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Moon Of Alabama

On a toujours tendance à rejeter la responsabilité d’une défaite face à un ennemi relativement mineur sur le grand méchant ennemi du moment.

C’étaient donc les EFP iraniens (fabriqués en Irak) qui étaient responsables de la défaite des forces américaines en Irak. De même, c’est le soutien soviétique qui a fait mordre la poussière aux États-Unis au Vietnam.

Aujourd’hui, c’est la faute de la Russie si les infrastructures saoudiennes sont touchées par des armes yéménites.

C’est du moins ce que laisse entendre cet article de mauvaise qualité de l’AP :

« Des satellites russes aident les alliés de l’Iran à frapper l’Arabie saoudite, selon des données et des responsables » – AP, 27 octobre 2026

Des milices soutenues par l’Iran ont mené une frappe de précision le mois dernier, touchant les stations de pompage du plus important oléoduc d’Arabie saoudite. Quelques jours plus tard, une autre attaque a visé une base aérienne militaire saoudienne, endommageant un avion de chasse italien à l’intérieur d’un hangar.

Ce qui s’est passé dans les cieux a joué un rôle crucial dans le succès de ces frappes : pendant plusieurs jours avant les attaques, une constellation de satellites espions russes s’est concentrée au-dessus de l’oléoduc et de la base aérienne pour recueillir des renseignements.

Quiconque s’y connaît un tant soit peu en mécanique orbitale reconnaîtra facilement que cette affirmation est une connerie.

Premièrement : les stations de pompage des oléoducs saoudiens, tout comme ses bases aériennes militaires, sont des cibles fixes.

Il n’y a absolument aucun besoin de recourir à des images satellites récentes pour identifier leurs coordonnées. N’importe quelle carte de la région suffit. Quiconque souhaite obtenir des images de ces sites peut facilement les trouver sur Google Earth. De plus, il existe une dizaine de services satellitaires commerciaux qui, moyennant paiement, fournissent des images plus détaillées.

Deuxièmement : il n’existe pas de « convergence » de satellites au-dessus d’un endroit précis sur Terre.

Les satellites en orbite géostationnaire volent à une altitude de 36 000 kilomètres (22 000 miles) au-dessus de la Terre. Ils sont toujours orientés vers le même point sur Terre et servent à l’observation météorologique et aux services de télécommunications. Mais leur distance est trop grande pour qu’ils puissent être utiles à des fins d’espionnage.

Les satellites d’espionnage habituels volent plus bas et sont plus rapides que la rotation de la Terre. Ils font le tour de la Terre selon des schémas temporels prévisibles. S’écarter de l’orbite qu’ils ont atteinte, ce qui épuiserait tout le peu de carburant dont ils disposent à bord, est une mesure ponctuelle prise en fin de vie.

Il existe bien sûr des satellites russes qui survolent régulièrement le Moyen-Orient. Tout comme les satellites chinois, européens, indiens, iraniens et américains. Mais aucun d’entre eux ne « converge » jamais vers quoi que ce soit.

Je ne comprends absolument pas pourquoi les rédacteurs de l’AP ont laissé passer cette absurdité. Mais un examen des sources pourrait donner un indice :

Une société privée spécialisée dans le renseignement géospatial a déclaré avoir examiné 40 attaques de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, menées par les rebelles houthis soutenus par l’Iran au Yémen et par des milices en Irak entre le 1er juillet et le 19 octobre. Dans chaque cas, la société a constaté le même schéma : des satellites gouvernementaux et militaires russes en orbite au-dessus de ces zones pendant plusieurs jours avant et après les frappes.

« Ce que nous avons constaté, c’est une correspondance à 100 % » entre les activités satellitaires et les frappes, a déclaré Nawaf Obaid, fondateur de la société AURORAH Geosignal Intelligence, basée à Genève.

Le site web d’« AURORAH Geosignal Intelligence » est https://aurorahgeosignal.com/ ; il contient quelques propos creux basés sur des sources ouvertes, mais aucune information authentique. Son domaine, aurorahgeosignal.com, a été créé le mois dernier. Un compte Twitter portant ce nom n’a lui aussi été créé que récemment.

Le « fondateur » de cette société fantôme, Nawaf Obaid, a fait carrière dans la diffusion de la propagande saoudienne :

De 2004 à 2007, il a occupé le poste de conseiller spécial en communication stratégique auprès du prince Turki Al Faisal, pendant le mandat de ce dernier en tant qu’ambassadeur d’Arabie saoudite au Royaume-Uni et en Irlande, puis aux États-Unis. De 2007 à 2011, il a travaillé comme conseiller spécial au sein de la présidence des affaires citoyennes à la Cour royale saoudienne, où il a été détaché en tant que conseiller spécial auprès du ministre saoudien des Médias de 2010 à 2011. Il a ensuite occupé le poste de conseiller auprès du prince Mohammed bin Nawaf, ambassadeur saoudien au Royaume-Uni, de 2011 à 2016.

Il n’est donc pas étonnant que les journalistes de l’AP concernés « confirment » les affirmations de Nawaf Obaid en citant des sources officielles saoudiennes :

Trois responsables, dont un Saoudien et un autre haut responsable des Houthis, ainsi qu’un analyste privé du renseignement, ont déclaré à l’Associated Press que les Houthis et d’autres alliés de l’Iran avaient bénéficié des renseignements russes, ainsi que des capacités chinoises. Selon les informations de l’AP, des conseillers iraniens sur le terrain ont analysé ces renseignements et les ont transmis à leurs alliés.

Le vice-ministre des Affaires étrangères saoudien chargé de la diplomatie publique, Rayed Krimly, a déclaré aux journalistes la semaine dernière que l’Iran et les Houthis recevaient des renseignements provenant « d’éléments en Russie et en Chine, voire parfois d’éléments commerciaux ».

L’Iran et ses alliés au Yémen utilisent-ils des renseignements provenant de Russie ou de Chine ? On l’espère. Mais rien ne prouve qu’ils en aient reçu.

On peut se demander combien les journalistes de l’AP au Moyen-Orient ont été payés pour publier de telles inepties.

MOA