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La photo d’Anton Al-Sahnaoui aux côtés de Benjamin Netanyahou n’avait pas besoin de beaucoup de commentaires ni d’analyses. Parfois, une seule image résume ce que des centaines de pages ne parviennent pas à expliquer.

Maysam Rizk

Le dîner qui a réuni Al-Sahnaoui et Netanyahou à Washington lundi soir (source : Internet)

La photo d’Anton Al-Sahnaoui aux côtés de Benjamin Netanyahou n’avait pas besoin de beaucoup de commentaires ni d’analyses. Parfois, une seule photo résume ce que des centaines de pages ne parviennent pas à expliquer. Et même si elle n’est pas une surprise pour ceux qui suivent le parcours de cet homme, ses relations et ses choix, elle offre aux Libanais une image claire, qui ne nécessite pas beaucoup d’interprétation, d’un homme d’affaires d’identité libanaise mais aux tendances sionistes.

Alors que l’ennemi israélien continue de semer la mort dans le Sud et de raser des villages, ce banquier, voleur de l’argent des déposants, a choisi d’accueillir à Washington le chef du gouvernement du génocide, dans un moment qui résume à lui seul tout un paysage politique.

Cet homme n’a en effet jamais été une personnalité éloignée de la politique. Ses positions et ses choix étaient connus, mais cette photo a porté le débat à un autre niveau. Il ne s’agit plus simplement d’une prise de position politique de la part de « l’époux de la reine », la reine de beauté des agrumes, Morgan Ortagus, qui encourageait Israël à commettre un massacre lors des funérailles de M. Hassan Nasrallah. Le problème ne réside pas dans la photo, car Al-Sahnaoui occupe sa place naturelle aux côtés des assassins de l’« axe Epstein », mais dans le fait qu’elle a révélé l’ampleur des liens entre l’argent, les relations internationales et la politique, et a remis sur le tapis la question du rôle des hommes d’affaires qui possèdent des réseaux d’influence transfrontaliers, ainsi que de l’influence de ces réseaux sur la décision nationale et sur la formation de la conscience collective.

Le drame, c’est que cet homme dispose désormais d’un réseau plus vaste de relations, tissé au fil des années, qui s’étend entre l’argent, les médias et la politique, et repose sur la transformation de la puissance économique en influence politique et culturelle. Ainsi, celui qui dispose d’une grande fortune n’a pas toujours besoin d’un poste officiel pour changer la donne ; il lui suffit d’avoir la capacité de financer la visibilité, d’ouvrir des tribunes et de créer des voix qui reprennent le discours servant sa vision.

C’est là que réside le problème fondamental : le réseau d’influence ne se limite pas aux banques et aux entreprises, mais s’étend aux médias, à la politique et à l’espace public. Il y a des journalistes, des médias, des militants et des personnalités politiques qui s’intègrent dans un système rhétorique cohérent, contribuant à redéfinir les priorités nationales. En effet, cet homme est passé du statut de voleur des deniers publics, qui doit rendre des comptes, à celui d’instrument visant à saper l’identité du pays et ses fondements, et à le transformer en une tribune au service du projet israélien dans la région, sachant que parmi les personnes inscrites sur la liste des « salaires mensuels » qu’il verse figurent des députés du Parlement désormais connus sous le nom du bloc Anton Al-Sahnawi, dont la mission est de faire adopter des projets de loi au service d’Israël et de promouvoir un discours qui blanchit son image.

Lundi soir, Al-Sahnawi a organisé un dîner en hommage au sénateur sioniste Lindsey Graham, à l’hôtel « Four Seasons » de la capitale américaine, en présence de Netanyahou et de son épouse Sara, ainsi que de la sœur de Graham, la sénatrice nommée Darlene Graham. Étaient également présents des sénateurs républicains et démocrates, le conseiller de la Maison Blanche Stephen Miller et le ministre de la Sécurité intérieure Marko Mullen.

Une question incontournable se pose : comment les autorités libanaises vont-elles réagir face à l’apparition d’un homme d’affaires libanais aux côtés du chef du gouvernement de l’ennemi en pleine guerre ? Et comment vont réagir les porte-voix qui embellissent son image et vantent son amitié, notamment ceux qui sont connus pour être à sa solde ?

Al Akhbar