Étiquettes

, , , , , , , , , ,

Et le monde explose !

Philip Giraldi

De nombreux Américains en viennent à penser, d’après les propos tenus par le président Donald Trump et ce qu’il publie sur son site Truth Social, que le chef de l’État américain a perdu les pédales. Larry Johnson rapporte “des détails choquants sur les coulisses de la Maison Blanche [où] Donald Trump a commencé à montrer des signes de démence précoce en septembre 2025… Il divague fréquemment, perd systématiquement patience et pète les plombs en hurlant, incapable de toute réflexion critique. [En conséquence], les hauts responsables de la Maison Blanche se comportent comme des gamins avec un père maltraitant et toxicomane… c’est-à-dire qu’ils marchent sur des œufs, craignant de dire quoi que ce soit susceptible de déchaîner la colère de Trump”.

Et le public américain commence à percevoir ce dysfonctionnement. Les électeurs sont de plus en plus nombreux à réaliser que la guerre contre l’Iran n’a strictement rien à voir avec les intérêts nationaux ou de sécurité réels des États-Unis, et qu’elle a été escamotée par un tissu de mensonges et de dissimulations peu crédibles au vue des faits. Ce gouffre entre réalité et fiction saute désormais aux yeux de la plupart des gens. L’origine réelle de cette guerre qui encourage et “aide” Israël à détruire l’Iran est elle aussi de plus en plus évidente pour les Américains, qui ont bien compris que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, criminel de guerre notoire, contrôle à la fois Trump et la majeure partie du Congrès américain.

Au-delà de sa déroute mentale, les politiques étrangères et intérieures de Trump se caractérisent par leur bellicisme, truffées de menaces adressées à des ennemis imaginaires, aux amis et alliés réticents à entrer en guerre pour rien, et à quiconque, dans les médias ou parmi le public, ose critiquer les décisions de la Maison Blanche. Autrement dit, non seulement Trump perd l’esprit, mais c’est aussi un psychopathe dangereux qui interagit à sa guise avec les développements politiques et sociaux qu’il est censé analyser rationnellement dans l’intérêt des États-Unis et du peuple américain.

Ce que nous, Américains, en retirons, ce sont donc des guerres, le meurtre de pêcheurs dans les eaux internationales, l’enlèvement et l’assassinat de politiciens étrangers, et même le bombardement gratuit de petites écolières. Lorsqu’il est inspiré, Trump multiplie les menaces de “ramener à l’âge de pierre” des pays étrangers et se livre à des diatribes outrancières contre des personnalités telles que le pape catholique romain Léon, qui a osé appeler à la fin des guerres et à la coexistence pacifique entre les nations. Après que Trump a publié une image générée par IA de lui-même en Jésus, le pape a déclaré :“Malheur à ceux qui instrumentalisent la religion et le nom même de Dieu à des fins militaires, économiques et politiques, en entraînant le sacré dans les ténèbres et le vice”. Trump a répondu en s’en prenant au pape sur Truth Social :“Je ne veux pas d’un pape qui pense que c’est acceptable que l’Iran possède l’arme nucléaire. Je ne veux pas d’un pape qui trouve terrible que l’Amérique attaque le Venezuela… et je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis, parce que je ne fais que ce pour quoi j’ai été élu, À UNE MAJORITÉ ÉCRASANTE… Si je n’étais pas à la Maison Blanche, Leo ne serait pas au Vatican. Malheureusement, la mollesse de Leo face à la criminalité et aux armes nucléaires ne me convient pas… Il devrait, en tant que pape, se ressaisir, faire preuve de bon sens, cesser de se plier aux exigences de la gauche radicale et s’attacher à être un grand pape, pas un politicien”.

Après cette attaque virulente contre le pape, le cardinal Christophe Pierre, haut représentant diplomatique du Vatican à Washington, a été convoqué au Pentagone où il a été “vertement réprimande” et reçu l’avertissement selon lequel, si le pape ne se tient pas à carreau, les États-Unis n’hésiteront pas à riposter grâce à leur supériorité militaire. En janvier, Mgr Pierre avait déjà été averti que les États-Unis disposent de la puissance de feu suffisante pour faire “tout ce qu’ils veulent”, et que le pape Léon, premier pontife né aux États-Unis, “ferait mieux de se ranger de leur côté” à propos à l’ingérence américaine en Amérique latine. Curieusement, la nuit suivant la visite de Mgr Pierre au Pentagone, une alerte à la bombe a été signalée contre le frère du pape dans l’Illinois, peut-être dans le but d’envoyer un message… Le bon côté de cette diatribe trumpienne et du comportement hostile de ses soutiens, qui a suscité l’indignation non seulement parmi les catholiques, serait que Trump perde sa majorité au Congrès et puisse même faire l’objet d’une procédure de destitution, qui, espérons-le, aboutira cette fois.

