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par Malek El Khoury

Guerre en Israël : analyse des enjeux et interrogations, par Jean Goychman

Israël semble avoir gagné « sa » guerre contre l’Iran et son Axe de la Résistance. Cette victoire n’aurait cependant pas pu avoir lieu sans les aides considérables de l’Amérique et de l’Europe, militaires, financières, politiques (vétos américains, condamnation de la décision de la CPI, etc.).


Hamas est certes affaibli, mais continue après 15 mois de guerre non seulement de se battre et de résister, mais de faire mal à l’armée israélienne. Donc pas de disparition de Hamas.

Il est vrai aussi que la Cisjordanie et les Territoires Occupés ont aussi été dévastés et occupés par les Colons soutenus par l’armée israélienne, mais les Palestiniens résistent encore et encore.

Quels scénarios pour la Palestine ?

La Cause Palestinienne, qui avait été reléguée dans les oubliettes de l’Histoire, est revenue en force au-devant de la scène internationale. Fatah et Hamas ont signé un accord (sous l’égide de la Chine) pour une gestion future de ce qui restera des territoires de la Palestine de 1947, y compris Gaza.

La suite des évènements en Palestine est encore inconnue. Netanyahou pourra-t-il annexer la Cisjordanie et Gaza ? Chassera-t-il les Palestiniens vers la Jordanie qui sera déstabilisée ? Les Américains (et les Israéliens eux-mêmes d’ailleurs) ont-ils intérêt à voir un de leurs solides alliés dans cette région subir les foudres des rébellions et troubles ?

Le Liban est certes sous mandat américain avec un policier israélien. Israël occupe encore certaines zones du pays et est positionné maintenant sur le Mont Hermon (côté syrien) d’où il peut dominer le Sud du Liban, la Bekaa, la Syrie et même une partie de la Turquie. Mais Hezbollah n’a pas disparu de la carte.Même s’il est affaibli, autant militairement que socialement,il garde encore une capacité de nuisance et de frappe non négligeable.

Israël vient d’assister à la chute de l’ancien régime des Assad, en principe ennemi, mais avec lequel il avait trouvé une forme de modus vivendi plus ou moins pacifique. Les Jihadistes, principalement d’obédience Frères Musulmans (comme Hamas, la Turquie ou Qatar), qui viennent de prendre le Pouvoir en Syrie ne seront pas nécessairement favorables à Israël, même si leur chef parle d’ouvrir une ambassade israélienne à Damas (et à Beyrouth !!). C’est pourquoi Israël, par précaution, a non seulement détruit toute l’infrastructure militaire syrienne mais a aussi élargi sa zone d’occupation au Sud de la Syrie. Certainement avec l’accord et l’aval de son « patron » américain.

Israël continuera-t-il sa guerre contre l’Irak, et contre le Yémen, pour détruire encore plus l’Axe de la Résistance en frappant les milices pro-iraniennes ? Continuera-t-il sa campagne napoléonienne contre l’Iran en détruisant l’infrastructure nucléaire ?

Le rêve du Grand Israël que certains ministres affichent haut et fort semble se réaliser. En tous cas avancer.Cependant, cette nette et claire avancée militaire bute sur plusieurs obstacles qui pourraient non seulement entraver cette ambition, mais se retourner complètement contre ses initiateurs.

Le rêve du Grand Israël : ambitions et réalités

Cette expansion n’aurait jamais pu se faire sans les nombreux financiers et fournisseurs d’armes qui ontleurs propres ambitions qui ne correspondent pas nécessairement à celles de leur mandataire. L’Amérique souhaiterait imposer dans cette région une Pax Americana et non pas une Pax Israéliana. L’Amérique veut avoir un retour sur investissement pour les sommes fabuleuses investies dans ces guerres qui durent depuis un certain temps.

