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Ibrahim Al-Amine

La martyre Amal Khalil, correspondante de « Al-Akhbar » dans le Sud (Al-Akhbar)

Pendant la guerre de l’automne 2024, notre collègue Amal Khalil a reçu un message provenant d’un numéro inconnu, rédigé dans un arabe approximatif, mais dont le contenu était très clair : pourquoi ne pars-tu pas au Qatar où réside ton frère ? Pourquoi veux-tu que ta tête soit séparée de ton corps ? Amal ne prenait pas l’ennemi à la légère, mais elle était catégorique : « Ils veulent m’empêcher de faire mon travail, suis-je censée capituler ? »

Il était impossible de raisonner Amal en lui interdisant de travailler dans une zone dangereuse. Pour elle, une réprimande était une sorte de conseil bienveillant, pas une recommandation à suivre. Son obstination, qui faisait sa réputation, se reflétait dans chaque détail de son travail.

Dans ses écrits, elle ne se lassait pas d’insister, encore et encore, sur une idée qui avait déjà été supprimée des textes qu’elle avait envoyés. Sur le terrain, elle a été l’une des premières à défier la tradition du journalisme écrit en intégrant la caméra à son travail ; très tôt, elle a emporté une caméra vidéo aux côtés de son appareil photo, sans planification préalable ni attente d’une décision. Avec l’essor du travail numérique et de la production visuelle, elle n’avait pas besoin d’être poussée ou guidée ; elle a pris l’initiative de développer ses propres outils et de rechercher des personnes pour l’aider dans son travail, et a réalisé de nombreux reportages à un coût très limité. Amal croyait sincèrement qu’elle était la mieux placée pour présenter une image précise et très claire de la réalité de ce qui se passe dans le conflit avec Israël.

Pour elle, elle n’a jamais eu besoin d’expliquer sa position vis-à-vis de l’ennemi. Car il ne s’agissait pas simplement d’une conviction forgée au cours de ses années d’études ou par des amitiés passagères, mais d’une partie intégrante de l’environnement et de l’éducation quotidienne des habitants du Sud. Elle n’a jamais quitté le Sud et s’est portée volontaire pour travailler dans toutes les régions du Sud, sans limiter son action à une zone géographique précise, ce qui lui a permis, au fil des années, de se constituer un vaste réseau de relations et de connaissances.

Et bien qu’elle ait été en désaccord à plusieurs reprises avec des responsables politiques, des acteurs des partis, des municipalités, des instances officielles, et même avec certains de ses collègues journalistes, elle est toujours restée au cœur de l’action, s’efforçant d’aller au plus fin des détails. De plus, elle considérait son travail comme une responsabilité visant à produire une image capable de forger une conscience publique plus claire face à l’occupation.

En 2006, Amal a entamé son véritable parcours dans la presse, avec le lancement du journal « Al-Akhbar », né au cœur de la grande guerre qui visait la résistance, depuis la publication de la résolution 1559 jusqu’à la guerre de juillet. Elle n’avait pas besoin de longues explications sur la nature de ce qu’elle était censée faire ; pour elle, la situation était claire dès le premier instant.

Elle s’est rapidement forgé une présence remarquée et controversée, au point que beaucoup en sont venus à redouter de se retrouver face à elle. Dans le même temps, elle s’est fait connaître pour son audace à traquer les corrompus, où qu’ils se trouvent, sans concession. Et bien que sa position politique vis-à-vis de la résistance fût tranchée et claire, cela ne l’a pas empêchée d’adresser des critiques répétées à l’égard de l’action politique et de développement du Hezbollah au niveau national.

Amal a principalement travaillé dans le Sud, mais elle a également parcouru différentes régions du Liban, du Mont-Liban au Bekaa jusqu’au Nord, et a écrit sur la vie quotidienne des gens dans ses moindres détails. Son travail s’est également étendu à l’expatriation, notamment en Afrique. Avant chaque voyage, elle demandait toujours s’il était possible de mener un travail journalistique pendant le déplacement, même dans le cadre de congés personnels.

Lors d’un séjour au Qatar, où réside son frère, elle a pris l’initiative de demander à rencontrer Khaled Mechal. Elle l’a effectivement contacté et rencontré, et l’a interrogé sur son désaccord avec la résistance au sujet de la Syrie. Il lui a alors raconté sa version des faits, en lui demandant de ne pas publier ses propos sous forme d’interview ni d’y faire référence, justifiant cela par son souhait de ne pas aggraver les tensions. Mais il lui a fallu des années pour comprendre qu’elle n’était pas une envoyée spéciale, que sa visite au Qatar n’avait pas pour but de le rencontrer, et qu’il s’agissait simplement de son désir de faire son travail de journaliste, même pendant ses vacances.

Amal, qui est restée aux côtés de sa petite famille sans jamais la quitter, n’a à aucun moment cherché à acquérir une notoriété publique comme celle que recherchent tant de professionnels des médias. Elle n’avait pas le goût de la mise en scène et savait que son véritable rôle était d’être témoin de ce qui se passait. Témoin des crimes de l’occupation, témoin des exploits des résistants, témoin de la résilience du peuple, témoin de la fatigue des habitants du Sud, témoin de leur joie et de leur chagrin, et témoin du fait qu’il existe sur cette terre quelque chose qui mérite tous ces sacrifices !

Al Akhbar