence, le Conseil d’Etat a toutefois estimé vendredi que le risque de violences dans les manifestations rendait « nécessaire de permettre aux forces de l’ordre de recourir » aux LBD, une décision jugée « incompréhensible » par des « gilets jaunes ».
Face à la controverse, le ministre de l’Intérieur a reconnu vendredi que cette arme –utilisée plus de 9.200 fois depuis le début de la contestation– pouvait « blesser » et a promis de sanctionner « les abus » mais il en a défendu l’utilisation « pour faire face aux émeutiers ».
« S’il n’y avait pas de magasins pillés, de barricades érigées, de voitures brûlées, de bâtiments publics saccagés (…), si la loi était respectée, tout simplement, il n’y aurait pas de blessés », a estimé Christophe Castaner, promettant un dispositif policier « puissant » pour ce douzième samedi de mobilisation.
– Craintes de débordement –
Samedi dernier, selon le ministère de l’Intérieur, 69.000 « gilets jaunes » ont manifesté sur le territoire contre 84.000 le 19 janvier. Des chiffres systématiquement contestés par les manifestants qui accusent la place Beauvau de sous-évaluer la mobilisation.
Ce samedi, les « gilets jaunes » appellent cette fois à se mobiliser en masse à Valence, où le président Emmanuel Macron s’était rendu la semaine dernière pour le grand débat lancé dans l’espoir d’éteindre la crise.
Jusqu’à 10.000 manifestants sont attendus dans cette ville de la Drôme où des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises. « On craint, comme on l’a vu dans d’autres manifestations dont celle de Bourges, environ 10% de casseurs », a déclaré à l’AFP le maire LR de Valence Nicolas Daragon.
Sur place, l’hyper-centre était placé sous haute sécurité, avec de nombreux points de filtrage mis en place par les policiers qui multipliaient les contrôles d’identité. Presque tous les commerces étaient fermés, certains ayant protégé leurs devantures avec des panneaux de bois, a constaté un journaliste de l’AFP.
Des rassemblements sont également prévus à Bordeaux et Toulouse, traditionnelles places fortes de la mobilisation, où les précédents actes ont été émaillés d’incidents avec les forces de l’ordre, mais aussi à Nancy, Caen, Nantes ou Rouen.
La police de Toulouse a ouvert une « enquête administrative » après la divulgation d’une vidéo où l’on entend des policiers commenter une manifestation de « gilets jaunes » en jugeant qu’il faut « tirer », « aligner deux, trois bastos ».
Sur le Vieux Port de Marseille, « un mur de la honte » sera érigé en souvenir des 14 personnes mortes (11 en France, 3 en Belgique) accidentellement depuis le début du mouvement.
Dans une tribune publiée sur franceinfo, une soixantaine d’avocats ont de leur côté dénoncé des « dérives » dans le traitement judiciaire des « gilets jaunes », pointant du doigt la « sévérité » des peines prononcées ou encore des contrôles judiciaires « très contraignants ».