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Edouard Husson

Je voudrais répondre à l’objection d’un lecteur, qui s’étonne que je me sois ainsi concentré sur la question des ennemis extérieurs, plutôt que de commencer par dénoncer ces gouvernants qui trahissent.
L’objection est recevable. Elle me donne l’occasion de vous faire comprendre ma compréhension de l’histoire de France et ma vision politique.

Charles Péguy (1873-1914)
Ces présidents qui renoncent toujours plus à l’indépendance de la France
Le Général de Gaulle n’a pas seulement légué des institutions rénovées, une res publica consolidée. Il a aussi reformulé pour notre temps les conditions de l’indépendance et le mode d’exercice de la souveraineté.
De ce point de vue, la trahison, au sens neutre, commence dès Georges Pompidou. Oh, pas sur tous les sujets: par exemple la ligne de conduite vis-à-vis d’Israël tracée par le Général de Gaulle dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967 est maintenue. En revanche, Pompidou baisse la garde face à la République Fédérale d’Allemagne. Il accepte la dévaluation du franc que de Gaulle avait refusée en novembre 1968. Il fait entrer la Grande-Bretagne dans le Marché Commun, comme le voulaient les Allemands. Et il lance le premier projet de monnaie unique européenne, qui tourne court; mais l’intention y était.
Pompidou, Giscard, Chirac se ressemblent beaucoup: ils ont connu et servi le Général et ils se sentaient encore liés par son héritage. Mais ils lâchèrent tous les trois sur des ponts essentiels. VGE avait un fort tropisme européiste. Jacques Chirac est souvent loué pour son refus de la Guerre d’Irak de 2003, à juste titre; mais pourquoi a-t-il fait la Guerre du Kosovo en 1999? Pourquoi a-t-il cru bon d’aplanir, après 2003, le différend avec Washington en commençant à préparer le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN? Nicolas Sarkozy n’a fait que reprendre la discussion pour la pousser jusqu’au bout; et il est bien vrai que le quinquennat de Sarkozy marque la sortie du gaullisme pour la droite française.

Caïus Gracchus (154-121 av. JC) haranguant le peuple de Rome
Je suis beaucoup plus sévère avec François Mitterrand l’atlantiste, qui maintint la France dans l’OTAN en 1990, alors que se présentait une occasion unique de casser la structure devenue inutile. Et puis la majorité élue en 1981 était encore porteuse d’un vrai patriotisme économique. Contrairement à ce qu’on dit habituellement, le programme de nationalisations de 1981 était bien pensé. Il impliquait simplement de rompre avec la relation franco-allemande privilégiée, ne serait-ce que pour reprendre la maîtrise de nos affaires monétaires. Là encore, contrairement à ce qu’on dit, le débat fut très dur, entre les partisans de l’arrimage au deutsche mark et ceux d’une politique monétaire nationale. Mais François Mitterrand était à l’origine un homme de droite spontanément antigaulliste. Basculant à gauche par opportunisme, il fit l’union de la gauche avant de casser le ressort patriotique de cette dernière. Si François Hollande est le fils politique de Mitterrand, il n’est pas surprenant que la lignée politique ait ensuite produit Emmanuel Macron.
Constatons que, de président en président, depuis 1969 on a fait preuve de moins en moins d’indépendance. On est revenu toujours plus à l’atlantisme dont de Gaulle nous avait émancipé. En 1992, j’ai voté non à Maastricht non seulement parce que la monnaie unique européenne était construite de manière bancale mais aussi parce que le Traité instaurait une Union Européenne qui n’était guère plus que le bras politique de l’OTAN. Le Moyen-Orient est un bon test du degré d’indépendance de notre politique. L’opposition à la Guerre d’Irak en 2003 fut le chant du cygne de notre politique indépendante dans la région.
Qui sont nos ennemis?
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4 août

La raison d’Etat peut être une grande chose: les meilleurs hommes d’Etat apprennent à maîtriser leurs passions, leurs haines, leurs emballements. Richelieu, de Gaulle, chacun à sa manière, avaient cette faculté peu commune de n’avoir ni sentimentalisme déplacé ni haine irréversible envers tel ou tel pays. Ils regardaient froidement les intérêts de la France. Jaurès n’a malheureusement jamais gouverné; mais il était de la même trempe.
