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Deux détroits, un cauchemar :

Les États-Unis pris entre Ormuz et Bab al-Mandab

L’évolution de la situation sur le terrain au Yémen et l’avancée de la Résistance à Bab al-Mandab, conjuguées à l’érosion des capacités militaires américaines et aux conséquences de la guerre du Ramadan, ont dissuadé Washington de s’engager directement dans une nouvelle guerre — un conflit qui pourrait menacer à la fois la sécurité énergétique et l’économie des États-Unis.

Nournews : Les récents événements au Yémen ont eu des répercussions qui s’étendent bien au-delà des frontières du pays. La résistance populaire yéménite, composée d’Ansarullah et de l’armée yéménite, s’est emparée du port de Mokha et de l’île de Mayyun dans le détroit de Bab al-Mandab, a progressé vers Taïz, a vaincu les forces soutenues par l’Arabie saoudite et a lancé de violentes attaques à la roquette et par drones en réponse à l’agression saoudienne. Ces événements ont démontré une fois de plus que l’équilibre des pouvoirs en Asie occidentale n’est plus déterminé uniquement par la volonté d’acteurs extérieurs.

Dans ce contexte, l’affirmation de Donald Trump selon laquelle les Houthis l’auraient contacté pour demander aux États-Unis de ne pas intervenir apparaît moins comme le signe d’une approche pacifique de Washington que comme une tentative de manipuler un discours visant à occulter les réalités sur le terrain. Les responsables yéménites ont démenti cette affirmation, tandis que l’évolution générale de la situation met avant tout en évidence les contraintes croissantes de Washington — contraintes que la guerre du Ramadan, la résilience de l’Iran et la résistance du Yémen ont rendues de plus en plus manifestes.

Une défaite qui reste gravée dans la mémoire de Washington

Les informations relayées par les médias occidentaux, notamment Newsweek, selon lesquelles Trump aurait rejeté une demande saoudienne de participation directe des États-Unis à la guerre contre le Yémen, ainsi que celles faisant état de l’envoi d’environ 200 conseillers militaires américains à Riyad pour aider à la planification opérationnelle, brossent le tableau d’une politique à deux volets menée par Washington. D’un côté, les États-Unis ne souhaitent pas revenir directement sur le champ de bataille ; de l’autre, ils cherchent à influencer et à gérer une partie des opérations militaires de leur allié par le biais d’un soutien consultatif.

Cette approche ne peut pas être simplement interprétée comme la preuve d’une politique orientée vers la paix. L’expérience de l’année dernière a coûté cher à Washington. En soutien au régime israélien, les États-Unis ont déployé des forces navales en mer Rouge et mené des frappes aériennes de grande envergure contre le Yémen. Pourtant, la résistance yéménite ne s’est pas effondrée. Au contraire, la poursuite de cette résistance a imposé de lourds coûts aux États-Unis, forçant finalement Trump à déclarer unilatéralement un cessez-le-feu et à s’engager à ce que les attaques ne se reproduisent pas.

Dans cette perspective, la prudence dont fait preuve Washington aujourd’hui doit être comprise à la lumière du souvenir de cette défaite — une défaite qui a démontré que la supériorité militaire ne se traduit pas nécessairement par la capacité à imposer sa volonté politique à une nation déterminée et résistante.

La guerre du Ramadan : un coût qui a affaibli l’armée américaine

Un aspect plus important de la question concerne l’état des capacités militaires et des réserves stratégiques des États-Unis. En Irlande, Trump a cherché à projeter une image de supériorité américaine écrasante en faisant état d’armes de pointe et d’armes laser. Pourtant, les événements survenus pendant la guerre du Ramadan ont brossé un tableau différent du champ de bataille.

Les rapports faisant état d’une forte baisse des réserves stratégiques américaines, les remarques de l’ancien directeur de la CIA Petraeus concernant la forte sollicitation des capacités défensives, ainsi que les déclarations des commandants du CENTCOM sur les dégâts subis par les bases américaines dans la région indiquent tous une pression croissante sur les capacités militaires de Washington. Même dans le cas de certaines bases, notamment celles de Bahreïn, des questions ont été soulevées quant à l’incapacité de les remettre rapidement dans leur état initial.

