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Des manifestants brandissaient une banderole du collectif Touche pas à ma abaya sur laquelle on peut lire « Non à la police du vêtement ! Oui à l’enseignement ! Fières d’être musulmanes ! » alors qu’ils participaient à une « marche unie », à Paris. le 23 septembre dernier.
Bertrand Guay Agence France-Presse Des manifestants brandissaient une banderole du collectif Touche pas à ma abaya sur laquelle on peut lire « Non à la police du vêtement ! Oui à l’enseignement ! Fières d’être musulmanes ! » alors qu’ils participaient à une « marche unie », à Paris. le 23 septembre dernier.

Christian Rioux

Depuis quelques jours, un sondage choc ne cesse de faire parler de lui en France. À l’occasion de la Journée nationale de la laïcité, le 9 décembre, la chaîne laïque franco-arabe Elmaniya a commandé à l’Ifop une vaste enquête afin de mesurer où se situent les musulmans sur les questions relevant de la religion et de la laïcité. Or, la plupart des réponses illustrent l’écart considérable qui sépare sur ces questions les musulmans de la majorité des Français.

Parmi les résultats les plus frappants, on découvre que 78 % des Français musulmans de 15 ans et plus jugent islamophobe et discriminatoire « la laïcité telle qu’elle est appliquée aujourd’hui ». Ils sont même 44 % à la juger très discriminatoire. Seuls 11 % semblent en accord avec sa pratique actuelle. Une opinion en décalage radical avec celle des Français en général, dont les sondages soulignent régulièrement le désir d’un resserrement des règles en cette matière. En juin dernier, un sondage semblable avait révélé que 67 % des Français estimaient que la laïcité était aujourd’hui en danger.

Voile et abaya

Il n’est donc pas surprenant que, contrairement à 81 % des Français, presque trois musulmans sur quatre désapprouvent l’interdiction du port de vêtements traditionnels larges comme l’abaya à l’école décrétée cet automne par le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal. De même, 65 % des musulmans désapprouvent l’interdiction du port par les élèves de signes religieux à l’école publique, comme le voile islamique. Une mesure appliquée depuis bientôt vingt ans et massivement plébiscitée par les Français des autres confessions.

Dans la même veine, 75 % des musulmans s’opposent à l’interdiction faite aux athlètes de l’équipe nationale française de porter des signes religieux aux prochains Jeux olympiques. Ils sont aussi 54 % à estimer que les jeunes filles devraient pouvoir être exemptées de cours de natation à l’école pour des raisons religieuses.

Un sur deux pense la même chose pour tous les cours qui heurtent les convictions religieuses des musulmans. On ne s’étonnera donc pas que, jeudi, des élèves musulmans du collège Jacques Cartier, à Issou dans les Yvelines, se soient insurgés contre une enseignante qui, pour illustrer un extrait des Métamorphoses d’Ovide, leur a montré le tableau Diane et Actéon de Giuseppe Cesari mettant en scène Diane et ses nymphes nues.

Une religiosité renforcée

L’une des principales révélations de cette enquête porte sur la très forte religiosité des populations musulmanes comparée aux autres confessions. Contrairement à ce qui se passe ailleurs dans la société française, ce sont paradoxalement les jeunes qui sont les plus pratiquants. Ainsi, 66 % des musulmans se disent croyants et religieux (pratiquants) contre à peine 26 % de non-pratiquants et 3 % d’athées. Un portrait radicalement opposé à celui du reste de la société française, où l’on ne trouve plus que 18 % de croyants vraiment pratiquants.

Plus étonnant encore, plus les musulmans vieillissent, moins ils semblent attachés à la pratique religieuse. Celle-ci est beaucoup plus accentuée chez les 25 à 34 ans (75 %) et les moins de 25 ans (72 %) que chez les 35 à 49 ans (60 %) ou les 50 ans et plus (58 %). De même, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, plus les Français musulmans sont instruits, plus ils s’astreignent à une pratique rigoureuse de l’islam. Ils représentent 77 % de ceux qui ont fait des études universitaires de second et troisième cycles, alors qu’ils ne représentent que 63 % de ceux qui n’ont pas dépassé le premier cycle et 53 % de ceux qui n’ont pas dépassé le lycée. De même, on constate une religiosité plus intense chez les cadres et les professionnels (74 %) que chez les ouvriers (65 %).

