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WORD BEACH. 06 juin 1944, 07H32. Les 177 commandos français menés par le lieutenant de vaisseau Philippe Kieffer sont les premiers des Alliés à poser le pied sur les plages duCOMMANDOS KIEFFER. Issus des Forces françaises libres et entraînés au Royaume-Uni, ces fusiliers marins sont les glorieux ancêtres des actuels commandos de la Marine nationale.
PHILIPPE KIEFFER, FONDATEUR DES COMMANDOS MARINE
Né à Haïti, banquier de profession, Philippe Kieffer vit à New York aux prémices de la guerre. Arrivé en France en 1939, il a 40 ans lorsqu’il s’engage comme volontaire et devient quartier-maître secrétaire de réserve dans la Marine. Répondant à l’appel du général de Gaulle, il s’embarque pour l’Angleterre dès le 19 juin 1940 et rejoint aussitôt les Forces navales françaises libres (FNFL). Officier de liaison à la base de Portsmouth, il est impressionné par les résultats du raid de commandos britanniques sur les îles norvégiennes de Lofoten, occupées par l’Allemagne.
Philippe Kieffer propose alors aux FNFL de créer une unité de commandos français. Il en prend la tête, lance le recrutement des premiers volontaires, d’abord entraînés au sein des FFL puis, à partir de 1942, dans les centres des Royal Marines.
Depuis 1940, deux bataillons de fusiliers marins (BFM) ont été créés au sein des FNFL. Parmi les volontaires qui rejoignent Kieffer se trouvent certains de ces fusiliers, mais également des légionnaires et des marins civils qui ont rallié l’Angleterre par leurs propres moyens pour rejoindre les Forces libres. 28 hommes sont sélectionnés pour former la 1ère Compagnie de fusiliers marins en 1942, notamment Jean Pinelli, Francis Vourc’h et Charles Trépel, qui deviennent les adjoints de Kieffer. Le 2e BFM, dissous en mars 1942, fournit des effectifs supplémentaires pour former une deuxième troupe, sous les ordres d’Alexandre Lofi.
PREMIÈRES OPÉRATIONS DES « BÉRETS VERTS »
Les engagés doivent suivre un rude entraînement de six semaines au camp écossais d’Achnacarry : marches forcées, parcours d’obstacles, tirs à balles réelles, combat à mains nues ou au couteau sont le lot quotidien des volontaires dont on teste la condition physique et la résistance morale. À l’issue de ce stage dirigé par le lieutenant-colonel Charles Vaughan, qui a participé aux raids sur les îles norvégiennes, les commandos reçoivent le fameux béret vert, relevé à gauche, « à l’anglaise ». Le brevet commando consacre la spécificité de cette unité, destinée à mener des missions-éclairs derrière les lignes ennemies pour le débarquement.
L’entraînement se poursuit. Le 14 juillet 1942, les troupes sont passées en revue à Londres, par le général de Gaulle. La 1ère Compagnie devient le 1er Bataillon de fusiliers marins commandos (BFMC) le 8 octobre 1943. En 1944, Philippe Kieffer commande ainsi un bataillon composé de deux « troops » (n°1 et 8) et d’une demi-troop d’appui « K-Gun », intégré au Commando interallié n°10.
Aux côtés des commandos britanniques, les Français auront donc mené des missions à Dieppe (août 1942) ou sur les côtes occupées (opérations Hardtack, 1943-1944). Ce baptême du feu prépare le débarquement et porte déjà son lot de morts et de blessés. Le 28 février 1944, un raid aux Pays-Bas voit notamment disparaître le capitaine Charles Trépel ainsi que toute son équipe, et le 25 mai 1944, le 1er BFMC est intégré à l’opération Overlord et affecté au Commando britannique n°4.

DU DÉBARQUEMENT AUX CHAMPS-ÉLYSÉES
Jour J. Les 177 commandos Kieffer sont les premiers à débarquer sur les plages au matin du 6 juin. Ils doivent prendre le casino de Ouistreham, point fort d’un ensemble de fortifications abritant les pièces d’artillerie lourde qui verrouillent l’estuaire. Une marche de deux kilomètres sous le feu des obus sépare les plages de l’objectif assigné.
Arrivées à portée, les armes des commandos sont vaines contre le bunker. Kieffer, qui a dérouté un char Centaur, neutralise finalement les batteries ennemies à 9h30. Ils doivent ensuite faire la jonction avec les parachutistes de la 6th Airborne au pont de Bénouville. La nuit tombe lorsqu’ils rejoignent les soldats britanniques du Commando n°6sur les hauteurs d’Amfreville. Le 1er BFMC a essuyé 25 % de pertes, Kieffer est blessé, mais la mission est un succès. Pour les commandos français, la difficile bataille de Normandie va durer jusqu’en août 1944 ; ils ne regagneront leur base anglaise que le 8 septembre.
De novembre 1944 à mars 1945, le 1er BFMC participe à la campagne finale contre l’Allemagne, aux Pays-Bas. La guerre terminée, Philippe Kieffer, qui a été promu capitaine de corvette, reçoit la Légion d’honneur à Paris. Il défile avec ses hommes sur les Champs-Élysées le 26 mai. En juin, les commandos rallient leur caserne de rattachement pour être démobilisés ; le Bataillon est dissous le 1er juillet.
HÉRITAGE DES COMMANDOS KIEFFER
La Marine comprend aujourd’hui sept unités de commandos. Parmi les cinq premières formations, créées en 1947 et 1948 et qui sont alors principalement déployées en Indochine, deux portent le nom d’officiers du 1er BFMC tombés au combat : Trépel et Hubert, mort à Ouistreham le 6 juin, fauché par un tir de sniper.
La sixième unité commando, créée le 8 mai 2008 lors des commémorations de la victoire de 1945 par le Président de la République, est baptisée Commando Kieffer, en l’honneur des 177 fusiliers du débarquement. Basée à Lorient, elle constitue une formation de commandement et d’appui opérationnel pour la Marine et les forces spéciales.
Le 19 janvier 2019, Ouistreham est devenue la ville marraine de cette unité de commandos. À l’occasion de l’anniversaire des 75 ans du débarquement, qui sera commémoré le 6 juin prochain sur ses plages, une statue du commandant Philippe Kieffer sera inaugurée en présence de sa famille. Unhommage au « père » des commandos et aux 177 Français débarqués sur les côtes normandes au matin du Jour J. Des hommes du commando Kieffer débarquent en Normandie, le 6 juin 1944.

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