Trump choque aussi ces temps-ci les anciens alliés fidèles des États-Unis au sein de l’OTAN. On peut raisonnablement soutenir que l’OTAN a fait son temps, mais ce n’est pas l’argument avancé par Trump. Il veut que l’OTAN soutienne pleinement sa guerre d’agression illégale contre l’Iran et qu’elle ferme les yeux sur le crime de guerre et contre l’humanité de génocide commis par Israël à Gaza. L’Espagne a été le premier pays à refuser aux avions de combat américains en transit vers l’Iran l’accès à ses bases aériennes de l’OTAN et à son espace aérien. L’Angleterre, le plus fidèle des toutous, s’est également montrée peu coopérative, le Premier ministre Keir Starmer refusant l’utilisation des bases aériennes britanniques au Royaume-Uni et à Chypre, déclarant même en avoir assez de Trump.

Mais le coup le plus dur vient sans doute de l’Italie, scandalisée par l’attaque de Trump contre le pape. La Première ministre Georgia Meloni, jusqu’alors fidèle soutien européenne de Trump, a répondu au président américain en annonçant pour commencer que l’Italie ne fournira plus d’armes à Israël, avant de déclarer que Rome soutient le pape dans sa condamnation de la guerre, qualifiant par ailleurs la polémique de Trump contre le souverain pontife d’“intolérable”. Elle a précisé :“Le pape est le chef de l’Église catholique, et il est donc juste et normal qu’il appelle à la paix et condamne toute forme de guerre”.Trump, qui vient de fournir cette semaine à Israël 880 millions de dollars de nouvelles bombes pour poursuivre ses exactions tout en déployant des milliers de soldats supplémentaires au Moyen-Orient, est bien sûr passé à l’offensive. Dans une interview accordée par la suite au journal italien Corriere della Sera, Trump a répondu que les propos de Meloni sont “inacceptables” et que l’Iran “ferait sauter l’Italie en deux minutes s’il en avait l’occasion”.

Mais hélas, l’enjeu de la débâcle de Donald Trump va bien au-delà d’un simple échange d’insultes. Nous savons désormais à quel point Netanyahu et Israël contrôlent Trump et une grande partie de notre gouvernement, au point que Netanyahu se vante que le vice-président Vance et le personnel de la Maison Blanche “lui rendent compte quotidiennement”. Il est donc fort probable, voire certain, que les Israéliens peuvent compter sur le soutien des États-Unis pour détruire l’Iran à l’aide de leurs armes nucléaires “secrètes” si la guerre devait reprendre et tourner à leur désavantage. Les Israéliens ont peut-être aussi les moyens de convaincre un Trump ignorant et agressif de lancer une attaque nucléaire américaine contre l’Iran, une première depuis les bombardements sur le Japon en 1945. Comme Netanyahu et ses boss du renseignement semblent avoir un accès privilégié à la Maison Blanche, y compris la capacité de convaincre un Trump influençable que la guerre contre l’Iran serait un jeu d’enfant, ils peuvent sans doute le persuader de recourir à l’arsenal nucléaire américain pour “finir le boulot”, peut-être en lui faisant croire que l’Iran s’apprête à attaquer les États-Unis avec ses ogives nucléaires ultrasecrètes. La porte-parole du président et lèche-bottes en chef, Karoline Leavitt, nous a assuré que le président examine “toutes les options” concernant l’Iran, et selon vous, qu’est-ce que cela peut bien signifier ? L’objectif reste inchangé : détruire l’Iran sans que la responsabilité d’un nouveau crime de guerre effroyable ne retombe sur Israël, qui en a déjà commis suffisamment à Gaza et au Liban.

J’ai déjà suggéré qu’Israël pourrait déclencher une intervention militaire américaine contre l’Iran, notamment en organisant une sorte d’attaque sous faux drapeau contre les troupes américaines dans la région du golfe Persique, en faisant croire qu’elle aurait été orchestrée par les Iraniens. Comme le spectre d’une éventuelle attaque nucléaire de Trump me trottait dans la tête, j’ai décidé de mener quelques recherches pour déterminer à quel point ce serait facile pour Trump de déclencher une guerre nucléaire sans provocations réelles de la part de quiconque pour la justifier. À ma grande surprise, c’est en fait très simple, et même à la portée d’un homme mentalement perturbé. En effet, pratiquement rien dans le processus de déclenchement d’une guerre nucléaire ne pourrait arrêter Trump et l’empêcher de donner libre cours à ses “impressions” – comme il aime à le dire.

