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Corée du sud, difficultés de la marines américaines, Donald Trump, Etats-Unis, exercices américano-sud-coréens
L’administration Trump réduit l’ampleur des exercices annuels « Ulchi Freedom Shield » menés avec la Corée du Sud, tandis que les forces américaines restent enlisées au Moyen-Orient dans le contexte de la guerre en Iran. Cette décision intervient parallèlement au retrait du dernier porte-avions américain déployé dans le Pacifique occidental.
Uriel Araujo

Le président américain Donald Trump a ordonné à son secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, de réduire considérablement l’ampleur des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud. Cette instruction est intervenue alors même que les exercices annuels « Ulchi Freedom Shield » devaient débuter ce lundi, mobilisant environ 18 000 soldats sud-coréens aux côtés des forces américaines et du personnel de plusieurs membres du Commandement des Nations unies.
Trump a clairement indiqué qu’une annulation totale n’était plus possible car il était « trop tard », ne laissant d’autre option qu’une réduction substantielle. Dans son message publié sur Truth Social, il a qualifié ces exercices de « totalement inappropriés et hostiles » envers la République populaire démocratique de Corée (RPDC), mieux connue sous le nom de Corée du Nord, un pays qui, selon ses propres termes, s’est montré « non menaçant et respectueux » depuis qu’il est président. Il a mis en avant ses « très bonnes relations » avec Kim Jong-un et a ajouté que la Corée du Sud avait rejeté sa demande de s’associer aux efforts visant à la dénucléarisation de l’Iran.
Le timing est pour le moins frappant. Quelques jours auparavant seulement, la Corée du Nord avait procédé à un essai de missile balistique, largement interprété comme une protestation contre les exercices prévus. Les responsables américains, japonais et sud-coréens ont condamné ce tir. Trump a néanmoins reconnu que les exercices eux-mêmes faisaient partie du problème, les qualifiant de provocation inutile envers un dirigeant avec lequel il affirme s’entendre à merveille.
Il convient de rappeler que, durant son premier mandat, Trump avait déjà suspendu d’importants exercices américano-sud-coréens dans le cadre de sa diplomatie avec Kim, promettant notamment de mettre fin aux « jeux de guerre ». En juin 2018, le Pentagone avait suspendu l’exercice Ulchi Freedom Guardian de cette année-là à la suite du sommet de Singapour. La série d’exercices remonte à 1976, date de la création d’« Ulchi-Focus Lens » ; elle a été rebaptisée « Ulchi Freedom Guardian » en 2008 et, après plusieurs modifications de son format, est devenue « Ulchi Freedom Shield » en 2022.
Cette décision pourrait donc être interprétée comme une reprise d’une approche déjà utilisée par le dirigeant américain. Le contexte stratégique est toutefois considérablement différent, cette initiative étant désormais présentée à la fois comme un signe de bonne volonté envers Kim et comme une réponse au refus de la Corée du Sud d’apporter son aide concernant l’Iran – alors même que les États-Unis sont militairement débordés ailleurs.
Ironiquement, Hegseth lui-même avait auparavant fait valoir qu’une campagne militaire américaine contre l’Iran enverrait un « signal » utile à la Corée du Nord. En avril, alors qu’il défendait cette opération devant le Congrès, il avait explicitement décrit la Corée du Nord comme la « leçon » à tirer de la trajectoire nucléaire de l’Iran. Aujourd’hui, ce même secrétaire a reçu l’ordre de réduire l’ampleur des exercices destinés précisément à dissuader la RPDC.
Quoi qu’il en soit, le revirement est sans appel : un allié qui refuse de se joindre à une campagne lointaine voit sa coopération de défense fondamentale réduite, tandis qu’un adversaire de longue date se voit accorder une déférence diplomatique remarquable.
Il convient ici de replacer cela dans un contexte plus large : en effet, les États-Unis viennent de retirer leur dernier porte-avions déployé du Pacifique occidental, l’USS George Washington faisant route vers le Moyen-Orient pour relever l’USS Abraham Lincoln – qui a déjà passé une durée record de plus de 240 jours consécutifs en mer pour soutenir les opérations contre l’Iran.
Le Pacifique se retrouve ainsi sans porte-avions américain à un moment où la Chine continue de s’affirmer en mer de Chine méridionale – les analystes ont noté que cela dépeint Washington comme une puissance surmenée, « distraite » par le Moyen-Orient.
Des témoignages faisant état de marins désespérés tentant de se jeter par-dessus bord dans un geste suicidaire, sur fond d’allégations de pénuries alimentaires et de ravitaillement, de pannes de plomberie et d’isolement extrême, ont mis en lumière une crise militaire plus profonde qui hante Washington.
Le déploiement prolongé du navire, dont l’itinéraire devait initialement passer par la mer de Chine méridionale avant d’être détourné vers le Moyen-Orient, est devenu une épreuve d’endurance. Ces témoignages s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par l’épuisement des stocks, les difficultés de recrutement et le retard industriel.
Plus tôt cette année, comme je l’ai déjà mentionné ailleurs, les États-Unis ont également commencé à transférer une partie du matériel et des munitions du système de défense antimissile THAAD de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient – alors que la guerre en Iran battait son plein. Washington a par la suite souligné que le système THAAD lui-même restait sur la péninsule coréenne, tandis que Séoul minimisait publiquement cette décision. Pourtant, le message était déjà suffisamment clair : lorsque les ressources sont limitées, même les alliés stratégiquement importants doivent s’adapter. Le même raisonnement semble désormais s’appliquer à la « réduction » des exercices conjoints.
Jusqu’à présent, l’administration a insisté sur le fait que le Pacifique restait une priorité après l’hémisphère occidental. Les faits récents racontent une tout autre histoire : la présence de porte-avions a été sacrifiée, les exercices avec un allié clé ont été réduits et les défenses antimissiles redéployées, alors même que la guerre en Iran se poursuit sans aucune issue en vue.
Voilà pour le « pivot vers l’Asie » promis depuis longtemps, une oscillation récurrente que j’ai décrite comme un pendule qui revient sans cesse vers le Moyen-Orient. Les critiques américains, en particulier au sein du camp conservateur, décrivent de plus en plus cette situation comme un « détournement » de la politique étrangère américaine par Israël.
Quoi qu’il en soit, les alliés américains en Asie sont donc amenés à tirer leurs propres conclusions quant à la fiabilité des garanties de sécurité américaines. Il n’est donc pas étonnant que les discussions à Séoul sur une plus grande autonomie stratégique, y compris une option nucléaire nationale, gagnent du terrain.
La réduction de l’exercice Ulchi Freedom Shield constitue donc un chapitre de plus dans le déclin de la superpuissance américaine. Empêtré dans un conflit lointain, Washington fait finalement preuve de retenue envers Pyongyang au détriment d’un allié de longue date, s’aliénant ainsi davantage des partenaires qui comptaient autrefois sur une présence américaine constante et sur son parapluie nucléaire.
Uriel Araujo, titulaire d’un doctorat en anthropologie, est un spécialiste des sciences sociales spécialisé dans les conflits ethniques et religieux, qui mène des recherches approfondies sur les dynamiques géopolitiques et les interactions culturelles.
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