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par M. K. BHADRAKUMAR

Le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a rencontré le président iranien Masoud Pezeshkian, à Téhéran, le 3 juillet 2026

Le gouvernement a pris une excellente décision en désignant le gouverneur du Bihar, le lieutenant-général Syed Ata Hasnain (à la retraite), pour représenter le pays aux funérailles du défunt Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Le choix d’envoyer un général à la retraite aux funérailles d’une figure religieuse vénérée est inhabituel, mais c’est un choix réfléchi visant à insuffler un nouvel élan aux relations bilatérales et à rétablir l’équilibre dans la politique indienne envers l’Asie occidentale.

En effet, la cérémonie funéraire à Téhéran s’avère être un événement extraordinaire, d’un genre que le monde n’a jamais connu, marqué par une manifestation spontanée de respect et de chagrin. Elle revêt une immense portée symbolique sur le plan politique — équivalant à une dénonciation du président américain Donald Trump et de son complice, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dans cet horrible assassinat. Comme l’a dit Shakespeare : « Car le meurtre, bien qu’il n’ait pas de langue, parlera. »

De tels funérailles d’État sont des événements internationaux où la diplomatie est généralement présente. L’événement de Téhéran se déroule dans un contexte extraordinaire de dynamique du pouvoir — tant en Iran qu’au niveau régional et international.

Du point de vue indien, toute l’attention se portera sur le général indien qui pourrait, à un moment donné, se retrouver face à face avec le maréchal pakistanais Asim Munir, qui accompagne le Premier ministre Shahbaz Sharif à Téhéran. Si une telle rencontre devait avoir lieu, quelques échanges de politesses s’ensuivraient, ce qui pourrait s’avérer bénéfique à terme. Quoi qu’il en soit, les impressions de première main du général Hasnain, à la fois intellectuel, humaniste et militaire, seront très éclairantes. On espère qu’il couchera ses réflexions sur papier.

Le Pakistan a le vent en poupe ces derniers temps et le maréchal Munir sera très sollicité à Téhéran. Le New York Times et le Washington Post ont publié des articles, manifestement fondés sur des informations de haut niveau fournies par la CIA, selon lesquels Israël ourdissait un complot visant à assassiner le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, mais une alerte donnée par les Américains a déjoué ce complot.

Selon d’autres informations, cependant, tout cela s’est en réalité produit il y a deux mois, à l’approche des pourparlers historiques de haut niveau entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad, les 11 et 12 avril, auxquels ont participé le vice-président américain JD Vance, M. Ghalibaf et M. Araghchi. Il semble que les services de renseignement pakistanais aient déjoué le complot israélien et alerté les Américains, ce qui a permis de faire échouer le complot. De toute évidence, les paroles effusives de gratitude adressées aux autorités pakistanaises par Trump et Vance pour leur rôle dans la facilitation des pourparlers avec les Iraniens peuvent désormais être replacées dans leur contexte. Le moment choisi par les États-Unis pour faire cette révélation est intrigant.

La Chine et la Russie, que l’on peut considérer comme des quasi-alliés de l’Iran, ont toutes deux dépêché des hauts responsables pour représenter leurs gouvernements. La présence de Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe [et ancien président et Premier ministre], retient tout particulièrement l’attention. Medvedev occupe de facto la deuxième place dans la hiérarchie du Kremlin. C’est un collaborateur politique de longue date du président Vladimir Poutine.

De même, M. Medvedev préside la Commission militaro-industrielle russe, un poste influent qui supervise l’ensemble de l’industrie de la défense. M. Medvedev était accompagné d’une délégation de hauts responsables. Ce déplacement peut être considéré comme une « visite de travail ».

À la veille de la visite de Medvedev, des sources russes ont révélé que l’usine aéronautique de Komsomolsk-sur-l’Amour (également connue sous le nom d’usine aéronautique Youri Gagarine, située sur la rive orientale reculée de l’Amour, à Khabarovsk, dans l’Extrême-Orient russe) avait achevé la production du premier lot de 20 avions de chasse Su-35 « Super Flanker » commandés par l’Iran.

