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Le président syrien Ahmed al-Shara’a. Et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. (Illustration : Palestine Chronicle)

Par Robert Inlakesh

Bien qu’il y ait beaucoup plus à dire sur les différentes façons dont une telle situation pourrait se dérouler, voici quelques-uns des scénarios envisageables.

Le président américain Donald Trump fait publiquement pression sur ses alliés à Damas pour qu’ils envahissent le Liban afin de s’en prendre au Hezbollah. Les conséquences d’une telle initiative s’étendraient bien au-delà du Liban et de la Syrie, provoquant un conflit régional sans précédent qui déclencherait une brutalité imprévisible.

Le président américain a lancé à plusieurs reprises des appels très publics, affirmant son intention d’utiliser les forces qui constituent la nouvelle armée syrienne pour envahir le territoire libanais, avec pour mission d’affaiblir le Hezbollah et de le priver de ses armes. Bien que le dirigeant syrien Ahmed al-Shara’a ait dans un premier temps démenti à deux reprises publiquement qu’il prévoyait d’ordonner cette invasion, il est resté silencieux ces derniers temps, alors même que la question a été soulevée lors d’une rencontre publique avec Trump lors d’un sommet de l’OTAN à Ankara.

Dans le même temps, les forces syriennes se mobilisent activement et accumulent du matériel le long de la frontière libanaise, un processus qui dure depuis au moins trois semaines et qui est suivi de près par les médias locaux ainsi que par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR). Il convient notamment de noter la forte présence de combattants étrangers qui auraient été envoyés dans des zones adjacentes à la vallée de la Bekaa au Liban.

Le président Trump affirme que la Syrie serait plus efficace que les Israéliens pour faire face au Hezbollah – en avançant à plusieurs reprises l’idée que, plutôt que de faire sauter des immeubles entiers, les combattants syriens mèneraient des opérations plus ciblées. S’il est peut-être vrai qu’ils ne raseraient pas purement et simplement des complexes résidentiels entiers, les forces susceptibles d’envahir le Liban depuis la Syrie commettraient probablement des crimes de guerre d’une toute autre nature.

Ce qui constitue aujourd’hui l’armée syrienne est un ensemble de milices anciennement liées à Al-Qaïda qui opéraient auparavant, pour la plupart, dans la province d’Idlib. Il ne s’agit pas d’une armée disciplinée et bien entraînée, dotée d’armes de précision ; Israël a d’ailleurs détruit la plupart des armes stratégiques de l’ancienne Armée arabe syrienne lors du changement de régime survenu en décembre 2024. En raison de l’effectif réduit de ses forces régulières, l’armée syrienne actuelle renforce souvent ses rangs avec des milices alliées, qui ne rendent de comptes à personne.

La raison pour laquelle une invasion syrienne du Liban serait si dangereuse va bien au-delà des simples hommes d’al-Shara’a. La Résistance islamique en Irak a déjà menacé d’intervenir si une telle guerre était menée contre le Liban. Ces milices irakiennes sont bien plus puissantes que l’armée syrienne et chercheront probablement à s’emparer de Deir Ezzor afin d’ouvrir de nouvelles lignes d’approvisionnement vers le pays au cas où elles viendraient à s’impliquer. Les responsables iraniens ont également menacé de frapper l’armée syrienne si celle-ci se lançait dans une telle entreprise.

Il y a ensuite l’armée libanaise elle-même, qui, traditionnellement, défendrait son territoire contre les menaces venant de Syrie. Cependant, le gouvernement de Beyrouth est un régime fantoche des États-Unis qui a déjà trahi le sud de son pays en permettant aux Israéliens de maintenir une occupation illégale et qui, dans le cadre du même accord, s’est engagé à désarmer le Hezbollah. Si les Forces armées libanaises tentaient un affrontement violent avec le Hezbollah, l’armée risquerait de se diviser, ce qui pourrait déboucher sur une guerre civile.

Les États-Unis ont envoyé une équipe de conseillers militaires à Beyrouth pour aider les Libanais à faire le sale boulot à la place d’Israël. Selon certaines spéculations, le déploiement de milliers de soldats de combat viserait à soutenir leurs mandataires en cas de déclenchement d’une guerre civile, bien que les sources anonymes à l’origine de ces affirmations n’aient pas encore été corroborées.

Une conséquence très évidente d’une telle guerre serait une montée en flèche du sectarisme dans toute la région, qui serait exacerbée par une couverture médiatique partiale. Si al-Shara’a cherche à faire intervenir des combattants étrangers, cela laisse présager un bain de sang sectaire imminent. Nous avons déjà assisté à des attaques de grande envergure menées par les forces de sécurité syriennes, aux côtés de milices alliées, qui ont abouti au massacre de milliers de civils issus des minorités religieuses du pays. Ces affrontements sectaires ont même permis à Israël de tirer parti de la situation et de soutenir les forces séparatistes druzes dans le sud de la Syrie.

Malgré la levée des sanctions de l’UE et des États-Unis contre la Syrie, et bien que Damas ait repris le contrôle des champs pétroliers et des terres agricoles du pays, l’économie nationale est en ruine. La corruption est endémique, tout le monde est armé et les milices contrôlent de facto leurs propres territoires à travers le pays, avec l’approbation tacite du nouvel État syrien. Le taux d’homicides a explosé depuis la prise de pouvoir par le gouvernement de Hayat Tahrir al-Sham, avec de nombreux exécutions extrajudiciaires étant liées à des conflits sectaires et d’autres résultant d’actes de vengeance pour des crimes commis pendant les années de guerre.

Si ces miliciens syriens parviennent à pénétrer dans les villages chiites libanais, on peut être presque certain que cela se traduira par une répétition des atrocités que les hommes d’al-Shara’a ont commises au plus fort de la guerre civile. Lorsque de telles atrocités se produisent, elles ne font qu’attiser l’animosité envers le camp adverse, et de nombreux médias arabophones ne manqueront pas d’attiser les flammes de la haine.

Il n’est pas non plus exclu que le Hezbollah finisse par nouer des alliances en Syrie et puisse même passer lui-même à l’offensive. De nombreux groupes armés à travers la Syrie se rebelleraient contre les autorités actuelles s’ils en avaient l’occasion, surtout si une compensation leur était garantie. Dans le même temps, Israël profiterait de la situation pour mener une campagne aérienne contre le Hezbollah et peut-être même contre certaines cibles syriennes.

Bien qu’il y ait beaucoup plus à dire sur les différentes façons dont une telle situation pourrait se dérouler, ce sont là quelques-uns des scénarios envisageables. Il en résulterait inévitablement des déplacements massifs de population et une éventuelle crise des réfugiés.

Il suffit de dire que si Trump obtient ce qu’il veut – au nom d’Israël –, nous nous dirigeons vers une escalade terrifiante qui pourrait dégénérer de multiples façons. En vérité, dans l’intérêt de tous, cette guerre ne devrait même pas être envisagée. Si elle venait à éclater, elle ne profiterait qu’à Tel-Aviv.

Robert Inlakesh est journaliste, écrivain et réalisateur de documentaires. Il s’intéresse particulièrement au Moyen-Orient, et plus particulièrement à la Palestine.

The Palestine Chronicle.