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par Charles Goyette

Lorsqu’une de mes connaissances a fait part de son enthousiasme pour le discours prononcé le 7 octobre par le secrétaire d’État Marco Rubio depuis l’Acropole d’Athènes, en Grèce — y voyant le coup d’envoi de facto d’une campagne présidentielle —, j’ai décidé de regarder l’intégralité de cette allocution.

Cela valait le coup d’œil, ne serait-ce que pour la maîtrise technique dont il témoignait. Le décor était celui de l’heure dorée, le Parthénon magnifiquement mis en cadre derrière Rubio, baigné dans la douce lumière du soleil couchant.

Le discours était aussi bien écrit que mis en scène visuellement, même s’il n’avait rien de l’éloquence d’un discours de Ronald Reagan. (« Voici les garçons de la Pointe du Hoc. Voici les hommes qui ont pris les falaises. Voici les champions qui ont contribué à libérer un continent. Voici les héros qui ont aidé à mettre fin à une guerre. ») Une rhétorique aussi inspirée est généralement le fruit d’un effort conjoint entre l’orateur et son rédacteur de discours, et bien que Rubio soit un orateur capable de s’exprimer à l’improviste, il ne possède pas les dons oratoires du « Gipper ».

Selon mon ami, il s’agissait d’une défense de la civilisation occidentale, dont nous convenons qu’elle mérite bien d’être défendue, surtout alors qu’elle est en train de brûler en France. L’accent mis par le discours sur les vertus civilisationnelles que sont la force, le devoir et l’ambition visait à lui donner une saveur à la Teddy Roosevelt, comme si Rubio souhaitait endosser le pince-nez de ce robuste impérialiste. Mais des qualités telles que l’ambition sont en elles-mêmes neutres. Elles dépendent de l’intention humaine et peuvent être mises au service de causes justes ou injustes. L’ambition d’apprendre ou de créer peut être louable, mais l’ambition de conquérir les autres est une tout autre affaire. Comme le font souvent les polémiques impérialistes, ce discours a révélé les angles morts psychologiques de son orateur. L’ironie est de taille : le jour même où Rubio a évoqué le « culte de la mort » de l’Iran, son homologue au Pentagone a annoncé qu’une exécution à venir serait diffusée en direct à l’intention du grand public.

Rubio a omis de tenir compte des menaces de mort incessantes proférées par le président Donald Trump, qui prône l’anéantissement de l’Iran : « Une civilisation entière va périr ce soir » ; « Vous vivrez en enfer » ; « Retour à l’âge de pierre, là où est leur place. »

En septembre, aux Nations unies, Trump a déclaré que si l’Iran n’acceptait pas un accord, « ils n’existeraient plus ». Cet homme ne peut s’en empêcher. Il est lui-même le roi des rompus d’accords, notamment en ce qui concerne l’accord nucléaire de 2015 (le Plan d’action global conjoint) ainsi que son propre protocole d’accord de cessez-le-feu du 17 juin. Quelques jours seulement après avoir signé ce cessez-le-feu, Trump en était déjà revenu à menacer d’une invasion, malgré la clause de non-menace prévue par l’accord.

« Dois-je les précipiter en enfer sans aucune chance de survie ? », s’est-il interrogé. Tout cela ressemble à un culte de la mort centré sur Washington, mais comme c’est souvent le cas chez les bellicistes, c’est la projection par Rubio de ces accès de rage imaginaires sur l’adversaire qui l’emporte.

Ce qui manquait, ce chien qui n’a pas aboyé, a fait du discours de Rubio un texte que seul un néoconservateur pouvait apprécier. Le fil conducteur tournait entièrement autour de la guerre, du risque et de la gloire, de la quête de la puissance nationale et de l’explosion des dépenses militaires. Pourtant, l’absence la plus flagrante concernait la place centrale de l’individu et la prééminence croissante de la liberté dans l’épanouissement de la civilisation occidentale. Aucun discours ne peut tout couvrir, mais dans un récit s’étendant d’Athènes à Rome et de la chrétienté à l’Amérique, il n’y avait qu’une maigre référence au « génie anglais de la liberté » (aujourd’hui, hélas, largement oublié là-bas), et une allusion à une « individualité farouche ».

La tradition libérale, qui est au cœur de la civilisation occidentale, considère l’individu comme le détenteur de droits, le lieu où se manifeste la conscience. C’est en l’individu que la liberté se vit. Pourtant, ces joyaux de la couronne de la civilisation occidentale ont été éclipsés par le cœur impérialiste non dissimulé du discours : la puissance nationale, l’ambition implacable, l’aventure, le risque et la gloire, l’explosion des dépenses de défense, les engagements historiques en matière de défense.

