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TÉHÉRAN, 8 septembre (MNA) – Washington avait affirmé que la guerre forcerait l’Iran à capituler. Au lieu de cela, après des mois de frappes, les responsables américains mettent désormais en garde contre la hausse des coûts, l’épuisement des stocks de missiles et un Iran qui reste fort.
Une guerre ne constitue une victoire pour une grande puissance que lorsqu’elle permet d’atteindre les objectifs qui avaient motivé son déclenchement ; infliger des dégâts ou mener des attaques de grande envergure ne suffit pas à elle seule à signifier la victoire. Or, plus le temps passe depuis le début de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, plus le fossé entre le discours victorieux de Washington et la réalité sur le terrain devient évident.
L’échec de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran s’est progressivement transformé en un enjeu national aux États-Unis. Ce qui devait initialement être une démonstration de la puissance de Washington et la preuve de sa capacité à imposer sa volonté à Téhéran fait désormais l’objet de sérieuses remises en question quant aux coûts humains, militaires et économiques de la guerre. Dans ces circonstances, l’opposition aux politiques de l’administration Trump n’est plus le fait des seuls détracteurs étrangers ; un certain nombre de responsables politiques américains mettent également en garde contre les conséquences de cette guerre.
Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut, soulignant les conséquences de la guerre contre l’Iran, a dressé un bilan des coûts que, selon lui, les États-Unis ont dû supporter à la suite de ce conflit. Murphy a annoncé que 18 Américains avaient été tués, que des milliards de dollars de dégâts avaient été infligés aux bases américaines et que les stocks de missiles du pays avaient été considérablement réduits. Il a également souligné les pressions économiques pesant sur les agriculteurs américains et la hausse du prix de l’essence à environ cinq dollars ; une question qui montre que les conséquences de la guerre ne se limitent plus aux bases militaires et au champ de bataille, mais se répercutent désormais sur la vie quotidienne de la société américaine.
Mais l’élément le plus important des propos de Murphy n’est pas sa référence aux victimes et aux dégâts, mais son évaluation de la situation de l’Iran. Le sénateur américain a souligné que l’Iran est « plus fort que jamais » et que Trump, en revanche, est devenu dangereusement délirant. Ces propos constituent en effet un coup direct porté au discours du gouvernement américain sur l’issue de la guerre ; un discours qui tente de présenter des frappes militaires de grande envergure comme équivalentes à une victoire.
Le principal problème de ce discours réside dans le fait que la victoire dans une guerre ne peut se mesurer uniquement au nombre d’attaques, à la quantité de bombes utilisées ou aux dégâts infligés aux infrastructures de l’adversaire. Le véritable critère réside dans la réalisation des objectifs politiques et militaires. Si le but de la guerre était d’affaiblir l’Iran, de détruire sa capacité de résistance et de forcer Téhéran à accepter les exigences de Washington, alors la capacité persistante de l’Iran à faire face, à riposter et à reconstruire ses capacités montre que ces objectifs n’ont pas été atteints.
D’autre part, les États-Unis ont payé un prix considérable pour poursuivre cette guerre. L’épuisement des stocks de missiles, la pression accrue sur les bases militaires, les pertes américaines et les répercussions économiques de la guerre font tous partie du prix que Washington doit payer pour poursuivre le conflit. Ces coûts prennent encore plus d’importance lorsque la partie adverse conserve la capacité de poursuivre la guerre. Dans une guerre d’usure, la question n’est pas seulement de savoir qui a infligé le plus de dégâts ; la question décisive est de savoir qui a la plus grande capacité à encaisser les coups et à tenir bon.
C’est là que la revendication de victoire de Trump se heurte à un sérieux obstacle. Le gouvernement américain peut bien vanter le succès des opérations militaires et les dégâts infligés à l’Iran, mais si ces opérations n’ont pas réussi à dissuader Téhéran de poursuivre sa résistance, le résultat final sera bien loin de la définition classique de la victoire. Une victoire militaire doit en fin de compte déboucher sur un acquis politique durable ; sinon, les attaques à grande échelle risquent simplement de se transformer en un cycle d’usure qui impose des coûts aux deux camps.
C’est précisément dans cette perspective que les propos de Murphy prennent toute leur importance. Il détourne en effet l’attention de l’opinion publique américaine des images d’attaques et des démonstrations de puissance militaire pour la porter sur le coût de la guerre. Un coût qui inclut les pertes humaines, la consommation des stocks d’armes, les dégâts subis par les bases, la pression économique et la hausse du coût de la vie pour le peuple américain. Lorsque ces coûts sont mis en parallèle avec l’échec à atteindre les principaux objectifs de la guerre, la question du véritable succès de ces opérations devient inévitable.
Dans ce contexte, l’affirmation selon laquelle « l’Iran est devenu plus fort » doit également être examinée dans ce même cadre. La puissance ne se résume pas à une simple augmentation du nombre d’équipements militaires. La capacité à maintenir la cohésion politique, à poursuivre l’activité économique, à reconstruire les capacités défensives, à préserver la capacité de riposte et, surtout, à empêcher l’ennemi d’imposer sa volonté politique font toutes partie de la puissance d’un pays en temps de guerre. Si l’Iran, après avoir subi de violentes attaques, conserve encore la capacité de poursuivre la confrontation, cela montre en soi que la stratégie américaine n’a pas été en mesure d’atteindre le résultat pour lequel elle avait été conçue.
En revanche, les États-Unis sont également confrontés à un enjeu majeur : les guerres prolongées entraînent pour Washington des coûts qui dépassent de loin le cadre des opérations militaires. Elles épuisent les stocks d’armes, mettent en danger les forces et les équipements, créent une pression économique et peuvent, à terme, aggraver les divisions politiques au sein même des États-Unis. Plus la guerre s’éternise, plus cette question prend de l’importance : ses résultats ont-ils valu un tel coût ?
C’est pourquoi la guerre contre l’Iran ne peut être évaluée uniquement à travers les images des attaques et les déclarations officielles américaines. La réalité sur le terrain apparaît clairement lorsque l’on compare les objectifs déclarés aux résultats concrets. Si les États-Unis, malgré le recours à leur immense puissance militaire, n’ont pas réussi à contraindre l’Iran à capituler, n’ont pas réussi à anéantir sa capacité de résistance, et ont simultanément dû faire face à des pertes humaines, à l’épuisement de leurs stocks d’armes et à des pressions économiques, il sera alors difficile de parler de victoire.
Les États-Unis ont perdu cette guerre ; non seulement en raison des coûts élevés, mais aussi parce qu’ils n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs principaux. Le plus important est que cet échec n’est plus seulement évoqué dans les analyses des adversaires de Washington. Désormais, des voix critiques s’élèvent également au sein même de la classe politique américaine, et des hommes politiques comme Chris Murphy mettent en garde contre le décalage entre les coûts de la guerre et ses résultats.
En fin de compte, ce qui s’effondre aujourd’hui plus que tout autre chose, ce n’est pas seulement une stratégie militaire, mais l’illusion d’une victoire américaine facile contre l’Iran ; une illusion qui consistait à croire qu’un pays pouvait être contraint de capituler par la puissance de feu. La réalité de la guerre a toutefois montré que la véritable puissance ne se limite pas à la capacité d’attaquer ; parfois, ce qui importe davantage, c’est la capacité de tenir bon, de riposter et de persévérer. Et l’Iran, du moins au vu des réalités actuelles, tient toujours bon.
MNA