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par Larry C. Johnson

Je reste sceptique quant à la possibilité que les États-Unis et l’Iran parviennent prochainement à un accord concernant le détroit d’Ormuz. Les États-Unis souhaitent que celui-ci soit ouvert à tous les navires et s’opposent fermement à ce que l’Iran impose une redevance ou un péage quelconque aux navires entrant ou sortant du golfe Persique. La position de l’Iran reste inchangée… Il va percevoir une redevance auprès de chaque navire entrant dans le golfe Persique et n’autorisera pas les navires israéliens ou américains à y pénétrer.

Supposons toutefois qu’un accord soit conclu vendredi et que les pétroliers et les méthaniers soient autorisés à quitter le golfe par le détroit d’Ormuz. Même si un accord est conclu, il faudra des mois, voire des années, avant que les pays arabes du golfe ne reviennent à la normale en raison des dégâts subis par les équipements servant à pomper et à stocker le pétrole.

Les fabricants et les personnes chargées des interventions sous garantie, ainsi que des réparations sur les plateformes pétrolières et gazières, les centrales électriques, les pipelines et les stations de compression, sont principalement des sous-traitants américains. Le personnel chargé de l’entretien et de la réparation des infrastructures pétrolières et de GNL est lié à 100 % à l’armée américaine… Il s’agit d’une relation symbiotique.

De nombreux entrepôts où étaient stockés les équipements et les pièces nécessaires à la réparation des terminaux pétroliers et des pipelines ont également été détruits. Deuxièmement, parmi les entrepôts encore intacts, les stocks de pièces de rechange sont limités. Troisièmement, le personnel de maintenance qualifié qui travaillait sur les plateformes pétrolières et gazières ainsi que sur les pipelines des centrales électriques a, tout comme l’armée américaine, évacué bon nombre de ces installations. Le manque de pièces de rechange et l’évacuation des sous-traitants américains entraîneront des retards supplémentaires dans les efforts visant à rétablir le fonctionnement normal des plateformes pétrolières et gazières.

Même si tout rouvrait aujourd’hui et que le trafic reprenait dans le détroit d’Ormuz, les travaux de réparation et de maintenance nécessaires pour remettre les systèmes en état de fonctionnement seront retardés de plusieurs semaines, voire, très probablement, de plusieurs années. Certaines infrastructures, telles que l’installation de GNL du Qatar à Ras Laffen, mettront au moins trois ans à être reconstruites et à retrouver leur pleine capacité opérationnelle.

Voici la répartition par pays des dégâts subis à ce jour :

Outre les dégâts matériels infligés aux infrastructures pétrolières et gazières, l’économie mondiale subit un préjudice considérable… La perte de 25 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, ainsi que de 35 % de l’approvisionnement en soufre et en urée et de 44 % de celui en hélium, a provoqué des perturbations économiques majeures à l’échelle mondiale. La perte d’hélium, par exemple, qui est essentiel à la production de puces informatiques, a entraîné une flambée des prix de ces dernières.

Karl Miller, qui a fourni les informations nécessaires à la rédaction de cet article, résume ainsi la situation :

Le détroit peut rouvrir en un jour. L’écosystème de réparation, lui, ne le peut pas. Les États du CCG et les entreprises qui contrôlent les pièces de rechange compatibles, les dossiers complets, le personnel qualifié, les capacités de fabrication, les créneaux dans les usines des équipementiers, une logistique sécurisée et le pouvoir d’allocation s’en remettront. Les autres resteront affaiblis longtemps après que le conflit aura disparu de la une des journaux.

Sonar 21