Son analyse d’ensemble n’a pas non plus reconnu que l’échec de la volonté de survie de l’Occident est une compensation inévitable et douloureuse de la vitalité sapée par sa surextension impériale.

Le syndrome de surextension dont sont victimes les empires en phase terminale interprète les défis sur tous les fronts — dynamisme culturel, réalisations intellectuelles, concurrence économique — comme des défis militaires. Ils recourent ainsi à des solutions militaires qui les privent encore davantage de leur vitalité financière, accélérant leur déclin.

Les conquérants que Rubio célèbre — Alexandre, César, Charlemagne et Cortés — doivent tous être examinés à travers le prisme de la surextension impériale.

« Là où d’autres se tournaient vers l’intérieur, les Grecs ont été les premiers à diriger leur regard vers l’extérieur », a poursuivi Rubio. Il est difficile de savoir exactement ce qu’il entend par là. Malgré toutes leurs réalisations remarquables, les Grecs ont emprunté la géométrie et l’astronomie à ceux qui les avaient précédés, tandis qu’Hérodote nous apprend que les Phéniciens ont fait le tour de l’Afrique. Il est certain que ces exploits exigeaient un regard tourné vers l’extérieur. Quant à la quête intérieure, la maxime « Connais-toi toi-même » était au cœur de l’ethos grec à l’époque de la construction du Parthénon. Elle renvoyait à une profonde connaissance philosophique de soi, entièrement tournée vers l’intérieur. Sa maxime jumelle était « Rien en excès » ; la modération est la clé de tout. Rubio a également omis cela, trop occupé qu’il était à s’extasier sur « la quête sans complexe de la puissance nationale » et la place de l’Occident en tant que « chef de file du monde ».

Bien que Rubio ait noté que le Parthénon en arrière-plan avait été érigé par Périclès, il a omis de mentionner que Périclès lui-même avait mis en garde l’empire athénien contre de nouvelles conquêtes.

Si seulement Rubio avait formulé une objection similaire avant que Donald Trump n’attaque l’Iran. Mais on ne peut s’attendre à cela de la part de quelqu’un qui a défendu tous les changements de régime néoconservateurs et toutes les guerres de choix, de l’Irak et de l’Afghanistan à la Libye et à la Syrie. Aucune de ces actions n’a rendu service à la civilisation occidentale.

Dans une tribune publiée en mai 2014 dans le Wall Street Journal, Rubio a plaidé en faveur de la création d’un comité monétaire chargé de soutenir ou de garantir la valeur de marché de la hryvnia, la monnaie ukrainienne en perdition. Rubio a expliqué que les Américains devaient faire profiter les Ukrainiens des avantages liés à la possession d’« une monnaie souveraine fiable ». De telles manœuvres font systématiquement appel aux contribuables américains en tant que garants, souvent par le biais du FMI, tandis que les bénéficiaires invisibles sont les gestionnaires de fonds et les banques qui subissent d’énormes pertes dues à leurs investissements imprudents dans les obligations de la kleptocratie. Le plan de Rubio, proposé peu après la chute du président Viktor Ianoukovitch, aurait entraîné Washington encore plus profondément dans les affaires ukrainiennes, ce qui était sans aucun doute son intention. Rubio a inévitablement voté en faveur du plan d’aide de 40 milliards de dollars à l’Ukraine en 2022, une aubaine pour les marchands d’armes américains et qui prévoyait divers mécanismes pour de nouveaux achats d’armes.

Rubio s’est ensuite tourné vers le Venezuela. La chaîne CNBC a titré ainsi sur les retombées financières : « Les paris sur les obligations vénézuéliennes portent leurs fruits : le renversement de Maduro rapporte 30 % de gains. » Elliot Management, dirigée par Paul Singer, un soutien de longue date de Rubio, est décrite par le magazine Fortune comme l’un des « grands gagnants » du renversement de Nicolás Maduro.

Aujourd’hui, Rubio a les yeux rivés sur Cuba.

Le mois dernier encore, Trump a promu Rubio du poste de conseiller à la sécurité nationale par intérim à celui de conseiller permanent, en plus de son portefeuille actuel de secrétaire d’État. Avant lui, seul Henry Kissinger avait occupé ces deux fonctions simultanément.

Tout cela fait de Marco Rubio un personnage à surveiller.

Avec méfiance.

The Libertarian Institute