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Ibrahim Al-Amine

Une « brèche » dans le protocole d’accord !

En général, lorsqu’on évoque l’existence d’une « brèche » dans un processus de négociation, celle-ci est considérée comme un signe positif. Cela signifie que les négociations se sont heurtées à un obstacle majeur, et que cette brèche permet de relancer les pourparlers et de les sortir de l’impasse. Mais dans le cas des relations irano-américaines, la situation semble tout à fait différente. Les efforts politiques et diplomatiques considérables qui ont précédé la conclusion du protocole d’accord entre les deux parties auraient dû aboutir à un document cohérent, exempt de lacunes fondamentales menaçant de le faire s’effondrer rapidement. Or, ce qui a suivi le premier cycle de négociations en Suisse a révélé que le problème allait au-delà de la crise de confiance traditionnelle entre les deux parties.

Lorsque le Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a publié sa déclaration concernant le protocole d’accord, il a révélé qu’il avait eu un avis divergent, mais qu’il avait accepté de l’approuver après avoir reçu du président iranien, Masoud Bezhkian, l’engagement de prendre en compte les intérêts supérieurs de l’Iran et d’œuvrer à la réalisation de ses objectifs. Beaucoup se sont attardés sur cette allusion, la considérant comme une « bombe à retardement » au cœur du protocole d’accord. Cependant, les développements des deux dernières semaines ont montré que cette allusion était nécessaire, non seulement pour l’équipe de négociation iranienne, mais aussi pour la partie américaine : elle signifie que l’accord de Téhéran ne constitue pas un mandat illimité, ce dont les prémices commencent à se manifester dans les polémiques qui accompagnent actuellement le déroulement des négociations.

Ce qui se passe aujourd’hui à Doha n’est pas tant un véritable retour à des négociations sérieuses entre les États-Unis et l’Iran qu’une médiation visant à convaincre Téhéran de revenir à la table des négociations ; en d’autres termes, les médiateurs agissent comme s’ils étaient confrontés au risque d’un effondrement des négociations. Cela tient au fait que l’opposition iranienne, contrairement à la version américaine, ne relevait pas du chantage, et que tout ce que Téhéran veut, c’est de l’argent, et rien d’autre. En effet, les indices et les données disponibles indiquent que la décision iranienne de ne pas revenir aux négociations résulte d’une réouverture du débat au sein des instances décisionnaires de Téhéran sur la nature même et la pertinence de la voie négociée. En effet, le courant qui n’a jamais fait confiance aux États-Unis, et qui s’est opposé dès le départ à l’idée de conclure un accord avec eux, estime que l’Iran est confronté à une nouvelle tentative de tromperie, et que l’ensemble des événements survenus depuis l’annonce du protocole d’accord reflète une stratégie américaine fondée sur le constat que la précédente phase de la guerre contre l’Iran n’a pas atteint ses objectifs, ce qui a nécessité de mettre fin à la confrontation, même si ce n’est que temporairement, afin de se réorganiser et de se préparer « davantage » à une nouvelle phase lorsque les conditions seront réunies.

Cette analyse ne se limite pas aux cercles décisionnaires de Téhéran, mais recoupe également les évaluations des services de renseignement occidentaux. Un responsable européen de la sécurité affirme que ce qui se passe actuellement n’est rien d’autre qu’une « pause » de la part des États-Unis et d’Israël, et que le Pentagone a demandé au Commandement central américain et aux services de renseignement militaire d’intensifier leur coopération avec Israël afin de constituer une nouvelle liste de cibles et d’élaborer un plan pour un autre type d’opérations.

