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Analyse de la visite de Trump, des relations sino-américaines et de la dynamique de sécurité régionale
Horng Vothana
Invité sur la chaîne d’information Alghad TV pour discuter du sommet en cours à Pékin.
La visite de Trump a-t-elle permis de résoudre les tensions existantes ?
Les tensions économiques résultent de la guerre commerciale menée par les États-Unis, du blocus technologique, des attaques contre les alliés stratégiques de la Chine et des dommages généraux causés par les États-Unis à l’économie mondiale. Les tensions liées à Taïwan sont dues au fait que Biden a sapé l’ambiguïté stratégique et que Trump a autorisé une vente d’armes record de 11 milliards de dollars à Taipei, tout en encourageant la militarisation du Japon et les alliances stratégiques entre Taipei et Tokyo. Le conflit en Iran est uniquement dû à la guerre illégale menée par les États-Unis.
Les États-Unis viennent demander de l’aide à la Chine. Trump pourrait tenter de présenter la volonté chinoise d’investir et d’acheter des produits américains, d’éviter la guerre et de rechercher la paix en Iran comme des « concessions », mais celles-ci ont déjà été proposées.
La Chine fait partie des pays les plus touchés par la fermeture du détroit d’Ormuz. Pensez-vous que cela pourrait inciter Pékin à intervenir plus sérieusement auprès de Téhéran ?
La Chine n’est pas la plus touchée. L’Allemagne est aujourd’hui confrontée à des risques importants de désindustrialisation, et le Japon voit s’alourdir le fardeau d’une économie en difficulté depuis longtemps. Si le conflit a certes un coût pour la Chine, celle-ci est mieux à même de l’absorber que les États-Unis.
Certains estiment que les attaques de Trump contre le Venezuela et l’Iran, ainsi que la recrudescence du conflit en Ukraine, suggèrent une stratégie de privation énergétique dirigée contre la Chine, prélude possible à un conflit armé de plus grande ampleur. Si tel est le cas, cette stratégie a échoué.
Trump affirme avoir obtenu de Xi l’engagement de ne pas envoyer d’équipement militaire à l’Iran. Si tel est le cas, à quel prix ?
L’Iran a gagné sans armes chinoises. La Chine et la Russie ont aidé Téhéran au Conseil de sécurité de l’ONU en bloquant les efforts américains visant à transformer cela en une lutte mondiale contre l’Iran. À présent, Pékin pourrait offrir à l’Iran des garanties de sécurité et l’aider à se reconstruire ; l’Iran pourrait alors assouplir ses exigences au Pakistan, ce qui aiderait Trump à se retirer. Si la Chine propose en retour d’assouplir les contrôles à l’exportation sur les terres rares, alors peut-être que Trump pourra présenter cela comme une victoire à ses électeurs.
La Chine veut la paix. Contrairement à certaines interprétations erronées, la Chine n’est pas idéologiquement attachée à un gouvernement plutôt qu’à un autre à Téhéran ou ailleurs, mais s’engage à un dialogue constructif avec n’importe quel gouvernement, y compris celui de Trump, ce qui facilite en retour la sécurité mutuelle et la réalisation des objectifs de développement.
L’Iran est un pivot de la sécurité asiatique, et la Chine s’efforce depuis des années d’aider l’Iran à rétablir ses relations avec les autres pays et à se développer. De plus, l’Iran est en quelque sorte un pivot dans la réconciliation croissante entre la Chine et l’Inde et dans le réseau de sécurité de la Grande Asie qui émerge rapidement, auquel s’opposent les États-Unis, et il convient de noter que les récentes attaques contre l’Iran ont également détruit des projets soutenus par l’Inde dans ce pays.
En conséquence, le prix à payer pour Trump est qu’il doit se désengager, et si la Chine le laisse présenter cela comme un engagement en matière de sécurité concernant les terres rares ou tout autre sujet à la une, alors il pourrait être en mesure de regagner Washington la tête haute, même s’il lui manque un nez.