
NOURNEWS – Alors que les négociations entre l’Iran, les États-Unis, le Qatar et le Pakistan se poursuivent à Genève, le paysage régional a déjà été redessiné par cette guerre de 40 jours. Malgré des cadres préétablis, la question centrale demeure : Washington a-t-il accepté les nouvelles réalités géopolitiques et le rôle indispensable de l’Iran dans la région ?
Les pourparlers quadripartites entre l’Iran, les États-Unis, le Qatar et le Pakistan à Genève, qui ont vu le jour après de nombreux rebondissements et sur fond de propos grossiers et menaçants de Donald Trump, constituent l’un des développements politiques les plus significatifs depuis la fin de la guerre de 40 jours. Bien que le cadre général des discussions et la feuille de route des parties aient été définis dans le précédent protocole d’accord, l’expérience de nombreux accords régionaux et internationaux montre qu’un accord sur le papier ne se traduit pas nécessairement par un accord durable et pérenne, surtout lorsque l’une des parties est le gouvernement américain dirigé par un président tel que Trump, connu avant tout pour ses revirements fréquents et son mépris des engagements politiques. En fin de compte, la pérennité de tout accord dépend de sa capacité à s’aligner sur les réalités du terrain.
Dans les circonstances actuelles, le succès ou l’échec des négociations dépend avant tout de la capacité du gouvernement américain à comprendre les nouvelles réalités de la région. Ces réalités ne sont pas uniquement politiques ; elles englobent également des dimensions géopolitiques, géostratégiques, géoéconomiques, culturelles et sociales. Tout accord qui ignorerait ces facteurs pourrait être considéré comme une réussite politique à court terme, mais il se heurterait à de sérieux défis à long terme.
De ce point de vue, les récentes déclarations menaçantes de Trump méritent d’être soulignées. Indépendamment de leur valeur propagandiste ou de leur objectif politique interne, le recours persistant à une rhétorique menaçante alors que la région a payé le prix fort d’une guerre majeure et que les États-Unis n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs politiques par des moyens militaires soulève une question importante : Washington a-t-il véritablement saisi les implications des récents développements ? Il semble qu’une partie de l’establishment politique américain continue de percevoir la région à travers des hypothèses dépassées, selon lesquelles la pression, les menaces, les sanctions et la puissance militaire pourraient modifier les réalités sur le terrain et redéfinir les équations de sécurité de la région.
La guerre des 40 jours a toutefois révélé une réalité différente. Elle a démontré que le golfe Persique et la région qui l’entoure ne peuvent être analysés uniquement sous l’angle de la concurrence politique. La sécurité dans cette région est profondément interdépendante. L’énergie, le commerce, les voies maritimes, les économies et même l’opinion publique des différents pays sont si étroitement liés que toute crise majeure peut rapidement déborder des frontières nationales. C’est pourquoi, dans les conditions actuelles, il serait peut-être plus juste de parler d’un « complexe de sécurité régionale » plutôt que d’un « nouvel ordre sécuritaire ».
La réalité est que la région reste en période de transition. Les signes de turbulence, d’instabilité et d’incertitude sont toujours manifestes, ce qui rend prématuré de parler de manière définitive d’un nouvel ordre. Dans le même temps, il est impossible de nier que certains fondements de l’ordre précédent se sont érodés. Cette érosion est visible non seulement au niveau des structures, mais surtout dans les perceptions et les calculs des acteurs régionaux et extrarégionaux.
La réalité la plus importante mise en évidence par la guerre des 40 jours a été la capacité géopolitique de l’Iran. Le conflit a démontré une fois de plus que l’Iran n’est pas simplement un acteur politique ou militaire dans la région, mais une réalité géopolitique incontournable. La position géographique de l’Iran, au carrefour du golfe Persique, de la mer d’Oman, de l’Asie centrale et du Caucase ; son rôle dans la sécurité énergétique et le commerce régionaux ; ainsi que son influence directe sur la dynamique de sécurité en Asie occidentale sont autant de facteurs qui ne peuvent être éliminés par des pressions politiques, des sanctions économiques, ni même une action militaire.
Pendant des années, certains milieux américains ont largement admis que les pressions et les menaces pourraient reléguer l’Iran en marge des affaires régionales. Les événements récents ont toutefois montré que l’on ne peut pas sanctionner la géographie et qu’on ne peut ignorer les réalités géopolitiques. Plus que jamais, la guerre de quarante jours a démontré que l’enjeu central n’est plus « d’éliminer l’Iran » ni même de « contenir l’Iran », mais plutôt de savoir comment gérer une réalité qui ne peut être écartée des équations sécuritaires, économiques et stratégiques de la région.
Sur le plan géoéconomique, la guerre récente a une nouvelle fois souligné l’importance de la sécurité énergétique, des routes commerciales, du commerce maritime et des corridors régionaux. Toute instabilité dans la région affecte directement les intérêts de tous les acteurs. En conséquence, la sécurité n’est plus seulement un concept militaire ; elle est également devenue un enjeu économique et stratégique.
Dans ces circonstances, le véritable test pour les négociations de Genève sera de savoir si le gouvernement américain a l’intention de fonder ses décisions et ses politiques sur ces nouvelles réalités ou s’il continuera à s’appuyer sur des hypothèses dépassées. Un accord durable ne pourra voir le jour que s’il existe une cohérence entre le texte de l’accord et les réalités géopolitiques de la région. Plus cet écart sera réduit, plus les chances de succès et de pérennité de l’accord seront grandes.
La leçon la plus importante que les décideurs politiques américains peuvent tirer de cette guerre de quarante jours est peut-être que la sécurité régionale durable ne peut être assurée en ignorant les réalités géopolitiques de l’Iran, mais en les reconnaissant. Les négociations de Genève ne pourront aboutir à un résultat durable que si ces réalités sont considérées non pas comme des concessions politiques, mais comme des caractéristiques permanentes et immuables de la région.