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Ces villes libanaises revêtent une importance à la fois stratégique et symbolique pour Israël. Des sources proches du Hezbollah expliquent comment les Israéliens n’ont pas réussi à les conserver

Bâtiments détruits à Bint Jbeil, dans le sud du Liban, vus depuis le côté israélien de la frontière, au nord d’Israël, le 13 avril 2026 (Reuters/Florion Goga)

Pendant des semaines, Israël a bombardé Bint Jbeil et Khiam, tentant à plusieurs reprises d’encercler ces villes du sud du Liban. Pourtant, aucune d’entre elles n’est tombée entièrement aux mains de l’armée d’invasion israélienne.

La survie de ces bastions du Hezbollah, qui revêtent depuis longtemps une importance symbolique et stratégique, a mis en évidence les limites de ce que la puissance de feu israélienne est capable d’accomplir dans le sud du Liban, ainsi que l’importance stratégique que le terrain revêt pour ses défenseurs.

Trois sources proches du Hezbollah, dont une connaissant parfaitement les combats dans le sud, ont expliqué à Middle East Eye pourquoi Israël n’avait pas réussi à déloger le mouvement armé libanais.

Selon elles, l’avance militaire israélienne ne s’est pas seulement enlisée face à une résistance armée farouche.

Les troupes israéliennes ont été contrariées par le terrain lui-même, les réalités de la guerre urbaine et l’importance politique et militaire des cibles que leurs dirigeants s’étaient fixées.

Tant à Bint Jbeil qu’à Khiam, la question n’était pas simplement de savoir si les forces israéliennes pouvaient avancer, mais si elles pouvaient sécuriser les villes et, par conséquent, sécuriser la frontière d’Israël avec le Liban.

Cet échec soulève des questions quant à toute présence israélienne à long terme dans le sud du Liban.

Il explique également pourquoi Israël continue de démolir des bâtiments dans les zones qu’il contrôle malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 15 avril – et diffuse les images de la destruction qu’il a causée sur les réseaux sociaux.

« À chaque vague de combats, la question de Bint Jbeil s’est toujours posée pour les Israéliens », a déclaré une source proche du Hezbollah.

« La ville hante les Israéliens et leur a causé une sorte de syndrome de stress post-traumatique. »

Une cible symbolique

Bint Jbeil occupe une place à part dans l’imaginaire politique libanais.

C’est là, après le retrait d’Israël du Sud-Liban en mai 2000, que le défunt secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a prononcé son célèbre discours décrivant Israël comme « plus fragile qu’une toile d’araignée ».

Cela semble avoir fait de la ville une cible majeure pour Israël. Lors de la guerre de 2006 entre Israël et le Liban, elle a été un champ de bataille clé – où le Hezbollah a finalement pris le dessus.

Et dans ce dernier conflit, l’armée israélienne a de nouveau décidé de cibler Bint Jbeil comme objectif militaire majeur et prise symbolique.

Il y avait toutefois une différence par rapport à la guerre d’il y a deux décennies : un changement visible dans les objectifs opérationnels d’Israël.

Au départ, l’objectif semblait plus large que la simple prise d’une ville.

Israël voulait isoler l’ensemble du district de Bint Jbeil en contrôlant ses principales voies d’accès, notamment les routes menant aux villes et villages environnants de Qawzah, Wadi al-Oyoun, Haddatha, Aitaroun, Wadi al-Skikiyyeh et Wadi al-Slouqi.

Si cela avait réussi, cela aurait coupé Bint Jbeil de ses environs et jeté les bases d’une occupation militaire plus durable.

Mais les tentatives répétées d’Israël en ce sens ont échoué. Selon les sources de MEE, cela s’explique par le fait que le Hezbollah a étudié les tactiques d’Israël à Gaza et s’y est préparé en conséquence.

Au lieu de cela, l’opération s’est restreinte. Ce qui avait commencé comme une tentative d’isoler toute une région s’est transformé en une tentative d’assiéger une seule ville.

