Étiquettes

, , , , ,

Comment l’Iran est-il intervenu… et qui est l’ami qui a aidé Berri dans cette mission ?

Ibrahim Al-Amine

La semaine dernière, les affrontements dans le sud ont connu des développements notables. L’armée d’occupation israélienne a annoncé qu’elle menait une opération militaire au nord du Litani, ciblant de fait la zone qui a été ajoutée aux cartes de l’accord libano-israélien signé en novembre 2024, et qui a fait de la région de Yohmar al-Shaqif une partie du champ d’application de la résolution 1701.

Depuis 15 mois, l’occupant exigeait que les mesures de désarmement s’étendent à cette zone, et le Liban a reçu à plusieurs reprises, par l’intermédiaire de la commission du « mécanisme », des demandes israéliennes visant à intervenir sur des sites situés dans cette zone, au motif qu’ils constituaient une violation de la résolution. L’ennemi a fourni des informations selon lesquelles le Hezbollah serait en train de restaurer des sites militaires dans cette zone et d’y acheminer du matériel. À plusieurs reprises, il a mené des opérations ponctuelles s’étendant vers les hauteurs d’Ali al-Tahir et la région de Mahmoudieh. À une occasion, une force de l’armée libanaise s’est rendue dans la région pour vérifier ce que la Commission du « mécanisme » prétendait être une installation appartenant à la résistance, ce qui a donné lieu ce jour-là à un différend entre l’armée et la résistance, qui a affirmé que cette zone ne se situait pas au sud du fleuve Litani.

Pour l’ennemi, il ne s’agit pas d’une colline ou d’une élévation précise, mais d’une bande géographique s’étendant depuis le côté est du château de Chqif, là où la distance séparant la frontière libano-palestinienne se rétrécit dans le secteur est. Par ailleurs, l’occupant est conscient de l’importance géographique de cette zone pour la résistance, car elle constitue un point d’ancrage essentiel dont elle a besoin en temps de guerre, notamment pour les forces opérant dans le secteur oriental. C’est pourquoi il a cherché à réaliser une séparation sur le terrain par ce biais, parallèlement à sa tentative de prendre le contrôle des collines de la région ouest de Zoutr, dont il sait pertinemment que la résistance s’en est servie pendant la guerre de juillet 2006, lorsque les tireurs de roquettes « Kornet » ont réussi à porter des coups douloureux à ses chars qui s’étaient enfoncés à une distance d’environ quatre kilomètres de ce point.

Cette évolution aurait pu sembler s’inscrire dans le cadre d’une opération militaire ordinaire, mais les objectifs de l’ennemi allaient au-delà de la simple réalisation d’un gain sur le terrain en atteignant le château de Choueif. Il sait très bien que la résistance n’est pas stationnée dans le château, et qu’elle n’a pas (et n’utilisera pas) utilisé les sites archéologiques du Sud ou du Bekaa à des fins militaires. L’occupant a échoué à maintes reprises à justifier ses attaques contre des sites archéologiques en prétendant que la résistance les utilisait à des fins militaires.

Mais pour Israël, il y avait une autre dimension, plus importante encore, liée à l’aspect symbolique. C’est ce qui explique la campagne effrénée menée par les forces d’occupation pour hisser le drapeau israélien au-dessus de la forteresse, avant que Benjamin Netanyahou ne vienne annoncer ce qu’il voulait présenter comme une « grande victoire », alors que ses officiers attiraient son attention sur le fait que la nature de l’affrontement rendrait la conservation de ce point extrêmement difficile. C’est ce qu’ont confirmé les faits sur le terrain au cours des 36 dernières heures.

La campagne de punition dissuasive

Dans la campagne violente lancée par l’ennemi la semaine dernière, l’objectif ne se limitait pas à la réalisation de gains directs sur le terrain, mais s’articulait essentiellement autour de l’application du principe de « punition dissuasive » et de la mise en œuvre de la plus vaste opération d’expulsion de dizaines de milliers d’habitants des districts de Tyre et de Nabatieh. Il était impossible d’atteindre cet objectif sans commettre une vaste série de massacres et de bombardements aveugles visant aussi bien les personnes que les bâtiments et les infrastructures. Cette réalité a poussé la résistance à aborder la situation sous un angle différent, d’autant plus qu’elle avait adopté, après l’annonce du cessez-le-feu en avril dernier, une nouvelle tactique militaire reposant sur l’imposition de règles d’engagement différentes sur le terrain.

