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Les États-Unis sont confrontés à de multiples tensions internes directement liées à la guerre avec l’Iran, notamment une demande urgente de renflouement des compagnies aériennes low cost motivée par le coût du kérosène, un incident sécuritaire étrange et fort suspect lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche, ainsi qu’une nouvelle proposition de loi visant à étendre les protections juridiques de type militaire aux Américains servant dans l’armée israélienne puisque cette dernière est non seulement devenue de facto une branche des forces armées des États-Unis depuis 2023 mais commet des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et contre la paix.

Les compagnies aériennes Frontier et Spirit ont officiellement demandé cette semaine au Trésor américain un prêt relais de 2,8 milliards de dollars, invoquant des « répercussions sur la sécurité nationale ». Pour parler sans le jargon des consultants, elles supplient Washington de les sauver, car la guerre a rendu les voyages en avion inabordables. Le kérosène est issu du raffinage du pétrole brut. Le détroit d’Hormuz, point d’étranglement pour un cinquième de l’approvisionnement mondial, est désormais un véritable cimetière maritime où les tirs réels sont monnaie courante. Les primes d’assurance des pétroliers atteignent des montants dignes d’un roman de science-fiction. Le prix au comptant du kérosène sur la côte du Golfe n’a pas simplement grimpé en flèche ; il a explosé, répercutant tous les surcoûts liés aux frais d’escorte obligatoires imposés par la marine. Les compagnies aériennes low cost, celles qui ont démocratisé le transport aérien en le réduisant à un simple siège d’autobus volant, n’ont plus aucune marge de manœuvre pour réduire leurs coûts.

Le gouvernement US dépense 50 millions de dollars chaque fois qu’un destroyer tire une salve de missiles intercepteurs SM-6 sur un drone lancé par Ansar Allah du Yemen , qui coûte le prix d’une vieille Honda d’occasion. Cependant, le Congrès s’insurge contre un prêt de 2,8 milliards de dollars destiné à maintenir à flot les compagnies aériennes nationales. La structure de la guerre post-moderne – du matériel ultra-coûteux pour contrer des menaces d’attrition ultra-bon marché – affecte les infrastructures civiles plus rapidement que n’importe quelle bombe ne le ferait.

Cerains idéologues fanatiques trouvent cela fantastique de ne plus permettre aux gens de voyager sous couvert d’écologie mais l’enjeu est ailleurs. Ces fanatiques ont été créés de toutes pièces pour les besoins d’une guerre hybride de fond contre l’ensemble des populations, amies ou ennemies. Mais passons.

Cette pression dévorante ne se limite pas au portefeuille ; elle se répercute sur le moral. Le dîner des correspondants de la Maison Blanche était censé être un moment de répit. Le discours du commandant en chef était sec, un peu macabre, cherchant à trouver un équilibre perdu entre réconfort et réalité. L’humoriste, un vétéran au verbe acéré des émissions de fin de soirée, était en train de taquiner la porte-parole de la Maison Blanche au sujet de la censure de l’administration Trump dans le brouillard de la guerre lorsque les premiers coups de feu ont retenti.

Nous passons sur le débat s’il s’agissait d’une mise en scène, d’une tentative réelle d’assassinat ou autre. Quelque chose a retenu notre attention dans le manifeste du tireur présumé.

Le manifeste du tireur, un PDF de 40 pages mis en ligne sur un forum de jeux vidéo aujourd’hui disparu, ne s’attardait pas sur l’Iran. Il s’attardait sur les « fonds détournés destinés au F-35 » (la méga corruption du complexe militaro-industriel est un phénomène réel) et sur son vol annulé pour se rendre au mariage de sa fille — annulé en raison d’une pénurie de kérosène. Un homme brisé non pas par une idéologie étrangère, mais par l’échec lent, douloureux, irréel et minutieux d’une société en guerre qui s’effrite et qui n’a ni conscription, ni rationnement, ni sens du réel, car aveuglé par une propagande ubiquitaire et permanente cachant le déclin et l’effondrement.