Les structures d’intégration supranationales comme nouvelle forme de vichysme
Dans mon article “Qui sont nos ennemis?”, j’ai identifié ce fait curieux que les pays qui jouent le plus contre nos intérêts, à savoir les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, Israël, sont ceux à qui nous sommes le plus liés.
Chez tous les présidents français après de Gaulle, on remarque le même réflexe: vouloir construire ou renforcer des structures de collaboration avec les pays qui jouent le plus contre nous.
- plus les Etats-Unis sont devenus agressifs, plus nous avons voulu réintégrer le commandement de l’OTAN.
- plus l’Allemagne nous a semblé puissante, plus nous avons voulu créer avec elle une structure dans laquelle nous soumettre à ses injonctions.
- Plus Israël a violenté les Palestiniens et miné la cohésion du Liban, plus nous avons voulu nous intégrer à l’ordre américain pour le Proche-Orient.
C’est le réflexe fondamental du vichysme. Plutôt que de continuer la lutte, proposer un accommodement à l’ennemi, qui en profite pour nous soumettre toujours plus.
Lorsqu’Emmanuel Macron proclame “Nous sommes en guerre »!”, il ne croit pas si bien dire. Sauf que la France ne fait pas la guerre, elle se soumet.
- elle se soumet à l’absurdité de la politique de confinements et de vaccination obligatoire à l’époque du COVID
- elle se soumet à une politique américaine destinée à briser la concurrence de l’économie européenne et soumettre cette dernière à des approvisionnements énergétiques américains.
- elle se couche devant une coalition de pays occidentaux qui refusent de condamner Israël, avec le génocide de Gaza, la destruction du Liban et la stratégie du chaos au Proche-Orient.
- elle adopte sans broncher des politiques migratoires pilotées depuis des organisations internationales par des intérêts politiques et financiers qui veulent briser notre cohésion sociale et notre continuité nationale.
- elle s’endette au point de ne pas pouvoir faire autrement que suivre les directives de ses créanciers.
Le fascisme post-national a réussi à créer une nouvelle France de Vichy où il n‘y a, dans le système politique, que des oppositions contrôlées
Je finis de répondre à la question qui m’était posée: pourquoi n’avez-vous pas commencer par dénoncer nos gouvernants, avant de dénoncer les ennemis extérieurs? Eh bien parce qu’en France occupée, se contenter de dénoncer Vichy ne servait à rien: il fallait combattre l’occupant fasciste. Face au fascisme gris de l’Occident suprémaciste en phase terminale, passer son temps à taper sur des gouvernants issus des réseaux de “Young Leaders”, qui ont besoin de se faire adouber à Berlin, à Tel-Aviv, à Washington, à Davos ou devant le Cercle Bilderberg, c’est oublier ce qu’il faut combattre: les réseaux du chaos et leurs instigateurs.
Tel est bien le problème que nous avons avec les oppositions. Elles n’en sont pas. Ni le Rassemblement National ni La France insoumise ne jouent le rôle que l’on attendrait d’eux. Ils sont des oppositions partielles et souvent inefficaces. Quand ils ne se font pas complices, en fait, du macronisme au pouvoir. Rappelons-nous LFI sauvant la mise aux macronistes en déroute entre les deux tours des législatives de 2024. Ou le Rassemblement National laissant nommer Richard Ferrand au Conseil constitutionnel. La France Insoumise préfère combattre le Canon Français que faire partir Emmanuel Macron. Le Rassemblement National et la droite soi-disant nationale préfèrent taper sur les étrangers, les immigrés, les musulmans, que de défendre un retour à la souveraineté et l’indépendance nationale.
Ainsi tous les faux amis de la France, qu’on n’ose pas désigner comme de vrais ennemis ont-ils réussi cet exploits de pousser notre pays toujours plus dans un nouveau vichysme tout en empêchant, jusqu’à maintenant, qu’il y ait un nouveau gaullisme.
