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Face à la grogne des ouvriers de GM&S, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, incite à la mobilité, quitte à faire 180 km tous les jours. Lui même fait bien Lyon-Paris en TGV ! Un exemple pourtant loin d’être représentatif de la situation des Français.

Laurent Chalard
Suite aux manifestations des ouvriers de GM&S, Gérard Collomb a affirmé ne pas comprendre que l’on ne puisse faire 180 km tous les jours pour aller travailler à Ussel, prenant pour exemple les trajets Paris-Lyon qu’il fait lui-même en TGV. Or on assiste à une augmentation de la création d’emploi dans les grandes métropoles dotées de réseaux de transport conséquents, mais pas dans les métropoles intermédiaires et agglomérations de taille moyennes. A quel point l’exemple de Gérard Collomb se montre déconnecté de la réalité?
Selon le baromètre de l’attractivité et du dynamisme des métropoles françaises, réalisé par le cabinet Arthur Loyd, les très grandes métropoles connaissent une croisssance démographique allant jusqu’à 19%sur la période 2007-2012 alors qu’elle n’atteint que 9% dans les agglomérations de taille moyenne. Comment expliquer le délaissement des petites et moyennes villes de France au profit des métropoles?
Laurent Chalard : Dans un contexte de mondialisation de l’économie et de nouvelle division internationale du travail, dans les pays développés, la croissance de l’emploi concerne de plus en plus des emplois qualifiés du secteur tertiaire, surreprésentés dans les grandes métropoles, alors que les emplois productifs industriels, surreprésentés dans les petites et moyennes villes, ont tendance à diminuer du fait de leur délocalisation vers des pays à plus bas coût de main d’œuvre. En conséquence, l’activité économique se concentre dans les lieux d’innovation, que sont, principalement, les grandes métropoles, alors que les petites et moyennes villes à dominante productive ont du mal à se reconvertir, ne disposant pas de la matière grise suffisante pour pouvoir espérer accueillir des activités de tertiaire supérieur, sauf si elles ont une université ou si elles situent à proximité d’une grande métropole. La croissance démographique et économique s’en ressent. Elle est plus forte dans certaines grandes et très grandes métropoles françaises qui concentrent 21 % de la population mais ont enregistré 82 % des créations d’emplois privés depuis 2009.
Laurent Chalard : Il n’y a jamais de fatalité, puisque certaines petites et moyennes villes ont des performances économiques tout à fait honorables. Cependant, la tendance de fond apparaît très difficile à contrecarrer pour les raisons exposées précédemment. S’il existait un remède qui fasse consensus, il y aurait longtemps que le problème ne se poserait plus ! Or, ce n’est pas le cas. Pour l’instant, personne n’a trouvé une solution globale à la concentration de l’activité économique dans les grandes métropoles au détriment du reste du territoire national.