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L’initiative populaire pour un RBI est balayée par trois quarts des votants. Mais les initiants ne baissent pas les bras.
Début mars, les partisans du revenu de base ont distribué 1000 billets de 10 francs en gare de Zurich pour lancer la campagne. Image: Keystone
C’est un non cinglant qui est sorti des urnes dimanche. Le peuple suisse a rejeté l’initiative pour un revenu de base inconditionnel (RBI) à 76,9%. Les cantons ont refusé d’une seule voix ce projet qui visait à permettre à tout citoyen de «mener une vie digne» en touchant un revenu de base dès sa naissance, sans contrepartie. L’échec était attendu. Ce qui n’a pas empêché le Conseil fédéral de dire son soulagement. «Le système social n’a pas besoin d’être révolutionné», a déclaré le ministre socialiste Alain Berset. Membre du comité d’opposition, le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS) voit dans le résultat une «claque pour les initiants qui classe la question du RBI. Cela ne doit toutefois pas nous empêcher de débattre sur le futur de l’emploi et du défi de la numérisation. Il faut trouver des solutions, que le RBI n’offrait pas.» «Le projet était d’un flou magistral et mettait la place économique suisse en danger, renchérit le parlementaire Laurent Wehrli (PLR/VD). Le peuple l’a compris.» L’initiative sur le RBI ne fixait qu’un principe et ne réglait pas la question du montant de l’allocation ni du financement. Les auteurs du texte évoquaient une somme de 2500 francs pour les adultes.
Enterré, le RBI? Loin de là, clament ses partisans. «Nous sommes très contents du résultat, d’autant qu’aucun parti hormis les Verts ne nous a soutenus. C’est aussi la première fois que le peuple se prononce sur ce projet, qui prévoit un vrai changement de paradigme», se félicite l’un des initiants, Ralph Kundig, qui se réjouit d’avoir lancé «un débat essentiel au regard de la mutation de la société, de l’augmentation du chômage qui accompagnera la révolution numérique et de l’incapacité du système social actuel d’y répondre. Le débat va se poursuivre. Quant à nous, nous allons continuer de soutenir l’idée d’un RBI, soit en faisant du lobbying, soit en lançant une nouvelle initiative.»
«C’est un premier débat sur le sujet. Les citoyens ont eu peur des implications de ce revenu, dont la mise en œuvre comporte des inconnues»
Pour la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE), le vote de dimanche n’est pas un «non définitif». «C’est un premier débat sur le sujet. Les citoyens ont eu peur des implications de ce revenu, dont la mise en œuvre comporte des inconnues. Rien n’empêche la création de projets pilotes dans les cantons.» Ce pourrait être le cas à Lausanne, après l’acceptation en avril d’un postulat demandant à la Municipalité de plancher sur la faisabilité d’une expérience pilote.
Le vote de dimanche révèle un léger Röstigraben, avec un non moins hostile de la part des cantons romands, même si Bâle-Ville a été le moins réfractaire (64% de non), suivi du Jura (64,2%), de Genève (65,3%), de Neuchâtel (68,8%), de Vaud (75,3%) et de Fribourg (75,9%). Le texte a par ailleurs séduit une poignée de localités. La bourgade vaudoise de Sarzens a ainsi voté oui à 51,4%, tout comme deux communes jurassiennes. Les citoyens de deux arrondissements de la ville de Zurich ont également accepté le texte. Et à Genève, trois quartiers ont approuvé l’initiative, notamment le quartier populaire des Pâquis (54,6% de oui). (TDG)