Il ne s’agissait pas d’un simple ajustement tactique. Cela indiquait une révision à la baisse des ambitions : passer du contrôle d’un vaste espace géographique à la prise pour cible d’un centre urbain dense pouvant être présenté comme un gain militaire visible.

Des sources proches du Hezbollah affirment que le mouvement considère l’incapacité d’Israël à isoler l’ensemble du district de Bint Jbeil comme un succès militaire significatif.

Une source a déclaré que tout ce que les Israéliens affirmaient concernant l’imposition d’un siège total sur la ville était inexact.

« Il y avait certes des pressions venant de plusieurs directions, mais même dans les derniers instants, les ravitaillements et les munitions continuaient de nous parvenir par les axes environnants », a déclaré cette deuxième source.

La source a ajouté que Bint Jbeil restait « un centre opérationnel à partir duquel des attaques étaient lancées vers d’autres zones », affirmant qu’« aucune force au monde ne peut imposer un siège total sur notre terrain dans cette région ».

Un casse-tête géographique

Bint Jbeil se trouve au centre d’un casse-tête géographique qu’Israël a eu du mal à résoudre.

La guerre américano-israélienne contre l’Iran s’est étendue au Liban début mars, lorsque le Hezbollah a riposté par des tirs de roquettes à l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei et pour devancer une invasion israélienne qu’il jugeait imminente.

Israël a avancé au Liban depuis l’est et l’ouest, pénétrant à environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais.

Pour établir une zone de contrôle continue et stable le long de la frontière, il fallait donc relier les deux axes horizontalement.

Sans Bint Jbeil, les secteurs ouest et est restaient difficiles à relier, exposant les forces au risque de se retrouver isolées en poches plutôt que de former une bande cohérente.

Une fois que la tentative d’assiéger le district de Bint Jbeil eut échoué, les Israéliens commencèrent à se rapprocher de la ville elle-même.

Les forces israéliennes ont avancé depuis quatre directions : Ain Ebel, Saf al-Hawa, Yaroun et Maroun al-Ras.

Pourtant, même alors, la bataille à l’intérieur de la ville ne ressemblait pas à une prise de contrôle urbaine conventionnelle.

Selon les sources de MEE, l’avance israélienne s’est appuyée sur des incursions militaires limitées, le piégeage de bâtiments et l’incendie de tout ce qui se trouvait sur leur chemin à la périphérie de Bint Jbeil.

Elles ont également, selon ces sources, déployé des camions sans pilote télécommandés et bourrés d’explosifs – une tactique déjà utilisée à Gaza.

Ces camions avaient pour but d’attirer les combattants du Hezbollah dans des affrontements, avant d’exploser et de détruire des quartiers entiers grâce à la puissance de leurs explosions massives.

Il s’agissait d’une approche prudente qui, selon les sources de MEE, montrait que les Israéliens tentaient d’éviter des combats directs et coûteux au corps à corps.

« Les Israéliens ont délibérément exagéré l’importance de cette bataille afin que, s’ils parvenaient à prendre la ville, cela puisse être présenté comme une preuve de réussite »

– source proche du Hezbollah

En réalité, les Israéliens n’ont pas réussi à établir des positions permanentes dans la ville.

Des sites clés comme le stade « toile d’araignée » où Nasrallah a prononcé son discours, la grande mosquée et les complexes religieux sont restés hors du contrôle israélien.

Israël n’a pas non plus réussi à atteindre le centre-ville ni à éliminer les combattants qui s’y trouvaient.

Une deuxième source proche du Hezbollah a déclaré que ces combats reflétaient la planification militaire minutieuse que le mouvement avait mise en place avant le déclenchement du conflit.

« Pour illustrer le niveau de préparation avec lequel le parti a combattu à Bint Jbeil, les unités [du Hezbollah] à l’intérieur de la ville ont tenté à deux reprises d’éliminer le commandant [israélien] du 52e bataillon de la 401e brigade en prenant pour cible son char », a-t-il déclaré.