Le Sukhoi Su-35 est un redoutable chasseur de supériorité aérienne de 4,5e génération, bimoteur et ultra-manœuvrable, doté d’une avionique de pointe, de moteurs à poussée vectorielle 3D et du puissant radar à balayage électronique passif N35 « Irbis-E ». Il possède la capacité rare de pouvoir opérer à partir d’aérodromes courts ou improvisés, ce qui le rend moins dépendant des grandes bases aériennes et plus difficile à neutraliser.

Des documents du gouvernement russe divulgués et publiés fin 2025 laissaient entendre que l’Iran avait commandé 48 chasseurs Su-35 au total, dans le cadre d’un accord de défense conclu avec ce pays deux ans plus tôt. Selon certaines informations, la Russie accélérerait les livraisons à l’Iran, qui pourraient débuter en 2026.

L’armée de l’air iranienne s’appuie depuis longtemps sur des appareils occidentaux vieillissants acquis avant la révolution de 1979. Bien que l’Iran ait développé l’un des arsenaux de missiles les plus puissants de la région, ses capacités aériennes nationales restent relativement faibles. Selon les analystes, l’arrivée des chasseurs Sukhoi Su-35 pourrait renforcer considérablement la puissance aérienne de l’Iran et étendre sa capacité à mener des opérations à longue portée.

Il ne fait aucun doute que le voyage de Medvedev à Téhéran témoigne de la volonté du Kremlin de renforcer ses liens militaires avec l’Iran, en raison de la conjoncture actuelle, à un moment délicat où une confrontation militaire entre la Russie et l’OTAN n’est plus un scénario farfelu. Parmi ces circonstances, on peut citer :

  • l’expansion de l’OTAN dans la région baltique ;
  • la participation directe de Washington, une fois de plus, à la guerre par procuration en Ukraine, notamment en intensifiant et en aggravant les attaques menées en profondeur sur le territoire russe à l’aide de missiles à longue portée ;
  • la Finlande et la Lituanie ouvrant la voie au déploiement d’armes nucléaires américaines dans les régions frontalières de la Russie ;
  • les tensions croissantes en mer Baltique ;
  • les menaces pesant sur la sécurité de la Biélorussie, proche alliée de la Russie et voisine de sa base nucléaire dans l’enclave de Kaliningrad ;
  • les déclarations répétées des dirigeants européens exhortant les citoyens à se préparer à une guerre contre la Russie ; et,
  • l’impasse dans les pourparlers de paix entre les États-Unis et la Russie.

Il est significatif que Poutine ne fasse plus de distinction entre les États-Unis et leurs alliés européens en tant qu’adversaires. Dans un avertissement d’une franchise inhabituelle, Poutine a déclaré la semaine dernière que la Russie ne se laisserait pas prendre par surprise, comme cela avait été le cas lorsque l’Allemagne nazie avait lancé l’opération Barbarossa contre l’Union soviétique.

De même, la situation sécuritaire dans la région de la mer Noire a radicalement changé. Des attaques quotidiennes ont lieu en Crimée et les liaisons routières de la péninsule avec l’arrière-pays russe sont perturbées. L’état d’urgence a été déclaré. Une offensive militaire massive des forces russes vers Kiev se prépare, le Kremlin cherchant une victoire militaire totale et estimant que seul un changement de régime en Ukraine pourra mettre fin à la guerre.

Au final, avec le rapprochement entre le président turc Recep Erdogan et Trump, ainsi que les rééquilibrages observés ces derniers mois dans la région transcaucasienne — notamment en Arménie —, l’importance stratégique de l’Iran pour la Russie est devenue cruciale. La Russie ne peut tout simplement pas se permettre de voir l’Iran capituler. Et à Téhéran aussi, l’absence totale des nations occidentales aux cérémonies funéraires n’aura pas manqué d’être remarquée.

Indian Punchline