Et comme si cela ne suffisait pas, les États-Unis nagent désormais en plein délire digne des meilleurs romans de science-fiction des années 1960 dans des termes dystopiens plus graves que ne l’avaient prévus les visionnaires les plus pessimistes à l’époque. Nous en arrivons à cette aberration législative qui se fraye un chemin dans les coulisses du Sénat. Le sénateur Langley (Parti Républicain-Texas) et un groupe étonnamment bipartisan (en fait ce sont les mêmes) de co-auteurs ont présenté le « Common Defense Uniform Code Extension Act ».

En clair, ce projet de loi accorderait aux personnes ayant la double nationalité et servant dans les Forces de défense israéliennes (FDI) l’ensemble des protections prévues par le Code uniforme de justice militaire américain (UCMJ) ainsi que les avantages sociaux accordés aux fonctionnaires fédéraux. Si un soldat américano-israélien venait à être tué au Sud-Liban ou, surtout, dans le chaos total qui règne actuellement sur le théâtre des opérations autour de l’Iran, ce projet de loi le traiterait comme s’il s’agissait d’un marine américain tué à Camp Lejeune. L’indemnité de décès, le versement de l’assurance-vie SGLI, les protections juridiques en cas de capture : tout cela aux frais du contribuable américain.

Ce raisonnement est un chef-d’œuvre de sophisme. Le ministère de la Défense ou de la Guerre est déjà aux prises avec des règles d’engagement et des questions de responsabilité juridique complexes. Or, le Pentagone, qui déploie déjà des troupes dans le Golfe, en Jordanie, en Irak et en Syrie, partagerait théoriquement la compétence juridique sur des forces étrangères opérant sous une chaîne de commandement totalement distincte. Il s’agit d’une fusion de souverainetés imposée par décret législatif, destinée à contourner la réalité politique délicate selon laquelle les États-Unis se trouvent, de facto, dans une structure de commandement conjoint et unique avec Israël en ce qui concerne l’Iran, Gaza et le Liban.

On va essayer de ne pas verser dans la provocation et de réagir rationnellement à une telle initiative: C’est un abandon. Si les Etats-Unis sont prompts à étendre la protection juridique du soldat américain à ceux qui ne portent pas l’uniforme américain, qu’est-ce que la citoyenneté US ? À quoi sert le serment militaire aux États-Unis ? Ce projet de loi ne sera probablement pas adopté sous sa forme actuelle, mais son existence même témoigne d’un flou moral et d’une abdication au profit d’une autre puissance ayant pris le contrôle des États-Unis.

Au printemps 2026, les États-Unis ne croulent pas sous le poids d’un seul coup catastrophique. Ils sont rongés à petit feu par des contraintes internes. D’où la tentation grandissante de l’usage d’armes nucléaires contre un Iran qui ne veut rien entendre et où il n’y a aucune faction à acheter.

Les Etats-Unis ne peuvent mener un conflit prolongé lorsque les compagnies aériennes ne peuvent plus voler. On ne peut maintenir le moral de la population lorsque le siège du parti au pouvoir se transforme en champ de tir à balles réelles et on ne peut préserver une forme d’identité américaine lorsqu’on externalise les charges juridiques et financières du service militaire pour servir les intérêts de la politique étrangère d’un autre État, en l’occurrence Israël.

La guerre avec l’Iran ne se contente pas de redessiner le Moyen-Orient ; elle est en train de remodeler le contrat social américain. Voir une borne d’enregistrement de Delta Airlines tomber en panne ou lire qu’un soldat du Néguev ou du Sud-Liban a reçu une indemnité à vie du Trésor US donne un peu le tournis. On a l’impression que l’avenir dystopique est déjà là. Il ne manquait que le simulacron et l’administration Trump illustre à merveille les faux dirigeants d’un roman de Philip. K. Dick avec une corruption bien plus phénoménale que celle de tous les présidents de la fin du 19e et du début du 20e siècles.

On déteste faire des digressions en dehors de notre champ de compétence mais la réalité folle nous interpelle face au vide. Presque plus personne ne s’étonne de rien et l’esprit critique est bien mort et enterré à l’heure des algorithmes addictifs des réseaux sociaux débilisant l’esprit des populations pressées comme des citrouilles vides par les aléas de la vie et le racket organisé à tous les niveaux.

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