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Ibrahim Al-Amine

Il y a toujours quelque chose qui distingue ce qu’une personne aime dire de ce qu’elle doit dire. Ce n’est pas tant un lapsus qui le trahit que le brillant de ses yeux et le ton de sa voix. Le problème se pose lorsque quelqu’un se porte volontaire pour dire ce qu’il désire, tout en sachant au fond de lui-même qu’il en est incapable. À ce moment-là, il semble, l’espace d’un instant, reconnaissant d’avoir eu l’occasion d’exprimer ses désirs, mais il ne tarde pas à revenir à sa taille normale… comme un froncement de sourcils dans l’obscurité, que personne ne voit.

C’est ainsi qu’apparaissait Nawaf Salam à la sortie de la séance du gouvernement hier, essayant de se grandir, ayant abandonné sa cravate comme quelqu’un qui s’imagine guerrier sur le champ de bataille. Le ministre de l’Information s’est éloigné de l’image pour prononcer son discours d’ouverture : « J’ai décidé de délégitimer ceux qui résistent à l’occupation !

Bien sûr, Joseph Aoun aurait peut-être souhaité être à la place du « Bey » à ce moment-là, non pas par envie de la mission d’apaisement de l’étranger qui les a menés tous les deux là où ils sont aujourd’hui, mais parce qu’il est expérimenté, un vrai général, connaissant les règles du combat, et qu’il était donc plus légitime qu’il prononce lui-même la sentence d’excommunication de la résistance, transformant les plus honorables en les plus méprisables, selon le dictionnaire du maître du monde et de ses disciples.

Quoi qu’il en soit, ils n’étaient pas les seuls à s’être enthousiasmés pour la décision prise hier par le Conseil des ministres, qui va au-delà de la trahison et frôle l’incitation à la guerre civile, en demandant aux pauvres du Liban qui portent les armes dans les forces militaires et de sécurité de tirer sur leurs compatriotes qui, depuis l’époque de leurs ancêtres, n’ont pas eu d’État pour les protéger du pire ennemi de l’histoire de l’humanité. Tout cela se passe dans un contexte de tumulte mené par les réalistes (lire : les résignés) qui appellent à céder aux exigences folles de Donald Trump, le fou du monde, et de Benjamin Netanyahu, le tyran de la région.

Au Liban, nombreux sont ceux qui pensent que le moment est venu de faire connaître leur rejet de tout ce qui a été dit depuis la création de cette entité, à propos des pseudo-hommes que le colonialisme a portés au pouvoir, qui lui ont été fidèles, humbles en sa présence, serviles et désireux d’exécuter ses ordres, même au détriment de leur propre peuple. Et le plus malveillant d’entre eux n’est pas le plus franc, comme Samir Geagea, qui a demandé à Salam et Aoun, il y a quelques semaines, de prendre une décision via le gouvernement visant à dissoudre les appareils sécuritaire et militaire du Hezbollah et à les considérer comme hors-la-loi. C’est une demande que les Américains lui réitèrent depuis au moins quarante ans, et ils ont tenté leur chance avec plusieurs gouvernements, mais il y avait au pouvoir quelqu’un qui avait suffisamment de bon sens pour empêcher cette folie !

Comment des hommes au pouvoir, privés de leur libre arbitre, imposés aux Libanais par l’occupation américaine et la queue saoudienne, présidents, ministres et autres, peuvent-ils croire qu’ils représentent le peuple et aller jusqu’à déclencher une guerre civile, uniquement pour satisfaire les caprices de ceux qui les contrôlent de l’extérieur ?

Ne sont-ils pas ceux qui disent que la résistance prend des risques en s’opposant à l’occupation ? Ce qu’ils ont décidé et ce qu’ils demandent à l’armée et aux forces de sécurité d’exécuter est-il raisonnable ? Ne sont-ils pas ceux qui appellent à un combat qui détruirait le peu de dignité qui reste dans ce pays ?

Aoun et Salam ont-ils réfléchi un tant soit peu avant d’appeler à la guerre civile sous prétexte de protéger le Liban, alors qu’ils sont incapables de condamner le massacre perpétré contre un peuple et l’agression qui détruit tout un pays ?

