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En 1986, les cortèges étudiants et lycéens avaient contraint le gouvernement de Jacques Chirac à retirer le projet Devaquet. En 2006, les mobilisations de la jeunesse forçaient l’exécutif à abandonner le contrat première embauche. Quelle mesure répondrait aujourd’hui aux revendications lycéennes ? Recruter les professeurs manquants laisserait entière la question de la sélection. Supprimer Parcoursup ne fournirait pas les moyens d’accueillir les étudiants. Rénover les établissements n’abolirait pas l’angoisse d’un futur obscurci par l’IA et le climat. Le mouvement lycéen pointe au fond l’inconséquence générale des politiques menées depuis des décennies : gérer l’instant ; mépriser l’avenir.
Les gouvernements successifs ont installé l’adaptation individuelle comme réponse aux difficultés collectives. Les candidats perfectionnent leurs dossiers et les demandeurs d’emploi accumulent les expériences, tandis que les ressources familiales déterminent leur capacité à patienter ou à partir ailleurs. L’idéologie du mérite rapporte ensuite le résultat aux efforts de chacun.
En réclamant des moyens, les contestataires font exploser le cadre que voudrait imposer le gouvernement : un meilleur dossier ne crée aucune place à l’université ; la motivation ne remplace aucun professeur. Ils rejoignent ainsi les revendications des personnels, dont les conditions de travail déterminent aussi les conditions d’études. Au moment précis où se prépare un budget qui fera la part belle à la défense aux dépens des services publics, une jeunesse souvent décrite comme décérébrée par les réseaux sociaux construit une mobilisation pleinement politique. Et qui reçoit l’appui d’organisations syndicales et de partis expérimentés.
L’exécutif, qui redoute traditionnellement les mobilisations lycéennes, a choisi d’en déléguer la gestion au ministère de l’intérieur. La brutalisation du maintien de l’ordre accompagne une transformation politique plus profonde. Après la deuxième guerre mondiale, l’autorité de l’État s’était consolidée avec les protections accordées au monde du travail et la reconnaissance de sa capacité à négocier. Les dirigeants politiques cherchent désormais la légitimation des investisseurs et de Bruxelles en montrant leur détermination à briser les mobilisations. L’école de la rue leur administrera-t-elle cette fois une cuisante leçon ?