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Arabie Saoudite, Etats-Unis, Iran, Israël, La résitance libanaise, le laquais libanais, Liban
Ibrahim Al-Amine
Le président Joseph Aoun, le premier ministre Nawaf Salam et ceux qui les soutiennent au Liban, ou dans certains pays du Golfe, peuvent penser ce qu’ils veulent de l’avenir du conflit avec Israël et de la place du Liban dans le conflit mondial qui sévit aujourd’hui en Asie occidentale. Cependant, toutes les manœuvres et acrobaties, et même les concessions les plus risquées, ne changeront en réalité rien à tout cela.
Parfois, on a le sentiment qu’il faut être d’une dureté et d’une franchise extrêmes pour décrire la réalité. C’est ce qu’exige la situation actuelle en raison du comportement du duo de tutelle américano-saoudien. En ce sens, Aoun, Salam et leurs alliés, y compris les États-Unis et l’Arabie saoudite, doivent comprendre qu’aucun accord de cessez-le-feu avec Israël ne sera conclu sans l’accord du Hezbollah. De même, toutes les décisions prises par un gouvernement fantoche dépourvu de véritable légitimité ne pourront pas s’attaquer au cœur du problème. Et tout accord qui pourrait être signé par les dirigeants du pouvoir actuel, avec les États-Unis, Israël ou d’autres, ne sera pas viable sans l’accord du Hezbollah.
Le Hezbollah n’est pas ici un groupe armé hors-la-loi, comme on veut le faire croire, mais une force fondamentale au Liban. C’est le parti politique le plus représentatif et le plus puissant en termes de présence au sein de la société. Par-dessus tout, c’est une force militaire organisée, dotée de capacités importantes et d’effectifs suffisants non seulement pour affronter Israël, mais aussi pour faire face à quiconque souhaiterait se joindre à Israël dans cette guerre.
Le problème d’Aoun, de Salam et des autres, c’est qu’ils ne veulent pas comprendre la nature de la situation que représente le Hezbollah. Ils ne se sont pas, par exemple, attardés sur la signification de la patience dont le parti a fait preuve pendant 15 mois. Ils n’ont pas cherché à comprendre comment un grand parti, disposant de dizaines de milliers de combattants et d’un arsenal colossal, n’a pas réagi de manière impulsive à la guerre que lui a déclarée Israël.
Ces gens se sont-ils demandé pourquoi pas un seul combattant, ni même un petit groupe capable d’accéder à certaines armes, n’est sorti pour porter un coup de représailles à Israël ? Comprenez-vous ce que cela signifie ? Avez-vous réfléchi à la façon dont un parti qui a subi le plus gros coup de son histoire, avec l’assassinat d’un grand nombre de ses dirigeants centraux et la destruction d’une grande partie de ses institutions, et qui est sorti de la guerre des 66 jours pour enterrer près de cinq mille martyrs et soigner les blessures de plus de dix mille combattants, et a géré en même temps une vaste réponse sociale qui a concerné quelque 135 000 familles touchées par la guerre, totalement ou partiellement ?
Si Aoun s’engage davantage dans le programme de capitulation, il sera isolé sur le plan populaire et politique, son autorité perdra toute légitimité et la résistance deviendra un devoir
Avez-vous réfléchi à la manière dont un parti a pu dépenser plus de 1,2 milliard de dollars en 14 mois, sans avoir besoin de vendre un terrain ou une institution, ni même d’emprunter auprès d’un nombre considérable de personnes ayant déposé leur argent et leur or auprès de l’institution « Al-Qard Al-Hasan » ?
Avez-vous entendu parler d’une scission au sein du parti, de la démission d’un responsable de premier plan, de la formation d’une faction rebelle cherchant à se venger, ou d’une activité interne de nature à menacer la paix civile ? Avez-vous réfléchi à la manière dont un parti aussi puissant a pu organiser, en moins d’un an, quatre manifestations de masse auxquelles ont participé plus d’un million de personnes, depuis les funérailles du martyr Hassan Nasrallah jusqu’à la commémoration du premier anniversaire de son martyre, en passant par la cérémonie des scouts à la Cité sportive et celle des associations féminines, sans oublier les centaines de cérémonies commémoratives organisées dans tout le Liban… Tout cela sans porter atteinte aux infrastructures de l’État, sans causer de gêne à quiconque, alors même que ses ennemis le craignaient ?
Avez-vous réfléchi, ou vous êtes-vous demandé, comment cette entité que vous dites vaincue et détruite n’a fermé aucune institution dans les domaines éducatif, sanitaire, social ou commercial, et a poursuivi ses projets antérieurs, a construit un complexe médical exceptionnel dans la banlieue, ainsi que plusieurs centres de santé dans les régions, et a restauré l’institution de la Commission sanitaire islamique avec ses équipements et ses effectifs, cette institution qui surpasse en capacité et en nombre plusieurs ministères au Liban ?