Cette tactique visait à empêcher l’ennemi de stationner ses forces à des emplacements fixes, à le contraindre à déplacer en permanence ses soldats et ses véhicules, ainsi qu’à restreindre ses mouvements pendant de longues heures de la journée. Cet objectif a été atteint principalement grâce à l’utilisation de drones d’attaque et de reconnaissance, sans qu’il soit nécessaire d’étendre l’utilisation d’autres types d’armes. Les drones ont continué à survoler la zone pendant les heures de la journée, avant que la résistance ne décide d’étendre la portée de ses opérations dans le temps en introduisant des caméras thermiques qui ont permis de faire voler les drones également de nuit. Cela a semé la confusion parmi les forces israéliennes, qui comptaient sur le déplacement de leurs véhicules et de leurs troupes à pied pendant la nuit.

Après l’escalade de l’ennemi vers le sud, marquée par la destruction, le déplacement de populations et l’expansion, une coordination politique et militaire s’est mise en place entre la résistance et l’Iran, amenant la situation au bord d’une guerre à grande échelle dans toute la région

À ce stade, Israël a commencé à prendre conscience que la situation s’orientait vers une complication accrue. Les drones ont réussi à atteindre les soldats alors qu’ils se déplaçaient sur les routes, à bord de jeeps ou dans des véhicules de transport de troupes ; ils ont également pris pour cible les mouvements des forces motorisées et ont réussi, dans plusieurs cas, à poursuivre les soldats à l’intérieur de pièces fermées et derrière les fortifications. L’impact de ce scénario sur l’ennemi s’est amplifié avec la chute de plus de 415 soldats et officiers, entre morts et blessés, tandis que l’ennemi a reconnu la mort de neuf officiers et soldats et les blessures graves de plus de 35 autres en quarante jours.

Cependant, le problème le plus profond pour Israël résidait dans le fait que ce type d’opérations ne se limitait plus aux sites militaires et aux regroupements disséminés sur le territoire libanais, la résistance s’étant mise à mener des opérations de reconnaissance à grande échelle en vue d’envoyer des drones vers les colonies frontalières. Et bien que ces raids se concentrent sur la poursuite des soldats et des cibles militaires, en évitant de s’approcher des civils à l’intérieur des colonies, leur impact psychologique était considérable. Les vagues de départ des colons ont commencé à s’intensifier progressivement, parallèlement à la montée des protestations politiques et populaires dans les colonies du Nord.

La riposte brutale d’Israël contre les civils, ainsi que l’extension des bombardements, des incursions et de l’occupation, ont poussé la résistance à modifier en profondeur ses mécanismes de combat. La décision a donc été prise de déplacer une partie essentielle du conflit vers l’arrière-pays israélien. Entre le 28 mai et le 1er juin, la résistance a entamé une extension progressive de la portée de ses tirs de roquettes, ciblant d’abord les colonies de première ligne, puis passant aux colonies de deuxième ligne, jusqu’à Karmiel au centre et Safed à l’est. Avant de lancer, samedi, une importante salve de roquettes vers la région des Krayot, à l’est de Haïfa, une zone qui compte environ 350 000 colons répartis dans plusieurs villes et villages.

Le message était clair pour l’ennemi : la résistance s’oriente vers l’imposition d’une équation « expulsion contre expulsion ». Une équation dont l’establishment militaire israélien est conscient qu’il ne pourra pas en supporter les conséquences à long terme, surtout après qu’il s’est avéré qu’une salve de roquettes ordinaire visant Kiryat Shmona a suffi à pousser quelque 600 familles, soit près de 2 500 colons, à quitter la région pendant la nuit pour se diriger vers les villes du centre et Tibériade.