« Il a survécu aux deux attaques par miracle et se trouve actuellement en soins intensifs. »

La source a indiqué que le Hezbollah avait identifié le bataillon et ses commandants à l’avance, ce qui, selon lui, démontrait à quel point il avait étudié de près les unités israéliennes opérant sur le champ de bataille.

Selon cette source, lors d’un combat dans le quartier d’al-Awini à Bint Jbeil, l’armée israélienne a appliqué la directive Hannibal, bombardant intensément une zone pour s’assurer que ses soldats ne soient pas capturés vivants.

« Après avoir perdu le contact avec ses soldats, elle a commencé à bombarder à environ 20 mètres de leur position, avant de parvenir finalement à les récupérer », a-t-il déclaré.

« Nous savions que toute tentative de les capturer l’inciterait à bombarder à la fois ses propres soldats et les nôtres. »

Middle East Eye a sollicité les commentaires de l’armée israélienne.

Échec de la prise de contrôle de Khiam

Si la symbolique de Bint Jbeil, tant pour Israël que pour ses ennemis, fait que l’incapacité d’Israël à conquérir pleinement la ville est perçue comme un échec, on peut en dire autant de Khiam.

Alors que Bint Jbeil pourrait servir de liaison ouest-est à Israël, Khiam fait office de porte d’entrée vers le territoire libanais intérieur.

Pourtant, là aussi, Israël semble avoir échoué à imposer un contrôle décisif.

Tout comme Bint Jbeil, cette localité revêt une importance symbolique en tant que lieu où une prison tristement célèbre, soutenue par Israël, a été exploitée pendant l’occupation du Sud-Liban de 1982 à 2000, un lieu où les détenus étaient soumis à de graves exactions.

Selon les sources de MEE, Israël n’a pas réussi à contourner Khiam, à l’encercler complètement ni à occuper sa partie nord.

Par ailleurs, affirment-elles, les lignes d’approvisionnement du Hezbollah depuis la vallée occidentale de la Bekaa sont restées actives.

Cela a empêché les Israéliens de progresser plus loin à l’intérieur des terres et a contrecarré leurs efforts pour établir une bande stable le long de la frontière.

Les trois sources proches du Hezbollah estiment que les difficultés rencontrées par Israël à Bint Jbeil et à Khiam laissent penser que les Israéliens auront du mal à imposer une zone tampon de facto dans le sud du Liban, même si celle-ci ne dépasse pas 10 km de large.

Sans contrôle total de Bint Jbeil et de Khiam, Israël se heurtera à une limite quant à la profondeur à laquelle ses troupes pourront avancer au Liban.

Les Israéliens se retrouveront également avec des poches militaires isolées, entourées de zones urbaines non sécurisées.

Et ils n’auront pas réussi à couper les lignes d’approvisionnement du Hezbollah.

Des sources proches du Hezbollah reconnaissent qu’Israël a réalisé des gains territoriaux et tué de nombreux combattants du parti lors de la dernière guerre.

Mais ces gains ne se sont pas traduits par la zone de contrôle durable qu’il recherchait, affirment-elles.

La deuxième source proche du Hezbollah a fait valoir qu’Israël avait intérêt à exagérer l’importance de la bataille de Bint Jbeil avant qu’elle n’ait lieu.

« Les Israéliens ont délibérément exagéré l’importance de cette bataille afin que, s’ils parvenaient à prendre la ville, cela puisse être présenté comme une preuve de réussite », a-t-il déclaré.

Pour prouver que la défense de Bint Jbeil par le Hezbollah n’avait pas faibli, la source a souligné comment la force Radwan du parti avait tendu une embuscade au 101e bataillon israélien peu avant le cessez-le-feu du 15 avril.

« En quelques minutes, trois combattants du Hezbollah ont réussi à toucher dix parachutistes, les tuant ou les blessant », a-t-il déclaré.

Cet incident montre à quel point le Hezbollah considère ce conflit non seulement comme une défense statique du territoire, mais aussi comme une épreuve d’endurance, de mobilité et de capacité à empêcher Israël de réaliser une percée symbolique décisive.

Middle East Eye