Il ne faut pas se leurrer. Même si Israël, Netanyahou et la communauté juive ont une influence certaine à Washington, c’est l’Oncle Sam qui, au final, décide en fonction de ses propres intérêts. Le slogan « America First » n’est pas une invention de Trump. C’est une stratégie américaine – que Trump représente bien et ouvertement – qui date depuis longtemps et est omniprésente au moins depuis Reagan, si ce n’est depuis Truman ou Eisenhower. Evidemment avec des va-et-vient, des hésitations entre les isolationnistes et les interventionnistes.

La grande différence entre la Pax Americana et le Grand Israël est celle entre un empire en constitution et un conquérant.Le premier délègue certaines des fonctions de protection des périphéries à des groupes certes « soumis » en contrepartie de leur laisser libertés culturelles et cultuelles. C’est le propre même d’un empire.

Alors que le second veut juste judaïser les zones nouvellement conquises. C’est-à-dire installer en lieu et place des populations autochtones, ses propres membres. Si le Grand Israël consiste à remplacer les locaux par des Juifs, y en aura-t-il assez pour venir s’installer, se battre et mourir pour défendre les frontières ? Et si ce Projet n’implique pas l’éliminationdes locaux mais à les soumettre comme des citoyens de seconde zone (voire comme des « animaux », comme cela a été maintes fois énoncé par des ministres actuels), comment gérer la démographie ? Même les Juifs religieux (les Hassidim) ne veulent pas faire le service militaire. Qu’en sera-t-il des rébellions, des soulèvements ?

Israël est sans aucun doute une puissance militaire, surtout aérienne et maritime.Cependant ces deux armées ne peuvent conquérir des territoires au sol et encore moins implanter ce Grand Israël dont certains rêvent. En plus, vouloir occuper de nouvelles terres que d’autres aussi convoitent ou veulent gouverner comme la Turquie, l’Iran, l’Egypte, l’Arabie, la Russie, la Chine, etc. les met en conflit direct ou indirect avec ceux-ci.

Peut-être que je me trompe, mais plus ce Projet semble progresser, plus il ressemble à un élastique que l’on étire tellement qu’à la fin il se déchire et se retourne comme un boomerang contre son lanceur. Depuis 76 ans (1948), Israël n’a cessé de conquérir des terres, de tenter de détruire la Palestine, a mené près de 15 guerres depuis sa création et n’a nullement réussi à développer un système de gestion acceptable. Israël, l’Ashkénaze, n’a jamais réussi à partager une partie de son pouvoir centralisé à quiconque, à peine aux Sépharades ou aux Sabras et, évidemment, jamais aux Palestiniens israéliens.Est-ce une preuve de son incapacité à développer un Grand Israël ?

La Pax Americana : un empire confronté à des résistances

Israël a cependant réussi un coup de génie, celui d’avoir transformé une inimité en plantant les germes d’une haine féroce, qui finira par l’anéantir. En fait il s’agit d’un Projet mort-né.

Il semble donc difficile aux Américains de « mandater » indéfiniment un policier qui ne peut occuper un sol et assurer la Pax Americana. Le mandat se limitera probablement à la destruction et à la préparation du terrain afin que d’autres, associés à l’empire américain, occupent la place. Cela provoquera inévitablement des conflits entre le mandant et le mandataire, dont l’expression pourrait être la fin du soutien inconditionnel.

Je suis convaincu qu’à terme (cette date est directement liée à la vitesse de l’expansion) cette utopie prendra fin. Les dégâts auront été énormes, mais cela ouvrira une nouvelle voie à l’Histoire. Les Juifs resteront intégrés dans les zones du Proche-Orient libérées du joug colonialiste.

La Pax Americana (du style Pax Romana) à travers son nouvel empire aura-t-elle eu le temps de s’installer et de construire ses structures ? Je ne saurai le dire, car la Résistance à cette forme de gestion est très forte. Les projets des mandants et mandataires disparaîtront-ils en même temps ou séparément ? Seule l’Histoire le dira.

Le Courrier des Stratèges