Donc, dans l’intérêt de tous ceux qui, comme moi, veulent savoir ce qui se passe lorsqu’un président des États-Unis appuie sur le soi-disant bouton ou appuie sur la gâchette – quelle que soit la métaphore de votre choix – pour déclencher une guerre nucléaire, je vais vous exposer le fruit de mes recherches. Le plus surprenant a été le constat qu’il n’existe pratiquement aucun mécanisme de contrôle et de contrepoids pour s’assurer qu’aucun président ne commette d’erreur ou n’outrepasse son autorité en recourant à l’arme nucléaire. L’article II, paragraphe 2, de la Constitution stipule que “Le président est le commandant en chef de l’armée et de la marine des États-Unis”et tant les tribunaux que les juristes interprètent depuis longtemps cette clause comme conférant au président le commandement direct des opérations militaires, y compris les décisions sur le moment et la manière de recourir à des armes spécifiques. En effet, aucune loi ni disposition constitutionnelle n’oblige le président à obtenir l’approbation de quiconque avant d’ordonner une frappe nucléaire.

Le statut du président en tant que commandant en chef de l’ensemble des forces armées américaines inclut les dispositifs de lancement d’armes nucléaires, et il dispose d’une autorité absolue pour déclencher une frappe lorsqu’il estime, selon ses propres critères, qu’une menace imminente et grave émane d’un État hostile. Cette autorité de facto ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas eu débat juridique sur le contexte de l’utilisation d’une arme nucléaire. Mais lorsque la frappe est imminente, le débat juridique fait défaut : le président dispose de toute autorité pour riposter par la force nucléaire sans solliciter l’autorisation préalable du Congrès. La War Powers Resolution elle-même reconnaît que les pouvoirs du président en tant que commandant en chef, en tant que seule autorité pouvant ordonner une frappe nucléaire, peuvent être exercés en réponse à “une urgence nationale provoquée par une attaque contre les États-Unis, leurs territoires ou possessions, ou leurs forces armées”.

Mais l’attaque nucléaire préventive est une tout autre histoire, qui soulève l’éventualité d’un recours de ce type contre l’Iran. Si un président envisage le recours préventif aux armes nucléaires, avant qu’une attaque ne soit lancée ou ne devienne imminente, l’argument juridique en faveur de sa soumission au Congrès est de poids. La Constitution confère exclusivement au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre, et déclencher des hostilités nucléaires en l’absence de menace imminente s’apparente plus à une déclaration de guerre qu’à une riposte. De nombreux juristes s’accorderaient à dire qu’un président doit solliciter l’autorisation du Congrès avant d’ordonner une première frappe nucléaire dans tout scénario ne relevant pas d’une situation d’urgence.

Néanmoins, dans la pratique, chaque président conserve la capacité matérielle d’ordonner une première frappe sans consulter au préalable le Congrès, car le système de lancement ne fait pas la distinction entre les ordres de riposte et ceux de première frappe. Le bouton à actionner se trouve dans une mallette électronique (la “valise nucléaire”) transportée en permanence à proximité immédiate du président par un aide de camp militaire.

Cette “mallette” comprend plusieurs dispositifs qui requièrent la confirmation de l’action ordonnée et des cibles, ainsi que l’identité de son auteur, à savoir le président ou, en son absence, le vice-président. Une fois ces étapes franchies, les systèmes électroniques permettent essentiellement l’exécution d’un ordre de lancement programmé pour mener à bien l’action offensive choisie par le président ou le vice-président. Si les États-Unis sont effectivement attaqués, l’ensemble du processus, depuis la première détection des “projectiles entrants” jusqu’au lancement des missiles américains depuis leurs silos, peut prendre environ 25 minutes. Le rôle du président se limite à un créneau d’environ 10 minutes durant lequel il doit, entre autres, prendre une décision quant à la légitimité des informations qui lui ont été communiquées pour justifier le déclenchement d’une guerre nucléaire.

Divers autres enjeux sont liés à la mise en œuvre d’une frappe nucléaire, mais le fait est que Donald Trump, même dans son état de confusion mentale, pourrait, tant sur le plan juridique que pratique, lancer une attaque nucléaire contre l’Iran ou tout autre pays en se basant sur ses “impressions” quant à la politique étrangère de ce pays. Et il ne fait aucun doute que ce jugement se fondera sur les nombreuses fausses informations diligemment fournies par son grand ami Benjamin Netanyahu. Netanyahu, bien sûr, dispose de son propre arsenal nucléaire, mais sa mentalité lui dicte probablement de laisser les Américains se charger de la sale besogne et de payer le prix fort consécutif à la réaction horrifiée de la communauté internationale. Trump, assurément, est le second président d’affilée, après Biden, à être mentalement défaillant, et le danger qu’il commette l’irréparable est bien réel. On peut raisonnablement suggérer qu’il est grand temps que le Congrès intervienne pour désactiver la “valise nucléaire” lorsque les États-Unis ne sont pas effectivement et manifestement victimes d’une attaque. L’idée même d’un Donald Trump surexcité appuyant sur le bouton pour satisfaire Israël suffit à faire froid dans le dos, et les Américains devraient tous être prendre conscience d’une telle éventualité !

Philip M. Giraldi est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative à but non lucratif qui milite pour une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur la défense de l’intérêt national. Son site web est https://councilforthenationalinterest.org et son e-mail est inform@cnionline.org

Unz Review