Selon ce même responsable, « la logique sur laquelle s’appuient les Américains repose sur l’idée d’anéantir l’adversaire, que ce soit en une seule phase ou au cours de plusieurs phases successives ». Il explique l’accord de Washington sur le protocole d’entente comme « une reconnaissance réaliste de l’échec de la phase précédente de la guerre à atteindre ses objectifs, et la prise de conscience par l’administration de Donald Trump que mettre fin à la guerre implique de payer un certain prix politique, alors que le conflit commençait à avoir des répercussions négatives sur l’influence américaine dans la région. C’est pourquoi Washington a décidé de faire des concessions calculées, dans des limites bien définies ».

Les médiateurs mènent des négociations visant à convaincre les États-Unis et l’Iran de revenir à la table des négociations sur le dossier nucléaire, les sanctions et les autres points du protocole d’accord

Concrètement, depuis la signature du protocole d’accord, les États-Unis se sont efforcés de le vider progressivement de son contenu par une série de mesures successives, commençant par faire pression sur la Sultanat d’Oman pour qu’il modifie les voies de transit dans le détroit d’Ormuz, puis en incitant les pays du Golfe à geler le processus d’ouverture envers l’Iran, et en revenant à un discours d’escalade en mettant l’accent sur la question des missiles balistiques, le rôle des alliés de Téhéran dans la région et les réseaux de financement qui leur sont liés, jusqu’à faire pression sur les autorités de tutelle au Liban pour qu’elles signent un accord avec Israël afin de dissocier leur trajectoire de celle d’Islamabad. Par ailleurs, les Américains ont lancé des attaques militaires contre l’Iran sous prétexte de protéger la navigation dans le Golfe, ce qui a marqué un tournant dans la position iranienne.

En conséquence, l’Iran s’est retrouvé contraint de revoir sa position et a décidé, dans les faits, de suspendre la deuxième phase des négociations avec les États-Unis, qui devait se tenir du 28 juin au 6 juillet et qui était censée aborder les questions fondamentales, au premier rang desquelles figuraient le dossier des sanctions et le programme nucléaire. Téhéran a fait savoir aux médiateurs que le processus de négociation ne pouvait se poursuivre tel que Washington l’envisageait, et surtout, l’Iran a fait savoir aux médiateurs qu’il « n’était pas concerné par les débats internes aux États-Unis, ne s’intéressait pas aux discussions sur la rivalité entre les hauts responsables de l’administration Trump, et ne se sentait pas obligé de se plier aux exigences de Trump par égard pour son allié israélien ».

Selon ces informations, la partie iranienne a fait savoir aux médiateurs qu’aucune reprise des discussions sur les dossiers en suspens ne serait possible avant que ne soit comblée la brèche créée par le comportement américain. Par conséquent, tout dialogue qui se tiendra à Doha se déroulera de manière indirecte et visera en premier lieu à clarifier la position américaine et à obtenir des engagements concrets sur deux points essentiels.

Premièrement, le respect des dispositions du protocole d’accord concernant la gestion de la navigation dans le détroit d’Ormuz pendant le délai de soixante jours.

La seconde, le retour aux conclusions du protocole d’accord concernant le dossier libanais, par la mise en place d’une cellule chargée de superviser la consolidation du cessez-le-feu et l’établissement d’un calendrier précis pour le retrait de l’armée d’occupation des territoires libanais dans un délai de soixante jours.

Alors que nombreux sont ceux qui doutent de la volonté ou de la capacité des États-Unis à remplir ces deux conditions, la possibilité d’un retour des tensions dans le Golfe et sur le front avec Israël devient envisageable. Si les médiateurs rapportent que l’administration Trump ne souhaite pas retourner à la guerre, celle-ci exige en revanche de Téhéran qu’il tienne compte de considérations qui, selon elle, échappent à sa volonté. En examinant de plus près ces justifications, l’administration américaine se met soudain à évoquer « la souveraineté de la position des pays du Golfe et celle de la position israélienne », un discours que les Iraniens ne peuvent accepter, ce qui laisse présager la poursuite de la confrontation politique actuelle, sans que personne ne puisse garantir qu’on ne revienne pas rapidement, et à nouveau, à une confrontation militaire.

Al Akhbar