Les démocrates ont reconquis, mardi, les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat, réussissant même à s’imposer dans des États traditionnellement républicains.
Dans leur victoire sans appel, les démocrates ont obtenu une majorité d’au moins 237 sièges à la Chambre des représentants, contre 139 pour les républicains, en plus d’être en voie d’amasser des dizaines d’autres sièges, selon les projections du New York Times, mercredi, à 14 h (HNE).
Au Sénat, ils ont acquis suffisamment de sièges pour atteindre au moins 54 sièges, contre 44 pour leurs rivaux, mettant même un terme à des décennies de domination républicaine dans des États comme le Texas ou le Kansas, avec deux États toujours sans gagnants.
Les effets de la guerre en Iran et de l’offensive tarifaire sur le coût de la vie, notamment la flambée des prix à la pompe, se sont visiblement répercutés jusque dans les urnes, ou dans l’abstention d’électeurs républicains peu motivés à aller voter.
Si la victoire démocrate à la Chambre était attendue, celle au Sénat, loin d’être acquise, n’était même pas envisageable jusqu’à il y a quelques mois. Cette année, leurs gains prévus étaient limités, car une vingtaine d’États sur les 35 en jeu étaient favorables, voire traditionnellement acquis aux républicains.
Or, l’un après l’autre, sept États avec un sénateur républicain ont basculé dans le camp démocrate, en commençant par la Caroline du Nord, remportée par l’ancien gouverneur Roy Cooper.
Dès 22h, mardi, la victoire d’Annie Andrews en Caroline du Sud, un château fort républicain qui n’était même pas classé dans les six luttes les plus serrées, était annonciatrice des gains à venir: Texas, Ohio, Kansas, Iowa et Maine.
Mme Andrews a défait une candidate propulsée par Donald Trump, la sénatrice sortante non élue Darline Graham, une novice en politique qui défendait le siège qu’a détenu pendant une vingtaine d’années son frère Lindsey Graham, décédé en juillet.
Les luttes se sont en outre avérées moins serrées que prévu, les démocrates devançant leurs adversaires par une marge d’au moins 4 points de pourcentage, après le dépouillement d’au moins 94 % des voix, et qui a même atteint 20 points en Caroline du Nord.
Après des années d’espoirs déçus, les démocrates ont ainsi remporté le Texas avec James Talarico, qui a triomphé de son adversaire Ken Paxton, l’un des candidats les plus controversés de la campagne, vainqueur de l’investiture républicaine grâce au soutien de Donald Trump.
Il a reçu 55 % des suffrages, contre 43 %, avec 95 % des voix dépouillées. Il y a deux ans à peine, Donald Trump y avait pourtant été élu avec une avance près de 14 points de pourcentage.
Ce soir, nous avons défait Goliath
, a lancé à ses partisans James Talarico, un séminariste presbytérien, après sa victoire, faisant allusion à la somme d’au moins 158 millions injectée dans la course par le milliardaire Elon Musk.
Nous venons d’envoyer un message à tous les milliardaires qui financent massivement les campagnes électorales, à tous les mégadonateurs milliardaires, à tous ceux qui défendent de manière corrompue ce système politique défaillant, dans cet État comme dans ce pays : le pouvoir appartient au peuple.Une citation de James Talarico, sénateur démocrate élu du Texas
La tornade bleue a même emporté le Kansas hors des terres républicaines, grâce au pasteur Adam Hamilton, fondateur de la plus importante congrégation méthodiste unie du pays. Le candidat Cendrillon de la campagne a ainsi remporté un État où la victoire républicaine est habituellement une formalité, et où Donald Trump avait gagné par plus de 16 points de pourcentage. La dernière victoire d’un démocrate au Sénat au Kansas remontait à 1932.
Les démocrates ont également signé une victoire symbolique dans le Maine, où Troy Jackson a défait la sénatrice sortante Susan Collins, voix modérée du Parti républicain et cible de longue date des démocrates.Ouvrir en mode plein écran
Les démocrates ont pour leur part réussi à protéger leurs acquis dans les quatre États où leur victoire n’était pas entièrement assurée, avec les victoires d’Abdul El-Sayed au Michigan, de Jon Ossoff en Georgie, de Chris Pappas au New Hampshire et de Peggy Flanagan au Minnesota.
Leurs victoires marquent plusieurs premières : Abdul El-Sayed deviendra le premier sénateur musulman, Chris Pappas le premier sénateur ouvertement homosexuel et Penny Flanagan la première sénatrice autochtone.
Dans son discours de victoire, le sénateur élu du Michigan, qui a été la cible d’attaques islamophobes pendant la campagne, a reproché à ses adversaires d’avoir choisi la division au lieu de proposer des solutions aux difficultés économiques des Américains.
Ils veulent une Amérique où certains d’entre nous n’ont pas leur place. Nous savons que l’Amérique est assez grande pour nous tous.Une citation de Abdul El-Sayed, sénateur démocrate élu du Michigan
Vers une majorité écrasante à la Chambre
Les démocrates ont jusqu’ici fait près d’une trentaine de gains dans des districts représentés par des républicains.
Ils ont récolté 237 sièges, d’après les projections du New York Times. Ils semblaient cependant en voie d’aller en chercher davantage.
Selon le quotidien, ils pourraient même obtenir un total de 257 sièges, une majorité imposante qui serait sans précédent depuis l’élection présidentielle de Barack Obama, en 2008. Un tel scénario, s’il se concrétise, laisserait 178 sièges aux républicains.
Les démocrates ont notamment progressé dans des régions où Donald Trump avait réalisé des percées en 2024, notamment auprès des hispanophones, entre autres au Texas et en Floride, ainsi que dans des bastions républicains, par exemple dans le Midwest.
Ils ont notamment ravi des sièges aux républicains dans quatre districts de la Pennsylvanie, dans trois des quatre districts de l’Iowa ainsi que dans plusieurs autres États à l’échelle du pays, dont le Wisconsin, le Colorado, l’Indiana, le Kentucky, le Missouri, le Nebraska, le New Jersey et la Virginie.
Les républicains ont même vu leur stratégie de redécoupage de la carte électorale, lancée sous les pressions de Donald Trump pour avantager les candidats républicains, ne pas leur rapporter les fruits escomptés.
Par exemple, au Texas, où cinq districts ont été redessinés à leur avantage, au moins trois républicains avaient concédé la victoire. En Floride, au moins trois des quatre démocrates ciblés avaient de leur côté réussi à conserver leur siège. Les démocrates ont par ailleurs fait un gain net de deux sièges en Ohio, un État qui avait également modifié sa carte électorale.