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NOURNEWS – La plus grande erreur d’analyse serait peut-être de considérer l’annulation des pourparlers en Suisse comme la fin d’un processus. Ce à quoi nous assistons ressemble davantage à la première crise majeure survenue après la signature du protocole d’accord qu’à un signe d’instabilité de l’accord lui-même.

L’annulation des pourparlers irano-américains prévus vendredi en Suisse, survenue quelques jours seulement après la signature du protocole d’accord par Masoud Pezeshkian et Donald Trump, peut, à première vue, sembler indiquer la fragilité de l’accord, voire le début de son effondrement. Le moment choisi, conjugué aux nouvelles attaques israéliennes contre le Liban et à la montée des tensions régionales, a renforcé cette perception. La réalité est toutefois probablement plus complexe que ne le laissent entendre les gros titres.

En diplomatie, en particulier lorsqu’il s’agit de différends qui durent depuis des décennies et de questions aussi complexes que les relations entre l’Iran et les États-Unis, tout retard ou toute suspension ne doit pas être interprété comme un échec. L’histoire des grandes négociations internationales montre que la phase la plus difficile n’est souvent pas le début des pourparlers, mais la période qui suit la conclusion d’un accord initial, lorsque des engagements généraux doivent être traduits en mécanismes de mise en œuvre, en calendriers et en garanties vérifiables.

La signature du mémorandum entre Téhéran et Washington n’a pas marqué la fin d’un processus, mais le début d’une nouvelle phase, bien plus délicate. Des questions fondamentales se posent désormais, allant du calendrier et de l’enchaînement de l’allègement des sanctions aux mécanismes de vérification, en passant par les arrangements de sécurité régionaux et la portée des engagements mutuels. Dans de telles circonstances, toute divergence d’interprétation ou tout événement sur le terrain peut perturber le processus de négociation.

Au-delà de ces complexités techniques, le rôle des tiers ne peut être ignoré. Les dernières attaques israéliennes contre le Liban ont eu lieu précisément au moment où les pourparlers de mise en œuvre devaient débuter en Suisse. Que ce timing ait été délibéré ou non, un fait est clair : certains milieux politiques et sécuritaires israéliens s’inquiètent de toute réduction des tensions entre l’Iran et les États-Unis. Au cours des deux dernières décennies, une grande partie du rayonnement régional de Tel-Aviv s’est construite en présentant l’Iran comme la principale menace pour la sécurité au Moyen-Orient. Tout accord réduisant cette confrontation modifierait naturellement la dynamique des pouvoirs dans la région.

Dans le même temps, Téhéran ne peut pas considérer les événements au Liban comme un sujet totalement distinct. La République islamique a toujours soutenu que la sécurité de ses alliés régionaux faisait partie intégrante de son équation de sécurité nationale. S’engager dans des négociations délicates alors que l’un de ses principaux alliés subit des pressions militaires pourrait, du point de vue des décideurs iraniens, envoyer des signaux contradictoires.

Washington est également confronté à un exercice d’équilibre difficile. L’administration Trump a présenté l’accord avec l’Iran comme une grande réussite de sa politique étrangère et souhaite le voir aboutir. Dans le même temps, elle hésite à supporter le coût politique d’une confrontation ouverte avec Israël. La Maison Blanche est donc contrainte de concilier deux objectifs parfois contradictoires : faire avancer l’accord avec l’Iran tout en préservant la cohésion au sein de sa structure d’alliances régionales traditionnelle.

Un autre facteur est l’opposition interne à l’accord dans les deux pays. En Iran, le souvenir du retrait américain du JCPOA reste vif, et nombreux sont ceux qui continuent de s’interroger sur la pérennité de tout nouvel accord. Aux États-Unis, des cercles politiques et sécuritaires influents considèrent tout compromis avec Téhéran comme une concession faite à un rival. Dans ces conditions, chaque nouvelle avancée vers un accord risque de se heurter à une résistance politique et médiatique.

De ce point de vue, la plus grande erreur d’analyse serait peut-être de considérer l’annulation des pourparlers en Suisse comme le point d’aboutissement d’un processus. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui s’apparente davantage à la première crise sérieuse post-accord qu’à un affaiblissement des fondements de celui-ci. La véritable valeur de tout accord ne se mesure pas le jour de sa signature, mais à la capacité des parties à surmonter les crises inévitables qui s’ensuivent.

Les trois principaux acteurs testent désormais leur détermination et leurs capacités respectives. Israël cherche à démontrer qu’aucun nouvel ordre régional ne peut émerger sans tenir compte de ses préoccupations en matière de sécurité. L’Iran tente de montrer qu’un accord avec les États-Unis ne signifie pas pour autant qu’il renonce à ses considérations régionales et sécuritaires. Quant aux États-Unis, ils s’efforcent d’établir un équilibre durable entre ces réalités contradictoires.

C’est pourquoi ce qui s’est passé en Suisse doit être considéré moins comme un échec diplomatique que comme s’inscrivant dans une lutte plus large sur la forme future de l’ordre régional. Le sort de l’accord ne sera pas scellé par l’annulation d’une seule réunion, mais par la manière dont ces crises seront gérées. Si les parties parviennent à surmonter ce défi, l’accord pourrait entrer dans une phase de consolidation. En revanche, si les tensions sur le terrain et la pression exercée par les opposants prennent le dessus sur la diplomatie, cette pause temporaire pourrait marquer le début d’une érosion progressive d’un accord qui n’en est encore qu’à ses tout débuts.