Dans le même temps, plusieurs généraux et vétérans américains ont mis en garde contre la capacité du pays à s’engager dans une guerre prolongée, car la guerre contre l’Iran et celle en Ukraine ont mobilisé une part importante des capacités américaines en matière d’armement et de logistique, alors que la reconstruction de ces capacités pourrait prendre des années. L’état de l’USS Abraham Lincoln peut également être considéré comme un élément parmi d’autres d’un tableau plus large de tensions et d’épuisement au sein de la structure militaire américaine.

La réticence de Trump à s’engager directement dans la guerre au Yémen doit donc être replacée dans ce contexte : Washington ne peut pas facilement mener simultanément une guerre prolongée contre l’Iran et le Yémen, d’autant plus qu’aucun des deux fronts ne montre le moindre signe de capitulation.

La crainte de Washington face à la liaison Ormuz-Bab al-Mandab

La question ne se limite pas aux capacités militaires ; l’économie américaine pourrait également subir les conséquences d’une nouvelle guerre. Les tentatives de Trump de renommer symboliquement ces détroits et d’afficher sa puissance visent peut-être à gérer les marchés financiers et l’opinion publique, mais les réalités sur le terrain laissent entrevoir une équation différente.

Le détroit d’Ormuz, sous contrôle iranien, est l’un des points d’étranglement vitaux de l’économie mondiale. Un contrôle effectif de Bab al-Mandab par la résistance yéménite pourrait multiplier ce levier géopolitique. La mise en relation de ces deux voies navigables stratégiques — Ormuz et Bab al-Mandab — exercerait une pression simultanée sur les voies énergétiques et commerciales mondiales.

Tout changement majeur dans l’équilibre des forces autour de Bab al-Mandab pourrait accroître les coûts de transport et d’approvisionnement énergétique, exerçant ainsi une pression à la hausse sur les prix du pétrole, de l’essence et du diesel. À la veille des élections de mi-mandat au Congrès américain, cela pourrait imposer un lourd coût politique à l’administration Trump et aux républicains.

Dans cette perspective, la décision de Washington d’éviter toute implication directe dans la guerre au Yémen ne constitue pas un recul par rapport à sa politique de projection de puissance, mais une tentative d’empêcher l’ouverture d’un front dont les conséquences militaires pour les États-Unis pourraient être graves et dont les répercussions économiques pour la société américaine pourraient s’avérer explosives.

Le prétendu contact : un écran de fumée pour dissimuler la réalité sur le terrain

Dans ce contexte, l’affirmation de Trump concernant un contact avec les Yéménites, ainsi que les remarques de Rubio sur le rôle de l’Iran dans les récentes avancées du Yémen, peuvent être considérées comme s’inscrivant dans l’effort de Washington pour gérer le discours médiatique entourant ces événements — un effort visant à détourner l’attention de la force de la résistance pour la diriger vers des questions secondaires.

La réalité est que, même sans intervention directe des États-Unis, les avancées du Yémen transmettent un message clair aux alliés régionaux de Washington : le parapluie de sécurité américain n’est plus une garantie absolue du maintien de l’équilibre des pouvoirs souhaité par Washington. Ce qui se passe au Yémen, d’une part, met à nu la fragilité du projet américain de renforcement de la sécurité pour des alliés tels que l’Arabie saoudite et, d’autre part, démontre l’échec des efforts visant à affaiblir la résistance.

Pour Trump, qui avait affirmé qu’il détruirait l’Iran et ses alliés, cette réalité a un coût qui va bien au-delà d’un simple revers sur le champ de bataille. Les événements au Yémen montrent que les forces qui déterminent en fin de compte les équations de l’Asie occidentale ne sont pas nécessairement Washington et le régime israélien ; la résistance, elle aussi, a la capacité de modifier le cours des événements.

C’est peut-être pour cette raison que les États-Unis semblent plus intéressés par la gestion du discours entourant la guerre au Yémen que par une intervention directe dans ce conflit. Une intervention directe pourrait transformer les défaites passées en un souvenir vivace — et les nouvelles défaites en une réalité indéniable. Sur ce théâtre d’opérations, les sourires éphémères des agresseurs pourraient finalement se payer au prix fort et se solder par des larmes durables.

Nournews