Les Français musulmans sont aussi très majoritaires à déclarer que l’islam influe de manière importante sur leurs choix alimentaires (85 %), leur façon de s’habiller (63 %), leur vie politique (51 %) et même le choix de leurs amis (47 %). Ce sont 75 % d’entre eux qui estiment d’ailleurs que l’islam est « la seule vraie religion » même si, parmi ces derniers, un peu plus de la moitié pensent que les autres religions peuvent contenir des vérités. Ici encore, cette adhésion est plus forte chez les moins de 25 ans (83 %) et les 24 à 34 ans (78 %) que chez les 50 ans et plus (62 %).

Trois musulmans sur quatre (76 %) vont d’ailleurs jusqu’à trancher en faveur de la religion plutôt que de la science lorsqu’il s’agit d’expliquer la « création du monde ». À nouveau, les 25-34 ans (79 %) font plus confiance à la religion que les plus de 50 ans (66 %).

Terrorisme

Deux mois à peine après l’assassinat à Arras par un terroriste islamiste de l’enseignant Dominique Bernard, une grande majorité des répondants (78 %) disent « condamner totalement » ce geste. Un chiffre néanmoins inférieur à celui des Français en général (91 %). Ce rejet est aussi plus nuancé dans certaines parties de la population musulmane. Chez les jeunes qui sont actuellement scolarisés, on trouve tout de même 31 % de répondants qui n’expriment pas de « condamnation totale à l’égard de l’auteur de l’attentat ». Parmi eux, 8 % ne le condamnent pas du tout, le reste affirmant « partager certaines de ses motivations ».

L’enquête de l’Ifop a été menée en ligne du 21 au 29 novembre auprès d’un échantillon de 1002 personnes représentatif de la population de religion musulmane vivant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus.

L’Assemblée française approuve la motion de rejet

Paris — L’Assemblée nationale française a adopté par 270 voix contre 265 une motion de rejet préalable au projet de loi immigration, avec les voix de la gauche, de la droite et de l’extrême droite, infligeant ainsi une très lourde défaite politique au gouvernement.

La motion était défendue par le groupe écologiste. Son adoption entraîne l’interruption de l’examen du texte avant même que ne soient abordés les articles au fond.

Le gouvernement peut choisir désormais de laisser le texte poursuivre son parcours législatif au Sénat ou en commission mixte paritaire réunissant députés et sénateurs, ou décider de l’abandonner.

La gauche et le Rassemblement national (RN, extrême droite) ont salué debout dans l’hémicycle l’adoption de la motion de rejet, des députés de gauche appelant à la démission du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Ce rejet est un camouflet pour ce dernier, qui a fait le pari de trouver un chemin, notamment avec la droite, pour faire passer son texte à l’Assemblée nationale, après son adoption au Sénat dans une version fortement durcie.

« [Gérald] Darmanin a dompté les groupuscules macronistes. Mais pas l’Assemblée nationale. Ça sent le bout du chemin pour sa loi et donc pour lui », a jugé le leader de La France insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, sur X.

« Le désaveu qui vient de s’exprimer ce soir est extrêmement puissant », a déclaré la présidente du RN, Marine Le Pen, estimant avoir ainsi « protégé les Français d’un appel d’air migratoire ».

Gérald Darmanin a présenté sa démission lundi soir, proposition refusée par le président de la République.

Après plusieurs allers-retours entre les deux chambres du Parlement, la réforme, qui reposait initialement sur « deux jambes » — contrôler l’immigration, améliorer l’intégration —, penchait nettement sur le volet répressif, de l’avis de nombreux observateurs, avec beaucoup de mesures pour faciliter les expulsions d’étrangers « délinquants » et décourager les entrées sur le territoire.

La France compte 5,1 millions d’étrangers en situation régulière, soit 7,6 % de la population, et accueille plus d’un demi-million de réfugiés. Elle compterait par ailleurs de 600 000 à 700 000 étrangers en situation irrégulière, selon les estimations des autorités.

Agence France-Presse

Le Devoir