Gavroche tient des “Carnets de la Nouvelle Révolution Française”. Il m’a laissé y jeter un oeil. Je n’ai pas résisté à l’idée de partager avec vous ce regard lucide et militant sur les événements
Edouard Husson
Gavroche est le nom de plume d’un de mes amis professeur de français en lycée dans la banlieue parisienne. Il dispose d’un point d’observation extraordinaire sur la jeunesse en révolte. Et il est un vieux routier des manifestations, depuis l’opposition au CPE, en 2006. Gavroche est d’ascendance algérienne. Cela lui donne un regard aiguisé sur la très forte dynamique d’intégration en cours. Quand nous parlons, il insiste beaucoup sur le fait que certains jeunes de banlieue viennent à des manifestations pour la première fois, dans un moment de politisation accélérée. La manifestation, pour ses élèves ou pour des jeunes qu’il connaît, est, quand ils sont des “Français de branche”, selon la jolie expression, le témoignage que leur intégration à la nation est achevée. Etre Français, c’est prendre part aux luttes politiques et sociales du pays.

Extrait des Carnets de Gavroche ce 26 octobre:
Le « président » s’est rendu ce lundi 26 octobre dans la ville de Marseille, où la mobilisation du 24 octobre a été particulièrement animée. En effet, des lives sur Tiktok montraient, jusqu’à 22 heures, au moins, des manifestants dans le quartier du Cours Julien.
Benoît Payan maire un peu mou d’une ville révolutionnaire?
La deuxième grande ville de France est particulièrement touchée par la pauvreté, et il est intéressant de faire le lien avec le caractère assez… animé… de la journée du 17 octobre. La mairie a pu être investie par des gens en colère : et oui, entrer dans un tel lieu pour le saccager est profondément politique comme certains châteaux de l’aristocratie qui brûlaient pendant la Révolution.
« Plus jamais le 17 octobre » dans la bouche du pire prince que la France ait jamais eu, résonnait beaucoup, pour moi-même et beaucoup de mes amis, comme « plus jamais le 7 octobre ». Le pouvoir, les médias établis, une grande partie de la classe politique a cette comparaison plein la tête.
Retournons-la: nous serions les Palestiniens et eux jouent aux Israéliens? L’analogie n’est pas parfaite, assurément, car le peuple de France ne subit pas un génocide, mais il souffre lui aussi. En tout cas, une chose est sûre: il y a quelque chose de très “israélien” dans la gestion des manifestations en France…
Livrons-nous à une petite analyse des propos du maire de Marseille, issue d’une coalition « divers gauche » – avec le PS, donc, potentiellement, un ami du macroniste Glucksman. Benoît Payan invite, dans une logorrhée insupportable de tiédeur, macro-compatible, à un retour au calme, par des discussions, par des propositions politiques. Voilà tout le baratin habituel: les Français ne sont plus dupes. Il oppose manifestants et « casseurs ». Il rappelle, tel le Monsieur Homais de Flaubert, que les extrêmes mettent de l’huile sur le feu. Tout cela en désignant implicitement son grand ennemi à gauche, LFI, seul parti politique à réellement entendre la colère des Français, ce que ne fait pas le RN.
C’est qui le Monsieur à côté du maire de Marseille?
Après avoir prêté l’oreille, portons un regard sur la scène. Macron, est à côté pendant que l’autre s’exprime, et l’on perçoit qu’il n’est pas dans une position confortable. Il est à sa gauche, et l’on sent qu’il subit ce moment où même le propos de ce socialiste mou irrite ce petit dictateur mis sous pression par un maire.
Effectivement, dans l’oligarchie, il subsiste, de manière fantomatique, quelques éléments vivants de cette démocratie en putréfaction qu’est la France. Quand Payant parle de « Constitution », il rappelle qu’il y a un droit fondamental à manifester, que cela s’est globalement bien passé le 24 octobre, où nous étions, encore, près d’un million de personnes dans les rues, et que toutes les strates de la société étaient présentes, du jeune d’une cité de banlieue lointaine comme Mantes-la-Jolie, manifestant pour la deuxième fois dans sa vie (la première étant le 17 octobre!) au bourgeois gagnant très bien sa vie, mais que l’amour parental invite à se battre pour l’avenir de ses enfants.
Le tyranneau sent qu’il se passe quelque chose, qu’il n’est plus légitime, que son pouvoir ne tient au seul fil d’une police servile. Sa venue dans la cité phocéenne est le fruit d’un chantage du maire de la ville, qui aurait en sa possession, des vidéos montrant des policiers en nombre, laissant se produire des saccages à quelques mètres d’eux. Il a accouru avec la cour restreinte de son ministre de l’Intérieur, et d’autres personnes insignifiantes…
Je ne vois pas comment ce qui a commencé pourrait s’arrêter….
Laissons maintenant cette séquence télévisuelle, a priori anecdotique, mais révélatrice du moment important de notre histoire, que nous vivons.
Les syndicats lycéens et étudiants étaient invités à Matignon aujourd’hui. Cette rencontre fut précédée par une discussion entre Lecornu – dont une étude onomastique mentionne qu’il est à l’origine un sobriquet, et que le nom issu du latin « qui a des cornes » fait immédiatement référence au diable, dont il semble proche puisqu’il travaille pour Macron – et des influenceurs à qui il a donné la primeur des miettes imaginaires qu’il allait donner à cette jeunesse.
Cette indélicatesse a particulièrement agacé les syndicats dont on commence à connaître les jeunes têtes, et qui se montrent souvent pertinents quand ils interviennent, avec courage, dans les médias.
Le terme « miettes imaginaires » est employé à dessein, car, au-delà de ses revendications légitimes, cette glorieuse génération « Z » montre qu’elle aspire à autre chose que les fausses promesses de cette gérontocratie. Elle veut pouvoir s’épanouir dans un monde où l’existence a du sens, où chacun peut trouver sa place et vivre avec dignité, dans un pays où les citoyens peuvent agir directement sur leur vie. Ce qu’ils réclament, c’est un changement total de paradigme.
À défaut de pouvoir immédiatement avoir ce qu’ils désirent avec leurs revendications, et que la macronnie ne peut leur offrir, un départ humiliant de Foutriquet donnerait une grande respiration au pays! Ils ne sont pas dupes et se battront jusqu’au bout, donnant du courage à d’autres secteurs endormis de la société.
Le mouvement n’est pas terminé et les prochaines mobilisations s’annoncent particulièrement suivies, notamment le carnaval du 31 octobre avec la fête d’Halloween. Les lycéens reprendront leur blocus à partir de la rentrée du 2 novembre. La grève générale est à portée de main à partir du 5 novembre.
Je ne vois pas comment ce qui a commencé pourrait s’arrêter. Le mouvement des Gilets Jaunes est né après une année de macronisme, le Président suscitant déjà, une immense haine. Après dix années, la colère accumulée est paroxystique. Comment ne pas envisager que le mandat de Macron se termine avant son terme ?
Ah ! il me faut un déguisement pour le 31 octobre… Oh puis non, je suis Gavroche, tout le monde me reconnaîtra!
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