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AFP / MANDEL NGAN

Emmanuel Macron et Donald Trump ont célébré jeudi à l’unisson, et dans l’émotion, le 75e anniversaire du Débarquement allié sur les plages de Normandie, s’efforçant de mettre en sourdine leurs divergences, de l’Iran au climat.

« Vétérans, nous savons ce que nous vous devons: la liberté », a lancé, en anglais, le président français depuis le cimetière américain de Colleville-sur-Mer (Calvados). « Au nom de mon pays, je veux simplement vous dire merci », a-t-il ajouté, sous un grand ciel bleu dans ce site majestueux surplombant Omaha Beach qui compte 9.387 croix ou étoiles de David blanches parfaitement alignées.

Parmi ces vétérans, Jack Ewald, 94 ans, qui a débarqué à Omaha Beach et n’aurait manqué ces cérémonies « pour rien au monde », est heureux de rencontrer d’autres vétérans de la Seconde Guerre mondiale. « Ils ont survécu, comme moi », dit-il à l’AFP. Lui ne se voit pas en héros. « Nous n’avons rien fait de spécial. Nous nous sommes protégés les uns les autres ».

AFP / MANDEL NGAN Donald Trump salue des vétérans américains le 6 juin 2019 au mémorial de Colleville-sur-Mer

– « Fierté de notre Nation » –

« Il y a 75 ans jour pour jour, sur ces côtes, sur ces falaises, 10.000 hommes ont versé leur sang et des milliers ont sacrifié leur vie pour leurs frères, leurs pays, et pour la survie de la liberté », a-t-il ajouté, avant de louer les liens « indestructibles » entre les Etats-Unis et leurs alliés.

Étape clé de la libération de l’Europe, ce débarquement est le plus important de l’histoire par le nombre de navires engagés: 6.939 navires ont débarqué 132.700 hommes sur les plages de Normandie.

– « Fierté de notre Nation » –

« Vous êtes la fierté de notre Nation », a de son côté lancé M. Trump à l’adresse des vétérans américains présents, dont une cinquantaine du Jour J.

« Il y a 75 ans jour pour jour, sur ces côtes, sur ces falaises, 10.000 hommes ont versé leur sang et des milliers ont sacrifié leur vie pour leurs frères, leurs pays, et pour la survie de la liberté », a-t-il ajouté, avant de louer les liens « indestructibles » entre les Etats-Unis et leurs alliés.

AFP / Ben STANSALL Le vétéran britannique John Prior déambule dans le cimetière de la Seconde guerre mondiale à Bayeux, le 6 juin 2019

Le président français a aussi profité de l’occasion pour adresser un message plus politique à son homologue américain, pourfendeur du multilatéralisme, qui brandit sans relâche son slogan « L’Amérique d’abord ».

Au nom de la « promesse de Normandie », « nous ne devons jamais cesser de faire vivre l’alliance des peuples libres », a-t-il lancé, citant en exemple les Nations unies, l’Otan et l’Union européenne, autant d’institutions que le milliardaire républicain critique régulièrement.

– Relations « exceptionnelles » –

Mais preuve de la volonté des deux hommes de ne pas gâcher cet esprit d’unité, ils ont, au début d’un tête-à-tête un peu plus tard à Caen, insisté sur leur bonne entente, s’efforçant de minimiser leurs désaccords, pourtant marqués sur le dossier iranien par exemple.

M. Trump, qui avait réservé il y a quelques mois à son « ami » Macron des tweets particulièrement agressifs, n’a pas hésité à qualifier leurs relations d' »exceptionnelles ». « Je tiens beaucoup à la relation historique » entre la France et les Etats-Unis, lui a répondu ce dernier. M. Trump a quitté Caen en milieu d’après-midi pour rejoindre l’Irlande.

Le 13 novembre, à peine rentré de Paris, où il avait célébré la paix avec d’autres dirigeants du monde, M. Trump s’était vivement attaqué à son homologue français. « Le problème est qu’Emmanuel Macron souffre d’une très faible cote de popularité en France, 26%, et d’un taux de chômage à près de 10% », avait-il taclé.

Selon l’Elysée la rencontre entre les deux chefs d’Etat jeudi s’est cependant déroulée dans une « atmosphère positive ». « L’entretien a permis de vérifier qu’on pouvait travailler ensemble », « que la confiance était là » et les deux hommes ont notamment évoqué l’Iran, la Libye, des crises africaines dont le Sahel, le G20 ou encore le commerce mondial.

En début de la matinée, Theresa May et Emmanuel Macron avaient entamé ces célébrations côté français en dévoilant la première pierre du futur mémorial en hommage aux militaires britanniques, à Ver-sur-Mer (Calvados).

Le président français a réaffirmé la solidité « des liens singuliers » entre la France et le Royaume-Uni malgré la perspective du Brexit.

AFP / Damien MEYER Accolade entre Donald Trump et Emmanuel Macron le 6 juin 2019 lors des cérémonies du 75e anniversaire du Débarquement allié en normandie

– « Ne jamais oublier » –

Mercredi à Portsmouth, Donald Trump, Emmanuel Macron et la reine Elizabeth II avaient donné le coup d’envoi des célébrations de ce 75e anniversaire.

POOL/AFP / PHILIPPE WOJAZER Theresa May et Emmanuel Macron arrivent au mémorial britannique situé à Ver-sur-Mer, en normandie, le 6 juin 2019

Les 16 pays représentés ont adopté une « Déclaration » pour « faire en sorte que les sacrifices du passé ne soient jamais vains et jamais oubliés ».

Jeudi, en fin d’après-midi, M. Macron a rendu hommage aux 177 membres du commando Kieffer. « Ils n’étaient qu’une poignée, certes, mais une poignée de braves. Ils étaient presque un symbole mais un symbole ô combien puissant pour l’honneur de la France », a-t-il dit.

De leur côté, le Premier ministre Edouard Philippe et son homologue canadien Justin Trudeau ont célébré les 14.000 Canadiens débarqués le 6 juin. Pour Alphonse Vautour, 100 ans en octobre, « les vieux soldats, ça meurt pas ». Pour la première fois de retour à Juno Beach, cet ancien soldat était heureux de voir « de vieux camarades ».

Au total plus de 280 événements ont été labellisés pour ce 75e anniversaire. De cinq à six millions de touristes sont attendus en 2019 sur les sites historiques normands.

Près de 3.000 civils normands ont perdu la vie les 6 et 7 juin, soit presque autant que de militaires alliés le Jour J.

En fin d’après-midi jeudi environ 200 à 300 personnes ont manifesté à Caen pour protester contre la visite de Donald Trump, brandissant notamment une banderole « racisme sexisme impérialisme stop Trump dégage », a constaté un journaliste de l AFP.