Imaginons ce qui serait arrivé à la Résistance française s’il n’y avait pas eu de Gaulle pour lui envoyer Jean Moulin; elle aurait été en partie neutralisée. Et c’est bien ce à quoi nous assistons:
- les opposants aux destructions causées par les lois sociétales et les “valeurs occidentales” intimidés autant que possible. Rappelons-nous la police de François Hollande matraquant les participants de la Manif Pour Tous.
- Les Gilets Jaunes brutalement réprimés.
- Macron voulant “emm… les non-vaccinés”
- les critiques de la Guerre d’Ukraine marginalisés voire poursuivis.
- les soutiens à la Palestine persécutés, en particulier dans les universités.
La société française a du ressort, contrairement à ce que disent les grincheux (opposants auto-contrôlés!). Le mouvement des Gilets Jaunes a semé des graines qui donneront du fruit un jour; le retour à la loi naturelle et donc l’abolition des lois sociétales sont inéluctables, le jour où catholiques et musulmans travailleront enfin ensemble; lorsque s’effondrera l’Empire américain comme s’est effondrée l’URSS il y a quarante ans, alors tous les partis en place seront balayés et l’heure viendra de s’appuyer sur tous les esprits courageux et lucides qui ont dénoncé les diverses manifestations du fascisme gris dirigé depuis Washington: tentative d’établir un contrôle de la population mondiale par l’exploitation totalitaire ‘d’une pandémie; guerres désespérées, en Ukraine ou en Iran, pour tenir la “ligne de Mackinder”; nettoyage ethnique des Palestiniens; tentatives de censurer les réseaux sociaux; volonté d’établir des monnaies purement numériques pour contrôler les populations etc….
Cette libération mentale à laquelle il est urgent de procéder
Je reviens à la question des successeurs du Général de Gaulle.
Georges Pompidou a installé l’idée que le Général était admirable mais, bon, un peu trop intransigeant. Après lui, il fallait faire quelques compromis. En fait il a accepté d’abandonner le combat pour le système monétaire international lancé par le Général et accepté l’iniquité de l’étalon-dollar, outil d’un demi-siècle de domination américaine.
Valéry Giscard d’Estaing, en se présentant comme un “président mondialiste” et en insistant sur le fait que nous ne représentions plus qu’1% de la population mondiale, a posé comme un dogme l’idée du déclin français.
Je pense cependant que le plus coupable de nos présidents est François Mitterrand. Pour mettre en oeuvre le programme économique de la nouvelle majorité, il n’y avait pas d’autre choix que le patriotisme économique. Or, porté par les soixante-huitards au pouvoir et confronté sur la scène internationale à la montée en puissance du néo-libéralisme, Mitterrand s’est voulu “postnational”, monétariste, atlantiste modéré etc…Son électorat a rapidement décroché. C’est alors que, mis en difficulté dans les sondages, il a eu l’idée d’exploiter la montée du débat sur l’immigration en encourageant “SOS racisme” d’un côté et le Front National de l’autre. Il s’agissait de fédérer la gauche dans un antifascisme de pacotille et de casser la droite en la forçant à prendre parti sur une vision ethno-culturelle, identitaire des choses.
Ce faisant, François Mitterrand ne reprenait pas seulement la main sur la politique intérieure; il assurait sa tranquillité sur la scène internationale où les porteurs de la révolution néo-libérale lançaient deux forces à l’assaut de l’Etat-nation: un néo-tribalisme identitaire (de droite et de gauche) et l’ambition de privatiser toute l’activité humaine au profit de quelques grandes fortunes.
Le drame, c’est que la France n’est toujours pas sortie du débat “SOS racisme” contre “Front National”, même si les étiquettes ont changé. Dans la prochaine campagne présidentielle, une nouvelle fois, on verra le Rassemblement National et La France Insoumise mobiliser le “peuple des champs” contre le “peuple des villes”, pour le plus grand bonheur de la classe dirigeante qui évite ainsi que l’on parle des vrais problèmes; qui sont socio-économiques et politiques. En unissant toutes les classes populaires et en mobilisant les classes moyennes contre un milieu dirigeant qui les précarise toujours plus, il est possible de créer une nouvelle majorité en France et d’effectuer une révolution tranquille, pacifique. C’est ce dont le fascisme gris occidental a le plus peur, et les néo-vichystes au pouvoir en France avec lui.