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Le « Financial Times » appelle à une réforme du capitalisme afin de protéger les populations qui sont poussées dans la pauvreté aussi bien par la crise sanitaire que par les autres maux de nos sociétés.

Par Jacques Hubert-Rodier
« Précariat ». Un néologisme formé sur les mots « précarité » et « prolétariat », et qui décrit bien la situation des travailleurs pauvres. Ces derniers, au plus fort de la pandémie de Covid-19, se sont en effet retrouvés « en première ligne », qu’ils travaillent dans les hôpitaux ou dans les centres commerciaux, qu’ils assurent les soins des personnes âgées ou les livraisons à domicile.
La précarité est telle, comme le souligne le « Financial Times », que l’on assiste à « d’incroyables situations » : ainsi cette femme accouchant dans des toilettes par crainte de perdre son travail.
« Au cours des quarante dernières années, le travail en est venu à ne plus assurer un revenu suffisant et stable pour un nombre croissant de personnes », écrit le « FT », sans prendre la peine de rappeler que les années 1980 furent marquées par la dérégulation financière et économique chère à Margaret Thatcher et à Ronald Reagan.
Mais le quotidien de la City ne désespère pas : le capitalisme peut être amélioré. Car mieux protéger les populations les plus faibles est dans l’intérêt de tous, même des personnes riches. De fait, depuis la crise financière de 2008, le sentiment de déclassement a poussé nombre de catégories à dénoncer le capitalisme et la mondialisation, qu’elles considèrent comme responsables de leur misère actuelle.
« Franklin Roosevelt, John Maynard Keynes et plusieurs autres pères fondateurs de l’ordre mondial d’après-guerre avaient compris dès les années 1930 que le capitalisme, s’il voulait être recevable sur le plan politique, devait exiger de ses partisans qu’ils en gomment eux-mêmes les aspérités », estime le « FT ».
Pour le journal, le précariat est un gâchis des ressources. Une économie basée sur l’inégalité n’est pas seulement injuste : elle est inefficace.
Le « Financial Times » tâche cependant de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. « Le capitalisme peut être modelé de façon à assurer une vie digne à chacun. Nous aurions tous à y perdre avec autre modèle », est-il écrit, sans que l’on sache s’il s’agit là de dénoncer le socialisme ou d’autres formes d’organisation économique.