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Les Forces démocratiques syriennes sont à 5 km de Minbej, une ville située sur le principal axe de ravitaillement du groupe djihadiste depuis la Turquie
Les combattants d’une alliance dominée par les Kurdes et soutenue par Washington se sont rapprochés dimanche de la ville syrienne de Minbej, fief du groupe armé État islamique qui pourrait perdre son principal axe de ravitaillement depuis la Turquie.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS) n’étaient plus qu’à 5 km de Minbej contre laquelle elles mènent l’offensive depuis le 31 mai, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Cette ville de la province d’Alep est stratégique car elle se situe sur l’axe que le groupe EI utilise pour faire transiter hommes, armes et argent de la frontière turque — à une trentaine de km plus au nord — vers la ville de Raqa, la capitale de facto du groupe ultraradical en Syrie.Depuis samedi, cette route est coupée en raison des tirs des FDS, d’après l’OSDH.
Cette opération contre le groupe EI est l’une des offensives que mènent actuellement, dans plusieurs régions en Syrie ainsi qu’en Irak, des forces soutenues aussi bien par les États-Unis que par la Russie.Priver le groupe EI de tout accès à la frontière avec la Turquie représenterait une victoire clé, selon les responsables américains, car cela permettrait d’isoler encore plus les territoires contrôlés par le groupe en Syrie.
Dans ce but, les avions de la coalition antidjihadiste conduite par les États-Unis ont encore mené neuf frappes sur des positions de l’EI dans la région de Minbej, a annoncé dimanche le centre de commandement Centcom.À 27 km à l’est de Minbej, dans le hameau de Haloula, un correspondant de l’AFP a par ailleurs vu des soldats américains à bord de jeeps. Il y a dix jours, l’AFP avait publié des photos de membres de forces spéciales américaines dans la province de Raqa, où les FDS mènent une autre offensive contre les djihadistes.
D’après Washington, ces forces conseillent les FDS sur le terrain mais sans s’impliquer directement dans les combats.À Halloula, au coeur d’une région aride aux collines parsemées de quelques arbres, le journaliste de l’AFP a croisé des dizaines de déplacés des environs de Minbej, dont de nombreux enfants, la plupart démunis de tout. Des familles se reposaient sous des tapis suspendus entre deux pick-up.
Entourée de ses neuf enfants, Jawaher, une femme originaire d’un autre hameau près de Minbej d’où les djihadistes ont été chassés s’est dite soulagée. « Ils vivaient près de nous et nous ne pouvions pas contredire leurs ordres sinon ils tuaient nos enfants ou prenaient nos maisons », dit-elle.Selon l’ONU, au moins 20 000 civils ont été déplacés par les combats de Minbej qui, d’après l’OSDH, ont fait 74 morts : 30 djihadistes, 12 combattants des FDS et 32 civils.
Dans l’un des villages pris aux djihadistes, les FDS ont libéré six femmes et 16 enfants yazidis enlevés par le groupe EI en Irak en 2014. De nombreuses Yazidies ont depuis été vendues comme épouses aux djihadistes ou réduites à l’état d’« esclave sexuelle ».Plusieurs offensives
Outre Minbej, le groupe EI fait face à deux autres offensives dans son fief de la province de Raqa, également dans le nord syrien.L’une est menée par l’armée syrienne qui, appuyée par l’allié russe, est entrée samedi dans cette province pour la première fois depuis deux ans. L’autre est conduite par les FDS qui y progressent avec le soutien des Américains.
La présence de ces différentes forces rend extrêmement complexe le conflit syrien qui opposait au début le régime et l’opposition armée, avant l’entrée en jeu de groupes djihadistes comme l’EI et des Kurdes qui défendent leur propre projet autonomiste.Sur le front d’Alep, ville divisée depuis 2012 entre régime et rebelles, au moins 23 civils ont péri dimanche selon l’OSDH dans de nouvelles frappes du régime sur des quartiers rebelles.
Ces bombardements ont notamment dévasté des rues du quartier de Qaterji, où des habitants essayaient de se frayer un chemin à travers les décombres et une épaisse poussière, a constaté un journaliste de l’AFP.« Il n’y a que des civils ici, il n’y a pas de rebelles ! » hurlait un homme en colère, tandis que deux femmes et deux enfants tentaient de quitter une autre rue aux devantures de magasins éventrées. Plus loin, un secouriste portait dans ses bras un enfant au visage ensanglanté vers une ambulance, où se trouvait déjà un autre enfant blessé.
Après un mois d’accalmie, les bombardements ont repris jeudi et fait depuis des dizaines de morts des deux côtés de la ville.Si le régime largue des barils d’explosifs, les rebelles tirent des roquettes qui ont tué samedi 24 civils dans les quartiers gouvernementaux.
La seule route de sortie hors d’Alep pour les quartiers rebelles est de facto coupée depuis jeudi en raison des bombardements du régime. Les secteurs tenus par les insurgés, où vivent quelque 200 000 personnes, sont ainsi totalement assiégés.