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par Larry C. Johnson

La raffinerie d’Haïfa en Israël

Que se passe-t-il chez les partisans de la ligne dure israéliens ? À l’issue d’une réunion du cabinet de sécurité présidée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Smotrich a déclaré :

La situation actuelle, dans laquelle le conflit entre l’Iran et les États-Unis reste limité, est la bonne et la meilleure pour nous. Nous ne cherchons pas à nous impliquer.

Il a précisé que l’objectif ultime d’Israël était d’affaiblir, puis de renverser le régime iranien, et que la pression économique (citant la forte inflation et l’effondrement de la monnaie iranienne) constituait actuellement la voie la plus efficace. Il a fait valoir que la confrontation limitée entre les États-Unis et l’Iran, y compris les pressions liées au détroit d’Ormuz, profitait à Israël sans nécessiter d’implication militaire directe de la part de ce dernier.

Mais dit-il la vérité ? Il existe peut-être une autre raison pour laquelle Israël, malgré certaines menaces belliqueuses de Netanyahou, souhaite éviter de s’impliquer davantage dans la guerre contre l’Iran. Je pense que la réponse réside peut-être dans une analyse que j’ai reçue l’autre jour d’un ami, expert en énergie et consultant actif auprès de pays du Moyen-Orient. En voici les principales conclusions :

CONCLUSION FONDAMENTALE : La posture militaire d’Israël dépend de manière critique de l’approvisionnement en carburant. La puissance aérienne est essentielle à la défense du territoire national, à la portée stratégique et à tout conflit prolongé impliquant l’Iran, le Liban, le Yémen ou plusieurs fronts. Le système national de production de distillats moyens est concentré dans deux raffineries, le plus grand complexe de Haïfa étant toujours structurellement endommagé. La perte de ces deux raffineries entraînerait une perte d’environ 104 kb/j de production de diesel et de kérosène. Aucun système externe fiable ne peut remplacer les 88 kb/j nécessaires en cas de guerre prolongée, ni à l’échelle ni à la vitesse requises. Si la réception des importations venait également à faire défaut, Israël entrerait dans une phase où ses stocks limités réduiraient progressivement la capacité de déploiement des sorties aériennes, la logistique au sol, la défense aérienne, l’alimentation électrique de secours et l’ensemble du système de soutien militaire.

Résumé : quatre lacunes critiques

  1. CONCENTRATION DU RAFFINAGE NATIONAL. Israël ne dispose pas d’un système de raffinage national géographiquement diversifié. Deux installations assument de fait la quasi-totalité de la charge nationale. Le scénario de référence actuel est d’environ 82,3 kb/j de gazole et 22,0 kb/j de kérosène ; Haïfa fournit environ les deux tiers des distillats moyens combinés et environ 70 % du gazole. La perte de Haïfa à elle seule entraîne un déficit de 52 kb/j en cas de conflit prolongé. La perte des deux installations élimine l’approvisionnement national.

2. DÉFAUT STRUCTUREL EXISTANT. Haïfa est en service, mais ce n’est pas un actif totalement résilient. Sa dépendance vis-à-vis des réseaux interconnectés d’électricité, de vapeur, de canalisations et de transfert expose le complexe à une défaillance en mode commun. Le danger stratégique ne réside pas seulement dans la réduction de la capacité nominale ; il tient au fait qu’une perturbation fonctionnelle supplémentaire pourrait se propager simultanément à plusieurs systèmes de traitement et de soutien.

3. AUCUN SYSTÈME DE REMPLACEMENT GARANTI. Si les deux raffineries sont indisponibles, environ 88 kb/j de distillats moyens doivent provenir des stocks accessibles et des importations dans le scénario de guerre prolongée. L’approvisionnement en provenance de la mer Noire est fortement limité, le commerce mondial de kérosène et de diesel est restreint, la capacité de raffinage du Golfe est compromise, et chaque baril importé reste tributaire de l’assurance, du transport maritime, de la réception, de la certification et de la distribution interne. Israël dispose d’options d’approvisionnement, mais d’aucune architecture de secours garantie capable de remplacer son système de raffinage à grande échelle.

4 . LA POSITION MILITAIRE EST INTRINSÈQUEMENT LIÉE AUX DISTILLATS MOYENS. L’armée de l’air israélienne est essentielle à la dissuasion, à la défense du territoire, à la portée à longue distance et à tout conflit prolongé sur plusieurs fronts. Le kérosène alimente les avions ; le diesel alimente le système qui rend la puissance aérienne possible : défense aérienne, mobilité terrestre, logistique, communications, production d’électricité de secours, maintenance et continuité des bases. Une crise du carburant affaiblit donc l’ensemble de la posture militaire, et pas seulement l’aviation.

Permettez-moi de résumer la situation pour vous. Au cours des cinq premières semaines de l’opération « Epic Fury », les raffineries israéliennes de Haïfa et d’Ashdod ont été touchées et ont subi des dégâts importants. Ces deux raffineries sont essentielles à la capacité d’Israël à produire du diesel et du kérosène. À l’heure actuelle, Israël s’en sort tant bien que mal, mais il ne dispose pas de réserves substantielles. De nouveaux dégâts subis par ces raffineries provoqueraient une crise du carburant pour Israël, notamment en ce qui concerne sa capacité à produire du kérosène. Sans kérosène, la capacité d’Israël à poursuivre ses bombardements au Liban et à Gaza serait fortement réduite, voire anéantie. Un manque de gazole paralyserait également les opérations terrestres d’Israël. En bref, de nouvelles attaques iraniennes contre les raffineries israéliennes pourraient empêcher Israël de poursuivre ses opérations militaires.

Sonar21