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Mathieu Bock-Côté
La violence est au cœur de la société américaine.

Photo AFP La violence est au cœur de la société américaine.

Les États-Unis sont sous le choc. Comment pourrait-il en être autrement ? Les tueries de masse s’y multiplient. Si chaque massacre nous horrifie, rarement sommes-nous surpris. Ces carnages à l’arme automatique ne sont plus exceptionnels et forment désormais un phénomène de société à part entière.

Naturellement, on cherche à le comprendre, à l’éclairer.

On ne se laissera pas détourner d’une réflexion sérieuse par ceux qui croient dévoiler les racines du mal en accusant les jeux vidéo. Quoi qu’on pense de l’étrange déréalisation de la violence qu’ils promeuvent, ils sont présents dans chaque pays aujourd’hui sans engendrer, à ce qu’on sache, des fusillades à répétition.

Racisme

L’Amérique est une société écartelée où la richesse extrême cohabite avec la pauvreté la plus désolante. C’est une société anomique, aussi, où des millions d’individus sont laissés à eux-mêmes dans une misère existentielle absolue, et dans un environnement médiatique anxiogène, qui met en scène les pathologies présentes dans le corps social, de l’obésité morbide aux grossesses adolescentes sans oublier mille phénomènes de même nature.

L’Amérique est aussi tiraillée depuis toujours par de vives tensions raciales qu’elle ne parvient pas à surmonter. Pire encore : elles se radicalisent depuis une dizaine d’années.

Et le vieux racisme blanc, véritable péché originel de l’histoire de ce pays, remonte à la surface dans sa forme la plus extrême. On vient encore de le voir au Texas, il conduit aisément à une logique meurtrière qui relève de la pulsion génocidaire.

Dans un tel environnement, la culture des armes transforme le pays en poudrière.

N’importe quel fou furieux peut avoir chez lui des armes de guerre. On ne sous-estimera pas le dérèglement psychologique collectif que cela entraîne. Les États-Unis ne sont jamais parvenus à censurer symboliquement l’usage légitime de la violence par le commun des mortels. Avoir un pistolet ou un fusil d’assaut peut donner au dernier paumé un sentiment de toute-puissance lui permettant de concrétiser ses fantasmes exterminateurs et de se livrer aux pires vengeances qu’un esprit humain peut élaborer.

Il vaut la peine de le noter : si plusieurs tueries sont idéologiquement motivées, elles ne le sont pas toutes. Si l’assassin du Texas était indéniablement un raciste blanc, celui de l’Ohio ne correspond pas à ce profil. En d’autres mots, aux États-Unis, la tentation du massacre transcende l’idéologie dont elle se pare de temps en temps.

Ce qui se révèle ici, c’est un nihilisme qui vire aisément à la tentation exterminatrice. Autrement dit, la part « diabolique » de l’homme surgit plus aisément dans la vie sociale, comme si elle était mal refoulée.

Nihilisme

Il faut le redire : l’homme qui le matin sentait qu’il n’était absolument rien peut d’un coup se placer au centre du monde et obtenir toute l’attention médiatique. Il peut même se prendre pour Dieu en décidant qui vivra et qui mourra, avant souvent de se suicider, comme s’il se voulait désormais seul juge de sa propre action.

Comment ne pas y voir une société profondément malade ? Il faudrait désarmer les Américains. Mais nous savons bien que cela n’arrivera jamais.

Source: https://www.journaldequebec.com/2019/08/07/maladie-americaine