Essai sur la compréhension humaine de la barbarie.

Combien d’entre nous se sont interrogés depuis le 7 octobre 2023 sur Israël et les actes barbares qu’il commet quotidiennement contre les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ? Sur les distinctions entre sionisme et judaïsme, sionistes et juifs, antisémitisme et « antisémitisme », et sur la manière dont ces questions doivent être comprises les unes par rapport aux autres ? D’innombrables personnes, dirions-nous, dont nous faisons partie.
The Floutist lance une série occasionnelle consacrée à ces questions. Comme le montre clairement ce premier article, il s’agira d’essais au sens où Montaigne, qui a inventé cette forme, utilisait ce terme. Nous les proposons comme des réflexions, des explorations, des observations écrites dans un autre support que la pierre, laissant toujours la possibilité d’en dire davantage.
—Les éditeurs.
Cara Marianna.
4 JUIN — Moshe Feiglin, ancien membre de la Knesset et aujourd’hui leader du parti politique sioniste Zehut, a récemment provoqué un tollé parmi les personnes attentives lorsqu’il a déclaré publiquement : « Chaque enfant, chaque bébé à Gaza, est un ennemi. L’ennemi n’est pas le Hamas, ni la branche militaire du Hamas… Chaque enfant à Gaza est l’ennemi. Nous devons occuper Gaza et l’coloniser, et aucun enfant gazaouite ne doit y rester. Il n’y a pas d’autre victoire possible. »
Vous ne sauriez rien de la déclaration fracassante de Feiglin si votre seule source d’information était le New York Times, aligné sur le sionisme et favorable au génocide. Ou n’importe quel autre média grand public américain aligné sur le sionisme et favorable au génocide. Des omissions de cette ampleur constituent une forme de complicité. Ces médias sont tous coupables de négligence criminelle.
Aussi scandaleuses que soient ses propos, le véritable scandale est que Feiglin n’est pas une exception. Il est on ne peut plus représentatif de la société juive israélienne. Feiglin a exprimé publiquement ce que pensent un grand nombre de Juifs israéliens et a encouragé un programme d’extermination soutenu par de nombreux Juifs israéliens.
Cette réalité regrettable m’amène à une observation récente de Caitlin Johnstone, commentatrice australienne, dans un article publié sous le titre « Israël est une société particulièrement malfaisante ».
Il faut être particulièrement malfaisant pour encourager le massacre généralisé de bébés et d’enfants, comme le fait Feiglin. Johnstone cite ses déclarations publiques comme exemple de la dépravation de la société israélienne dans son ensemble :
Israël est une société particulièrement malfaisante. Je ne pense pas que ce soit injuste ou déraisonnable de le dire. Beaucoup d’autres nations commettent des actes malfaisants et beaucoup d’autres nations ont des extrémistes meurtriers, mais quelles autres nations ont leurs propres politiciens traditionnels qui tiennent ce genre de propos à la télévision grand public ? Je n’en vois aucune.
Un nouveau sondage publié par la chaîne israélienne Channel 13 News a révélé que la plupart des Israéliens ne croient toujours pas que leur gouvernement doive autoriser l’aide humanitaire à entrer à Gaza. Ce ne sont pas seulement les dirigeants. Ce ne sont pas seulement les extrémistes marginaux. C’est tout un pays rempli de sociopathes. Les atrocités commises par Israël à Gaza sont le résultat de ce que sont les Israéliens en tant que collectif. La nation entière est sans cœur et complètement folle.
La voix de Johnstone a été l’une des rares à faire preuve d’honnêteté et de clarté au cours des 19 derniers mois. J’ai lu son travail avec approbation. Mais dans ce commentaire, il m’a semblé qu’elle reproduisait une erreur courante chez les détracteurs du génocide à Gaza.
Dans le but d’éviter de sombrer dans un véritable antisémitisme, ou par crainte d’être accusés d’antisémitisme, les détracteurs du génocide israélien semblent parfois tourner autour du pot lorsqu’il s’agit d’évoquer l’un de ses aspects les plus évidents : ce crime obscène contre l’humanité est commis, soutenu, et souvent encouragé par les citoyens juifs d’Israël.
Que devons-nous penser de cela ? Ce fait évident doit-il être souligné ? Si non, pourquoi ? Et si oui, pourquoi et comment ?
Que voyons-nous lorsque nous regardons les images de Juifs israéliens debout devant des camions d’aide humanitaire empêchant l’entrée de nourriture à Gaza, où la population meurt de faim, tandis que des policiers israéliens se tiennent là à regarder ? Que voyons-nous lorsque nous regardons les vidéos de Palestiniens affamés, désespérés, parqués dans des zones clôturées qui ressemblent à des enclos à bétail, pour être ensuite abattus par les forces d’occupation israéliennes ?
Ce qui suit est un essai au sens propre du terme. C’est une exploration, une incursion, une porte ouverte sur un débat. C’est une tentative pour trouver des réponses à ces questions. Mon objectif est la clarté. Mon intention est d’examiner le comportement et la criminalité d’Israël afin qu’ils soient correctement définis et compris.
Nous assistons à un nombre croissant d’incidents – la fusillade devant le Capital Jewish Museum à Washington, l’attaque contre un groupe manifestant à Boulder en faveur des Israéliens actuellement retenus en otages à Gaza – que nos soi-disant dirigeants et les médias susmentionnés qualifient instinctivement d’actes antisémites. Définir ainsi ces événements, comme si une haine primitive des Juifs et non la conduite de l’État sioniste en était la force motrice, est une fiction absurde et, bien sûr, rien de nouveau. Aujourd’hui, alors que les barbaries de l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie nous assaillent quotidiennement, les dangers de ce mensonge honteux sont manifestes. Cela impose une responsabilité urgente à chacun d’entre nous, et une responsabilité particulière aux Juifs qui s’opposent à la conduite de l’État sioniste – et, en fait, à son idéologie.