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par Edouard Husson

La vie politique française va-t-elle s’écrouler comme un château de cartes? Le conflit israélo-palestinien mais aussi la fin de la guerre en Ukraine et la pression sur la dette française: autant de réalités internationales qui bouleversent les clivages politiques des dernières années et vont créer des surprises.

Le conflit du Proche-Orient est la pierre de touche: soutenez-vous, à travers les Palestiniens et les Libanais, la cause des peuples écrasés par l’ordre occidental depuis trente ans, qui veulent être ou redevenir libres, qui veulent être ou redevenir des nations indépendantes? Ou bien soutenez-vous, à travers Israël, une œuvre continue d’asservissement des peuples?
Loin d’être la nation modèle qu’on nous a présentée, Israël est juste le bras armé d’un pouvoir global, dont Washington est le centre, qui entend déposséder individus et peuples de leurs libertés essentielles et instaurer une hiérarchie entre les hommes. Ses dirigeants se comportent comme les chefs locaux d’une vaste entreprise mafieuse. Ils font des dégâts car il y a des gens à qui il vaudrait mieux ne jamais avoir livré des avions et des bombes. Telle est la réalité, nue et hideuse. Constatons qu’en France tout le jeu politique en est troublé.
Le piège dans lequel est tombée la droite
Nous connaissons beaucoup de gens de droite, de souverainistes, de défenseurs de l’identité française qui sont en train d’être lentement et sûrement absorbés, avant d’être broyés, par leur allégeance anachronique à l’internationale néoconservatrice.
On comprend bien d’où cela vient. Se faire traiter « d’extrême droite » pendant des années! Se faire comparer à des séides d’Hitler, être mis au ban de la vie politique. Et puis, soudain, on vous offre l’occasion de vous racheter. Soutenez Israël, Mesdames et Messieurs: plus personne ne vous traitera d’antisémite; et en plus, eux, ils ne se laissent pas faire par « les Arabes ». En fait, ce sont des modèles pour vous.
Voilà comment, par une ironie de l’histoire, des populistes et conservateurs qui n’avaient rien à voir avec le fascisme se retrouvent à soutenir un gouvernement israélien qui pousse jusqu’au bout la logique du « sionisme révisionniste », cet enfant honteux de la phase « philosémite » de Mussolini.
Une gauche qui rentre dans l’atmosphère
En face, vous avez de nombreux gauchistes qui ont un réflexe instinctif de défense des Palestiniens opprimés – sans se rendre compte qu’après des années stratosphériques à poursuivre les utopies sociétales des « classes créatives » autoproclamées, ils sont en train de rentrer dans l’atmosphère, de redécouvrir le réel.
Finies les obsessions environnementalistes, la récitation surréaliste de l’alphabet (« L..G..B..T..Q…) et le combat pour toutes les causes dites « sociétales » (ces autres enfants honteux du fascisme, dans sa version la plus inégalitaire, anglo-saxonne et allemande). Place aux grandes questions qui ont fait les heures de gloire de la gauche: la lutte contre l’impérialisme, la dénonciation de la colonisation etc…
Un jeu politique bloqué
Apparemment le jeu politique est bloqué. Les chargés de pouvoir de l’oligarchie globaliste – mission à laquelle se réduit, finalement, le gouvernement Barnier – s’appuient sur une droite qui s’est auto-neutralisée en se ralliant à la cause américano-israélienne.
Et, dans un Guignol sinistre, on demande aux enfants de siffler les méchants pro-Palestiniens, les nouveaux infréquentables de notre cirque politique.
Rien de plus typique que la réaction de Jordan Bardella aux questions légitimes que posait courageusement Rima Hassan à ceux qui l’interviewaient sur BFMTV
Dans le pays qui a connu la tuerie de Charlie Hebdo, Rima Hassan menace clairement les journalistes de BFM TV.
L’extrême gauche a fait élire une véritable porte-parole du Hamas au Parlement européen : elle en partage l’idéologie meurtrière et les pratiques d’intimidation. pic.twitter.com/BKLGeEGzuQ
— Jordan Bardella (@J_Bardella) October 8, 2024
On comprend qu’en juillet dernier, Jordan Bardella pensait être le meilleur pour représenter le macronisme de droite. Finalement, on lui a préféré un homme beaucoup plus expérimenté, de quarante-cinq ans son aîné, mais qui déclare, pour sa part, qu’Israël est « en situation de légitime défense ».
Quand l’Empire s’effondrera
Pourtant, prenez garde, une telle construction est bien fragile.
Quand la tempête de la dette française va se mettre à souffler, quand l’onde de choc de la défaite ukrainienne se répandra à travers toute l’Europe, quand s’effondrera une fragile armée israélienne, devenue incapable de gagner une guerre au sol et qui ne sait plus que bombarder des civils avec des munitions américaines et massacrer des civils désarmés, alors toutes les cartes seront rebattues.
La vie politique française cessera d’être un jeu. Il existera alors une occasion de reconstruire notre pays bien maltraité par l’ordre globaliste.
Et bien malin qui peut dire aujourd’hui comment les forces politiques se réagenceront.
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