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Fiona MacDonald et Samy Adghirn

Vessels at Port Sultan Qaboos in Muscat, Oman.Photographer: Elke Scholiers/Getty Images

Selon des sources proches du dossier, certaines grandes puissances européennes admettent désormais que les navires transitant par le détroit d’Ormuz, d’une importance vitale, devront s’acquitter de redevances auprès de l’Iran et d’Oman.

La perspective d’une sorte de redevance de service à la suite de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre la République islamique a été présentée comme une évidence par deux de ces sources, qui ont demandé à rester anonymes car elles évoquaient des délibérations privées.

En privé, certains responsables des pays arabes du Golfe partagent ce point de vue, ont-elles ajouté, bien que cela ne corresponde pas nécessairement à la position officielle de leurs gouvernements.

On ignore encore quel type de redevances et quel montant chaque pays serait prêt à accepter. Les États-Unis et les pays arabes du Golfe, quant à eux, continuent d’insister sur le fait que l’Iran et Oman ne peuvent imposer aucune redevance pour le détroit d’Ormuz. Ils craignent notamment que cela ne crée un précédent incitant d’autres pays à imposer des redevances sur différentes voies navigables.

Tout en s’accommodant de l’idée de coûts supplémentaires, les pays européens ont insisté auprès des responsables iraniens et omanais pour qu’ils ne pratiquent aucune discrimination à l’encontre des navires en fonction de leur nationalité, ont indiqué ces sources. Le Royaume-Uni, la France et d’autres nations européennes militent également en faveur d’une coalition maritime internationale chargée de contribuer au déminage du détroit d’Ormuz, mais son déploiement dépendra de l’avancement des négociations entre les États-Unis et l’Iran sur un accord de paix permanent, ont-elles précisé.

Oman, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït ont soit refusé de commenter, soit n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Bloomberg.

Dans un communiqué, le gouvernement de Bahreïn a déclaré qu’il n’avait ni accepté ni même laissé entendre qu’il accepterait des redevances ou des péages pour les navires transitant par le détroit.

« Le passage libre et sans entrave de la navigation internationale à travers le détroit relève du droit international et ne fait l’objet d’aucune négociation », a déclaré Bahreïn.

Oman a fait savoir aux responsables européens qu’il n’y avait aucun moyen de revenir au statu quo d’avant-guerre dans le détroit d’Ormuz, a rapporté Bloomberg la semaine dernière. Les navires empruntant cette voie navigable — un goulet d’étranglement crucial pour les approvisionnements énergétiques en provenance du golfe Persique — pourraient se voir facturer des redevances pour des services liés à la dépollution du détroit et aux coûts de navigation.

Oman, allié à la fois de l’Occident et de l’Iran, subit des pressions de part et d’autre. En public, le sultanat, qui borde la partie sud du détroit, a envoyé des messages contradictoires quant à ses intentions, tout en affirmant toujours qu’il respecterait le droit maritime international.

Oman étudie le détroit de Malacca, en Asie, comme modèle potentiel, a indiqué l’une de ces sources, signe que le pays tente de trouver une solution qui satisfasse à la fois l’Iran et le reste du monde. Les dirigeants omanais estiment qu’un système de type Malacca ne fonctionnerait que si tous les États du golfe Persique l’acceptaient, a précisé cette source. On ignore si cette option serait envisageable pour l’Iran.

Le détroit de Malacca est géré de manière informelle par l’Indonésie, la Malaisie et Singapour, ces pays facturant aux navires les services de navigation et de sécurité nécessaires. Il existe un fonds qui collecte des contributions volontaires pour assurer la sécurité de la navigation, bien qu’il ne publie pas régulièrement de détails sur les contributions financières. En 2017, Singapour a révélé que 22 millions de dollars avaient été collectés sur une période de dix ans pour ce fonds, soit environ 2,2 millions de dollars par an.

Le trafic maritime commercial dans le détroit d’Ormuz a augmenté depuis que l’Iran et les États-Unis ont signé un accord de paix provisoire il y a environ deux semaines. Cet accord, associé au soutien militaire américain apporté aux navires, a permis de faire passer les flux de pétrole transitant par ce goulet d’étranglement – en provenance notamment d’Arabie saoudite – à plus de 10 millions de barils par jour, soit un peu plus de la moitié des niveaux d’avant la guerre. L’Iran a également accru ses exportations de brut grâce à la levée par les États-Unis du blocus de ses ports.

Lors d’une rare visite en Europe la semaine dernière, le sultan d’Oman, Haitham bin Tariq, a évoqué des projets concernant le détroit d’Ormuz lors d’une rencontre avec le président français Emmanuel Macron à Paris. Les deux dirigeants ont déclaré dans une déclaration commune qu’ils encourageraient un transit sans restriction.

Les pays arabes du Golfe, qui ont subi de violentes attaques de la part de l’Iran pendant plusieurs semaines au début de la guerre, se sont montrés disposés à assouplir leur refus de payer des « droits de passage » dans un souci d’apaisement, ont indiqué ces sources.

Bloomberg