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Egypte, Etats-Unis, France, Iran, Israël, le Hezbollah, Liban, pourparlers d'Islamabad
la question du Liban reste à l’ordre du jour des pourparlers d’Islamabad
Ibrahim Al-Amine
Des sources bien informées ont révélé à « Al-Akhbar » que le dossier de la guerre israélienne contre le Liban reste très présent dans les contacts américano-iraniens. Selon ces sources, la séparation du dossier libanais des pourparlers d’Islamabad ne semble pas encore acquise. Il continue d’exercer une pression sur la partie américaine, qui tente de progresser rapidement dans le dossier des négociations directes entre le Liban et Israël en échange de l’interdiction faite à l’Iran d’y intervenir, Mais Téhéran a fait savoir au médiateur pakistanais que ce qui se passe au Liban ne constitue pas un cessez-le-feu, mais une trêve unilatérale, et que la situation ne sera pas réglée tant qu’un cessez-le-feu global n’aura pas été annoncé et que les forces d’occupation ne se seront pas retirées immédiatement du territoire libanais.
Selon certaines sources, les discussions à Washington se sont intensifiées au cours des dernières 24 heures, après que le courant pro-israélien a réussi à convaincre l’équipe de l’administration que « Israël n’a pas encore accompli sa mission et a besoin d’un peu de temps », ce qui a conduit le président américain Donald Trump à donner son accord pour séparer les dossiers, à condition toutefois d’accélérer les pourparlers directs entre les deux parties. Cette décision s’est accompagnée de pressions exercées sur les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam pour qu’ils accélèrent la formation de la délégation chargée de participer à des réunions imminentes dans la capitale américaine.
Les sources ont indiqué qu’une partie de l’administration américaine estime que le dossier libanais doit être réglé dans le cadre des négociations avec l’Iran, afin de garantir que les combats ne reprennent pas, d’autant plus que les services de renseignement américains ont attiré l’attention des responsables de la Maison Blanche sur le fait que le Hezbollah s’apprête à reprendre ses attaques contre les forces israéliennes, et ce pas uniquement sur le territoire libanais, et que les opérations de destruction massive menées par Israël dans les villages frontaliers risquent de faire capoter l’ensemble du règlement.
Selon les informations d’« Al-Akhbar », les délibérations en cours au sein de l’équipe pro-israélienne à Washington se concentrent sur l’élaboration d’un document de travail en plusieurs étapes, dont la première prévoit l’annonce d’un cessez-le-feu total, en échange du lancement par le Liban d’un programme d’action exécutif visant à éliminer totalement les armes du sud du Liban, avec l’engagement du Hezbollah de ne pas lancer d’attaques contre Israël. La deuxième phase débuterait immédiatement par le retrait israélien des zones pénétrées par les forces d’occupation après le 2 mars et le retour aux cinq points (des sources américaines parlent de 7 points), ainsi que la libération des prisonniers libanais, puis le dossier de la délimitation des frontières terrestres serait laissé en suspens jusqu’à ce que les deux parties parviennent à un accord de sécurité, prévoyant que le Liban prenne des mesures n’imposant pas un désarmement par la force, mais un « gel » des armes conformément à l’initiative égyptienne, avec une discussion préliminaire sur la nécessité d’un mécanisme libano-international pour surveiller le processus de « gel des armes ».
Après plusieurs jours de confusion entourant la position égyptienne sur la voie des négociations directes, décidée par les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam sans large soutien national, une position française notable a émergé, exprimée par l’ambassadeur à Beyrouth Hervé Magro, et semblait différer de son interprétation antérieure de la situation au moment du déclenchement de la guerre.
Le contexte de cette position trouve son origine à Paris, où le président Emmanuel Macron fait face à une campagne médiatique et à des critiques croissantes, centrées sur le caractère limité des résultats de ses initiatives diplomatiques, dans un contexte où l’on a l’impression que la France n’a plus d’influence réelle, non seulement au Liban, mais aussi sur l’ensemble des dossiers régionaux.
Macron répond à ces critiques en affirmant qu’il a déployé des efforts intensifs, évoquant les 18 appels téléphoniques qu’il a passés au président américain Donald Trump, au chef de l’entité sioniste Isaac Herzog, au président iranien Masoud Bazkhian, ainsi qu’à Aoun. Selon ce qui lui a été rapporté, il aurait exprimé son mécontentement devant un visiteur libanais en déclarant : « Vous n’êtes pas les seuls à ne pas être écoutés par les belligérants. J’en souffre moi aussi. »
En revanche, Macron a cherché à manifester son mécontentement face à l’absence d’une impulsion libanaise sérieuse en faveur d’un rôle français, par le biais de contacts musclés avec Aoun et Salam après la mort d’un soldat français dans le Sud. Il ne s’est pas contenté d’exiger l’arrestation de l’auteur, mais a réitéré ses critiques concernant l’absence de ce qu’il considérait comme une prise en charge responsable de la part de l’État libanais face aux développements.
La position française rejoint en substance la demande égyptienne, Le Caire cherchant ouvertement à s’assurer un rôle dans tout processus de négociation entre le Liban et Israël. Les responsables égyptiens ont exprimé cette orientation lors de leurs contacts avec la partie libanaise et avec Washington, dans le cadre d’une coordination plus large incluant l’Arabie saoudite et la France, dans le but de garantir la présence de multiples parties à la table de toute négociation future.
Dans ce cadre, Le Caire a proposé d’accueillir les rencontres libano-israéliennes à Charm el-Cheikh, mais cette proposition n’a pas, jusqu’à présent, reçu de réponse positive claire de la part des États-Unis. Selon certaines informations, Aoun préférerait que les réunions se tiennent à Washington et aurait refusé qu’elles aient lieu en Égypte ou en Europe.
Alors que son équipe justifie cette position par la nécessité d’obliger les Américains à jouer un rôle de garant pratique, cela est interprété, en revanche, comme une capitulation consistant à laisser la gestion du dossier exclusivement entre les mains de Washington, bien qu’il ait entendu – malgré tous les démentis – des déclarations égyptiennes et françaises claires selon lesquelles il est dans l’intérêt du Liban que d’autres parties que les Américains soient présentes à la table des négociations, car Washington a naturellement tendance à soutenir Israël et ne s’opposera pas à ses exigences.
Alors que le président de la République affirme que l’objectif de la réunion de jeudi entre l’ambassadrice Nada Moawad et l’ambassadeur israélien à Washington est de prolonger la trêve de deux semaines ou d’un mois, et d’entamer la réflexion sur la composition des délégations censées négocier ultérieurement, le débat de fond sur ce qui doit être négocié et selon quel mécanisme reste en dehors des discussions sérieuses au sein de l’équipe enthousiaste à l’idée de négocier.