Est-il nécessaire d’expliquer à tous ceux qui ont participé au crime d’hier que ce qu’ils ont fait est exactement ce que les Américains, au nom d’Israël, ont demandé : une guerre qui tue et arrête tous ceux qui ont pris les armes contre l’ennemi ? Ces personnes, ainsi que tous ceux qui ont approuvé ou participé à la décision prise hier par le gouvernement, croient-ils sincèrement que leurs actions constituent un acte patriotique qui mérite d’être récompensé par des médailles ? Ou bien ignorent-ils l’histoire et ont-ils besoin qu’on leur rappelle que ceux qui sèment la discorde parmi leur peuple ne sont que de petits agents au service des pires criminels de la planète ?

Supposons, pour les besoins de la discussion, que vous soyez sans cœur, et que vous ne soyez pas attristés par ce que l’ennemi a fait au peuple de Gaza. Ou disons que vous êtes insensibles, et que l’agression américaine contre l’Iran ne vous a pas provoqués. Allons plus loin encore, supposons que vous ignoriez le sens de la justice, et que vous n’ayez pas pipé mot face à l’assassinat du dirigeant d’un pays et d’une nation. Mais cela signifie-t-il que vous êtes également dépourvus d’honneur, de conscience ou du moindre sens des responsabilités, au point d’appeler les Libanais à pointer leurs armes les uns contre les autres, pour faire plaisir à l’Américain et à son acolyte à la scie, qui s’est avéré être l’un des partisans de la guerre contre l’Iran ? Ou bien suivez-vous l’exemple de vos maîtres en Europe, cette continent faible, impuissant et malveillant, auquel Trump a volé le peu de dignité qui lui restait, au point de vous faire croire que vos actions sont celles d’hommes d’État ?

Ne vous souvenez-vous pas de vos discussions avec les Américains, les Français, les Allemands, les Britanniques, les Saoudiens, les Émiratis et autres, lorsqu’ils sont venus vous demander de désarmer le Hezbollah, même par la force, et comment certains d’entre eux sont revenus vous demander de patienter un peu, non pas par compassion pour la résistance et son public, mais parce qu’ils doutaient de votre capacité à mettre en œuvre ce qu’on vous demandait, avant qu’Israël ne rende son verdict par la voix des sionistes américains, selon lequel l’armée libanaise et son commandement sont faibles et incapables d’affronter le Hezbollah ?

N’avez-vous pas pris connaissance des détails des discussions politiques et militaires qui ont eu lieu à Beyrouth, Paris et Washington, lorsque les Occidentaux, et les Américains en particulier, ont déclaré que les Libanais n’avaient que deux choix : mourir aux mains d’Israël ou mourir les uns aux mains des autres ? N’est-ce pas ce qu’ont entendu les Américains de la bouche de l’un des responsables les plus avisés parmi vous, avant qu’il n’ajoute à ses interlocuteurs que la logique même impose de rechercher une autre option ?

N’est-ce pas vous qui avez attaqué le directeur des services de renseignement égyptiens, Hassan Rachad, lorsqu’il vous a conseillé de ne pas aller trop loin dans des choix qui pourraient entraîner le pays dans une guerre civile sans merci, appelant à conclure des compromis pour contenir l’escalade et à faire preuve d’un peu de patience jusqu’à ce que l’équilibre des forces change et que le Liban impose sa logique au monde ?

Joseph Aoun et Nawaf Salam ne se souviennent-ils pas comment l’Arabie saoudite a puni Saad Hariri, non pas parce qu’il était allié au Hezbollah – dont il n’a jamais caché ses divergences –, mais parce qu’il a refusé de s’engager dans un conflit interne qui aurait pris la forme d’une guerre civile, répétant ce que son père disait à tous ceux qui l’interrogeaient sur l’avenir des relations entre l’État et la résistance ?

Ce qu’a fait le gouvernement hier ne peut être qualifié que de « haute trahison ». Quiconque appelle à la guerre civile est un criminel qui trahit son peuple et son pays, et quiconque veut réaliser les desseins de l’ennemi du Liban est un traître.

Al Akhbar