Y a-t-il, au sein du pouvoir actuel, quelqu’un qui puisse prétendre que le Hezbollah a entravé la mission de l’armée libanaise visant à confiner les armes dans la région au sud du Litani ? Y en a-t-il parmi vous qui aient entendu parler d’affrontements entre les résistants et l’armée pendant qu’elle menait cette mission ? Avez-vous demandé comment cette force a pu supporter toutes sortes de poursuites sécuritaires et de surveillance, aux opérations d’assassinats, de meurtres et de destructions dans tout le Liban pendant 15 mois, et de supporter le martyre de plus de 500 personnes, plus de trois mille blessés, et la destruction d’un grand nombre d’infrastructures civiles dans plusieurs régions, alors que tous les services de renseignement du monde écumaient les rues du Liban et ses institutions officielles ainsi que celles que l’on appelle les « organisations de la société civile » et les « organisations non gouvernementales », et que des Israéliens se promenaient ouvertement au Liban sans que personne ne se hâte de les attaquer, de les tuer ou même de les capturer, et comment la résistance a-t-elle remis à l’État libanais des détenus dont elle savait qu’ils étaient israéliens, même s’ils portaient des nationalités occidentales ?
Et celui qui n’a pas réfléchi à cette question, et qui s’est rallié au discours de l’ennemi selon lequel le Hezbollah était fini, et qu’Israël attendait qu’il commette une erreur pour lui porter le coup fatal, c’est lui-même qui, dans les premiers jours de la guerre, comptait les heures en attendant une attaque israélienne rapide qui mènerait à l’occupation totale du Sud-Liban et de la Bekaa, et c’est lui-même qui a décidé de jouer le rôle qui lui était dévolu dans cette guerre, en menant la plus sordide des opérations politiques, à travers les décisions du gouvernement du 2 mars, qui ont constitué un crime moral et politique et resteront une tache sur le front de tous ceux qui y ont participé, de gré ou de force… Tout ce pouvoir écoutait un ambassadeur américain dément, parlant de trois jours que prendrait la guerre avec l’Iran, et un émissaire saoudien encore plus insignifiant l’appelant à « oublier cette chose qu’on appelle le Hezbollah » et à envisager l’avenir du Liban différemment, et ceux qui lui disaient : « N’ayez pas peur du Hezbollah, il est très faible, et s’il décidait d’agir à l’intérieur du pays, les forces d’Ahmed al-Shara’ n’attendent que le signal. »
Le problème des agents des États-Unis et d’Israël, c’est qu’ils ne veulent ni comprendre la réalité du Hezbollah ni lire les faits, et que tout ce qui leur importe, c’est de satisfaire l’homme blanc.
Cette autorité est la même qui n’a pas tiré les leçons de la période précédente. Nous avons un président de la République, un chef du gouvernement et des forces politiques qui ne veulent pas apprendre, ou qui n’ont pas les capacités pour le faire. Mais le plus grave, c’est qu’il s’agit d’un groupe de personnes impliquées dans la guerre contre la résistance. Et tout ce dont nous avons été témoins depuis soixante jours confirme une seule réalité : Aoun et Salam, accompagnés d’une bande de fous du Liban, ne sont en pratique que des pions manipulés par ceux qui mènent la guerre américano-israélienne contre le Liban. C’est pourquoi leur disposition – et leur grande volonté – à rencontrer les criminels de guerre en Israël est l’expression d’une conviction qui leur est propre, avant d’être l’expression d’une soumission à la volonté de ceux qui les ont amenés là où ils sont aujourd’hui.
Si Aoun va rencontrer Netanyahou, il ne restera pas président du Liban, mais sera un président imposé aux Libanais par la force de l’occupation américano-israélienne ; il n’aura aucune légitimité dans tout ce qu’il dira ou fera, et ne retiendra l’attention d’aucun Libanais.
Il serait peut-être utile d’attirer l’attention d’Aoun et de Salam, ainsi que de leur chœur de conseillers, d’assistants, d’agitateurs et de tambours, sur ce qui est plus cruel encore que les dures réalités imposées par cette bataille :
Premièrement, cette autorité n’est pas en mesure d’imposer quoi que ce soit à la résistance ; elle ne peut même pas organiser une veillée funèbre au sein du parti, et elle ne sera pas en mesure de mettre en œuvre un quelconque accord qu’elle signerait avec l’ennemi.
Deuxièmement, cette autorité se transformera en une autorité d’occupation à part entière, et par conséquent, la résistance contre elle est un devoir sous toutes ses formes, à tout moment et par tous les moyens.
Troisièmement, cette autorité, quelle que soit son absurdité, ne parviendra pas à entraîner l’armée libanaise ou les forces de sécurité dans un affrontement avec la résistance, où que ce soit au Liban.
Quatrièmement, cette autorité n’a ni la capacité ni l’influence nécessaires pour imposer une réalité sur le terrain dans le pays ; elle devrait plutôt songer à partir sans encombre si possible.
Mais le plus important, et les États-Unis et Israël le savent, c’est que tout accord significatif signé au Liban ne pourra s’inscrire en dehors d’un véritable accord avec l’Iran.
Et même si nous entendions parler d’une décision américaine surprise stipulant qu’Israël s’engagerait à respecter un cessez-le-feu total et se retirerait des territoires occupés, cela n’aurait aucun rapport, ni avec l’activité de l’autorité d’occupation, ni avec la clémence américaine et israélienne. Cela ferait plutôt partie de l’accord avec l’Iran. La différence est que cela peut se produire sans que l’ennemi n’ait à payer aucun prix en échange, alors que les agents des États-Unis et d’Israël au Liban veulent en faire un marché pour impliquer le Liban à un certain prix… Et si cela se produit, cette autorité insignifiante se retrouvera seule, incapable de payer ce prix !