La tension en Israël a atteint un niveau sans précédent, mais Netanyahou savait que toute escalade à grande échelle nécessitait l’accord des États-Unis. Loin des querelles politiques internes, il s’est efforcé de convaincre Trump que l’élargissement du champ des frappes vers la banlieue sud de Beyrouth pouvait atteindre deux objectifs : contraindre le Hezbollah à cesser de bombarder les colonies, et amener l’Iran à accepter un échange consistant à ouvrir le détroit d’Ormuz en échange de l’arrêt des bombardements sur la banlieue sud. Ce qui a plu à Trump, plongé dans ses réflexions, et il a donné son accord de principe. Cependant, Netanyahu s’est empressé d’exploiter cet accord au maximum à des fins de démagogie politique et médiatique pour servir ses objectifs internes. Il s’est employé à divulguer les détails de ses efforts pour convaincre l’administration américaine, au point d’inciter un certain nombre de correspondants militaires israéliens à promouvoir l’idée que c’était lui qui avait pris la décision de frapper Beyrouth, et que Trump avait écouté sa proposition et l’avait approuvée. Mais ce que les deux parties n’avaient pas pris en compte, c’était la réaction iranienne à ces développements.

L’intervention de l’Iran

À l’origine, les Iraniens étaient dans l’expectative quant à la manière de gérer les revirements incessants de la position américaine. Après avoir reçu, par l’intermédiaire de médiateurs mardi dernier, des indications selon lesquelles il y avait un accord américain de principe sur une déclaration d’intention commune, et que le président américain avait besoin de quelques heures ou de quelques jours pour organiser la sortie politique et médiatique appropriée pour annoncer son accord, la déception a de nouveau envahi l’atmosphère à Téhéran.

Les responsables iraniens ont eu le sentiment qu’une manœuvre se tramait en coulisses, ce qui les a poussés à élaborer rapidement une stratégie alternative. Dans ce contexte, les Iraniens ont informé les médiateurs qu’ils n’avaient rien à ajouter au document déjà rédigé, avant de renforcer leur coordination avec le Hezbollah au Liban, afin de garantir que tout accord éventuel prévoie un cessez-le-feu effectif et complet au Liban, et d’éviter que ne se répète le scénario qui avait suivi les accords précédents.

Face à l’intensification des doutes iraniens, la coordination est passée du niveau des accords sur les mécanismes d’action politique à celui des mécanismes des opérations militaires. Téhéran a fait savoir aux médiateurs que ce qui se passe au Liban, conjugué au retard américain dans l’adoption du protocole d’accord, constituait pour elle un signal d’alarme grave. Elle est ensuite allée plus loin en informant les médiateurs que son interprétation de la manœuvre américaine sur le plan politique et de l’escalade israélienne sur le plan militaire l’amenait à croire qu’il y avait une tentative d’imposer de nouveaux faits accomplis sur le terrain avant la conclusion de tout accord.

Sur la base de cette évaluation, l’Iran a commencé à laisser filtrer des informations sur son intention de suspendre les négociations, parallèlement au déplacement d’unités de missiles dont les États-Unis et Israël ont repéré l’activité. Puis, dimanche, elle a informé les médiateurs qu’elle envisageait de mener une attaque préventive, partant du principe que la nouvelle campagne militaire contre le Liban n’était qu’une étape préliminaire dans un processus plus large visant l’Iran lui-même. Parallèlement, le Hezbollah a intensifié ses attaques à la roquette contre les colonies du nord, tandis que la résistance réorganisait ses groupes sur le terrain en prévision d’une nouvelle vague de combats terrestres.

Berri fait appel à l’« aide d’un ami »

Pendant ce temps, les Américains cherchaient des atouts supplémentaires à mettre sur la table, mais ils ont été surpris de constater que les choses ne se déroulaient pas comme ils le souhaitaient. Il est apparu clairement que leurs alliés au Liban s’inquiétaient des répercussions de l’escalade israélienne, et que certaines voix commençaient à s’élever pour rejeter jusqu’au principe même de négociations dans un contexte de tensions aussi vives.

