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antisémistisme et préjugés, aucun cas de diffamation, d'agression, enquête peu fiable, la libérté d'expression, Lettre à Alan Garber, Rapport final du groupe de travail présidentiel
Alan M. Garber
Président
Bureau du président
Université Harvard
Massachusetts Hall
Cambridge, MA 02138
Objet : Rapport final du groupe de travail présidentiel sur la lutte contre l’antisémitisme et les préjugés anti-israéliens
Cher président Garber,
Nous sommes consternés par les lacunes procédurales et substantielles qui discréditent les conclusions du rapport final susmentionné concernant l’antisémitisme et les préjugés anti-israéliens à l’université (chapitre 3, pp. 120-138). Cette démarche rappelle la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles : « D’abord la sentence, ensuite le verdict. » Avant même d’enquêter, le groupe de travail partait du principe que l’antisémitisme et les préjugés anti-israéliens avaient infecté l’université.
Nous partageons notre critique afin d’encourager Harvard à reconsidérer sa position.
1 – Principes de la liberté d’expression. Le juge William O. Douglas de la Cour suprême des États-Unis a développé le concept de liberté d’expression dans l’affaire Terminiello v. City of Chicago, 337 U.S. 1 (1949) : « [Une] fonction de la liberté d’expression dans notre système de gouvernement est d’inviter à la controverse. Elle peut en effet servir au mieux son noble objectif lorsqu’elle induit un état d’agitation, crée un mécontentement vis-à-vis de la situation actuelle, voire suscite la colère des gens. Le discours est souvent provocateur et stimulant. Il peut s’attaquer aux préjugés et aux idées préconçues et avoir des effets profondément déstabilisants lorsqu’il pousse à l’acceptation d’une idée. »
En d’autres termes, les expressions protégées qui provoquent chez les étudiants un malaise, de l’anxiété ou de la colère ne sont pas alarmantes. Elles montrent que la liberté d’expression est bien vivante.
2 – Protocole d’enquête peu fiable. Le protocole d’enquête utilisé par le groupe de travail a bafoué les garanties d’une procédure régulière contre les erreurs ou les injustices. Il a organisé des « séances d’écoute » et une « enquête en ligne » auprès des étudiants, des professeurs et du personnel. Aucun effort n’a été fait pour valider les plaintes. Aucune n’a fait l’objet d’un contre-interrogatoire, « le plus grand moteur juridique jamais inventé pour découvrir la vérité », selon John Henry Wigmore, expert en matière de preuve. Les réponses étaient anonymes, ce qui encourage les mensonges ou les exagérations. Aucune réponse n’aurait pu être admise comme preuve devant un tribunal pour prouver l’antisémitisme ou les préjugés anti-israéliens.
3 – Conclusions. Le groupe de travail n’a mis au jour aucun cas de diffamation, d’agression, de coups et blessures, de séquestration, de préjudice émotionnel intentionnel ou d’autre délit ou crime contre des Juifs pouvant donner lieu à des poursuites judiciaires. Cette absence de preuves réfute l’antisémitisme ou les préjugés anti-israéliens. Le groupe de travail a toutefois constaté que plusieurs Juifs se sentaient ostracisés, mal à l’aise, effrayés ou poussés au silence. La conclusion suivante (p. 122, paragraphe 5) est exemplaire : « De nombreux étudiants israéliens ont déclaré avoir subi une isolation sociale, une ostracisation et une hostilité accrues à la suite des événements du 7 octobre, plusieurs d’entre eux se sentant injustement qualifiés de « soldats » en raison de la politique de conscription obligatoire d’Israël. »
C’est loin d’être une agression ou même une insulte raciste. Charlottesville en 2017 était bien pire, avec des croix gammées sur des banderoles et des slogans nazis tels que « sang et sol ». Même en supposant qu’il y ait une poignée d’antisémites à Harvard, cela ne prouverait pas qu’il y ait une épidémie d’antisémitisme sur le campus. Les fanatiques sont inévitables dans toute grande organisation. Lors d’une audience du 7 mai 2025 devant la commission de l’éducation et de la main-d’œuvre de la Chambre des représentants, le professeur de droit de Georgetown David Cole a souligné l’absence d’incidents antisémites documentés dans les universités d’élite, une affirmation qu’il a également reprise dans l’émission Democracy Now d’Amy Goodman.
De plus, la liberté d’association protège le droit de ne pas s’associer. Voir Hurley c. Irish-American Gay, Lesbian, and Bisexual Group, 515 U.S. 557 (1995) (Souter, J.). Le Congressional Black Caucus exclut les membres blancs.
En conclusion, nous sommes consternés par vos déclarations répétées et sans fondement selon lesquelles l’antisémitisme prospère à Harvard, y compris à votre encontre. Vos tentatives répétées par écrit pour apaiser le président Donald Trump de cette manière l’ont non seulement encouragé à commettre davantage d’excès, mais ont également légitimé son accusation inventée d’antisémitisme rampant à l’université. Tirez les leçons de cette expérience.
Cordialement,
Bruce Fein, Esq.
Ralph Nader, Esq.
Lou Fisher