Alors que l’ambassadeur américain Michel Issa poursuivait ses manœuvres puériles à la recherche de gains personnels, le président de la Chambre des députés Nabih Berri attirait l’attention de personnalités libanaises de premier plan sur la gravité de la situation. Lorsque le président Joseph Aoun a pris conscience de la sensibilité de la situation, il a pris l’initiative de proposer une initiative selon laquelle, si le Hezbollah s’engageait à cesser de bombarder les colonies, les États-Unis s’efforceraient de contraindre Israël à mettre fin aux opérations militaires de grande envergure, y compris les bombardements de Beyrouth et de la banlieue sud. Cependant, le Hezbollah a fait savoir à Aoun, ainsi qu’à d’autres parties concernées, qu’il n’était pas disposé à prendre un engagement allant au-delà de ce qu’il avait déjà annoncé, affirmant que si l’ennemi respectait le cessez-le-feu, la résistance ferait de même, mais qu’elle ne prendrait aucune initiative qui ne cadrerait pas avec sa stratégie.

Face à cette impasse, le président Berri a pris contact, par ses propres canaux, avec la partie américaine, en « demandant l’aide d’un ami ». Un premier contact a été établi, Berri ayant offert sa garantie que la résistance respecterait le cessez-le-feu à condition qu’Israël fasse de même. Afin d’éviter toute ambiguïté, il a pris l’initiative d’annoncer lui-même cette position sur la chaîne NBN, avant de la transmettre officiellement par des canaux parallèles à la partie américaine. Cependant, la réponse venue de Washington n’était pas rassurante, les informations indiquant l’absence de garanties réelles d’un engagement total de la part d’Israël. À ce moment-là, Berri a suspendu ses manœuvres politiques et a déclaré aux personnes concernées que la balle était désormais dans le camp de l’autre partie.

Lorsque Israël a annoncé hier matin son intention de bombarder la banlieue et Beyrouth, le président du Conseil a attiré l’attention de tous, notamment par le biais de ses canaux de communication informels, sur le fait que la situation allait prendre une tournure désastreuse pour tout le monde. De son côté, l’Iran allait encore plus loin en brandissant la menace d’une intervention directe, par le biais de contacts intensifs menés par le négociateur iranien avec les médiateurs régionaux. Cela s’est accompagné d’un échange de messages non officiels, dont certains revêtaient un caractère clairement militaire, avant que Washington n’ait l’impression que la situation risquait de dégénérer, estimant que Téhéran avait décidé de retourner à la guerre !

Ce qui s’est passé ensuite, c’est que Trump, à l’esprit étroit, a mis fin à la manœuvre, a demandé à Netanyahou de rentrer chez lui et d’apaiser l’escalade militaire actuelle, et lui a promis qu’il s’efforcerait d’obtenir ce qui convient à Israël par le biais des négociations libano-israéliennes. Mais le président américain, qui sait que les négociations d’aujourd’hui et de demain entre les autorités de Beyrouth et la délégation de Netanyahou n’ont aucune valeur, semblait convaincu que l’absence de garantie d’un arrêt complet de la guerre, assorti d’un calendrier de retrait total des forces d’occupation, l’obligeait à adopter une approche différente. C’est pourquoi, sans se soucier de personne, ni à Washington, ni à Tel-Aviv, ni à Beyrouth, il a révélé qu’il était en contact avec le Hezbollah par l’intermédiaire de «médiateurs de haut niveau», avant de revenir sur sa décision et d’accéder à la demande de son ambassadeur Michel Issa de «vendre» cette avancée à son équipe au Liban.

Concrètement, ce qui s’est passé n’a pas dépassé le stade d’un gel temporaire de la situation, tandis que le véritable test reste lié à la mesure dans laquelle Israël s’engage à mettre fin aux bombardements destructeurs et aux opérations de déplacement dans le sud. En revanche, la résistance ne semble pas disposée à s’engager à un arrêt total et définitif des opérations contre les forces d’occupation tant que l’ennemi n’aura pas mis fin complètement aux hostilités.

Quant à la manière de gérer la persistance de l’occupation dans le sud, il s’agit d’un dossier à part entière, et il appartient aux autorités libanaises et à leur protecteur américain de proposer une solution réaliste et applicable. À défaut, les tirs reviendront inévitablement pour poursuivre les soldats ennemis, avec ou sans drones…

Al Akhbar