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arme nucléaire, Évaluation, Bombe atomique, conflits, dissuasion, Etats-Unis, eurasie, Géopolitique, guerre nucléaire, Iran, Israël, Probabilités, Russie, Scénario, Stratégie

Jamais, depuis la funeste journée du 06 août 1945, le monde n’a été aussi proche d’un conflit nucléaire. La possibilité d’un usage d’armes nucléaires tactiques ou stratégiques en Eurasie et au Moyen-Orient est non seulement élevée mais presque inévitable.
Si quelqu’un nous avez demandé il y a une décennie de cela de décrire l’atmosphère d’un monde pré-conflit nucléaire, j’aurais évoqué le bourdonnement sourd de la fameuse image symbolique de l’Horloge de l’Apocalypse, et non la prolifération des attaques de drones ciblant des infrastructures stratégiques en profondeur.
On n’a jamais vraiment pensé à un tel scénario et pourtant nous y sommes de plein pied. Des troupeaux de gens font du shopping sur le net dans des pays en guerre sans formalités (pas de déclaration de guerre officielle, usage désuet) et ne sachant même pas qu’à tout moment un missile nucléaire peut s’abattre.
Nous ne sommes pas simplement dans une période de risque théorique de prolifération ; nous assistons à la militarisation de la sécurité nucléaire elle-même. Le risque de conflit nucléaire a atteint son niveau le plus élevé depuis 1945. À l’époque déjà, certains esprits forts aux États-Unis, unique détenteur de l’arme atomique, préconisaient de bombarder l’ex-URSS alliée à coups de bombes atomiques Fat Man (comme celle lâchée au-dessus de Nagasaki) ou Little Boy (lâchée sur Hiroshima).
Nous sommes en 2026 et le risque d’un échange nucléaire a dépassé tous les seuils de tolérance à la douleur. Pour la Russie, la campagne de bombardement par drones menée par les pays européens contre ses infrastructures stratégiques auraient précipité une salves de missiles nucléaires vers des cibles situés en Europe occidentale et centrale; pour les États-Unis, enragés de ne pouvoir gagner un conflit avec l’Iran et d’avoir été humiliés par un pouvoir iranien résilient et acharné, l’arme nucléaire aurait déjà été utilisée par une administration Trump puérile et corrompue contre l’Iran si ce n’était la clairvoyance de certains généraux US.
Pour saisir le risque concret d’un échange nucléaire — aussi limité soit-il —, nous devons faire abstraction de la rhétorique et examiner les mécanismes des fronts les plus instables. Deux aspects requièrent désormais notre attention immédiate : la patience stratégique de la Russie, qui s’effrite sous l’effet d’une campagne aérienne fantôme menée tambour battant par la Grande-Bretagne et l’ensemble de l’Europe continenrale sous couverture ukrainienne, et la transformation irréversible de l’Iran, qui passe du statut d’État au seuil de la puissance nucléaire à celui d’État survivant doté de l’arme nucléaire, pour lequel l’acquisition de la bombe n’est plus une question de « si », mais de « quand », et la manière dont cette inévitabilité redéfinit l’ensemble de l’escalade.
Depuis des mois, l’Ukraine, en tant que paravent de l’Europe en guerre, mène une campagne de frappes à longue portée en profondeur sur le territoire russe, visant systématiquement des raffineries de pétrole, des oléoducs et des aérodromes militaires. Cette campagne exploite des failles flagrantes : les défenses aériennes russes, débordées, ne parviennent pas à protéger efficacement des installations dispersées et de grande valeur contre des vagues successives et ininterrompues de drones peu coûteux. Ces frappes ne sont pas symboliques. Elles ont touché les raffineries de Novokuibyshevsk et de Syrzan dans l’oblast de Samara, un terminal pétrolier à Vysotsk dans l’oblast de Leningrad, ainsi que des stations de pompage dans le kraï de Krasnodar. Des aérodromes militaires et une centrale électrique dans la région de Rostov ont également été frappés, confirmant qu’aucune partie des districts militaires occidentaux de la Russie n’est totalement à l’abri.
Il s’agit de la campagne militaire « fantôme » de ce que Moscou appelle l’Occident collectif en ordre de bataille : sans personnel au sol, que l’on peut nier (« ce sont les Ukrainiens ») et persistante comme des relents de pestilence. Elle fonctionne comme une force aérienne européenne fantôme, produisant des effets stratégiques sans franchir le seuil d’une intervention ouverte de l’OTAN. Contrairement aux colonnes de blindés bien visibles des doctrines passées, cette menace surgit de l’ombre et peut être niée.
La patience stratégique : une pause réfléchie, et non de la passivité
La réponse de Moscou à cette hémorragie interne s’est caractérisée par ce que certains analystes appellent la « patience stratégique ». Il ne s’agit pas d’une acceptation passive. L’approche russe allie pression et négociation tactique, comme l’illustre le bref cessez-le-feu concernant les infrastructures énergétiques, destiné à mettre fin aux attaques contre les réseaux électriques civils. Lorsque cette trêve a pris fin en février 2026, les attaques contre les infrastructures de Kharkov et de Soumy ont repris, démontrant que Moscou est prêt à faire une pause pour des raisons humanitaires, mais qu’il n’acceptera pas indéfiniment des désavantages opérationnels unilatéraux.
Cette patience revêt un caractère stratégique, car elle permet à la Russie de gagner du temps pour affaiblir les défenses aériennes ukrainiennes au moyen de salves massives, comme la série de frappes de janvier 2026, au cours de laquelle plus de 330 drones et missiles ont pilonné Kiev. Elle s’inscrit également dans une stratégie géopolitique plus large visant à mettre en place des structures de sécurité prévisibles. Mais la patience a ses limites, et ces limites sont mises à l’épreuve chaque jour par des explosions survenant au cœur même du territoire russe. Le marteau nucléaire n’est pas loin.
Le marteau nucléaire
Ce n’est pas une victoire ukrainienne-impossible a demeurant- qui déclencherait une riposte nucléaire russe limitée, mais une défaillance catastrophique du système de commandement et de contrôle. Dans et pour le pire scénario, les services de renseignement russes ont élaboré des plans détaillés visant à mener des actions de sabotage contre leurs propres gazoducs d’exportation — notamment TurkStream et Blue Stream — afin de fabriquer un prétexte permettant d’accuser l’Ukraine de « terrorisme énergétique » et de forcer un assouplissement des sanctions occidentales. Lorsqu’un nœud énergétique vital explosera et que Moscou affirmera qu’il s’agissait d’un drone ukrainien, l’espace informationnel sera inondé de flux informationnels destinée à faire passer une frappe « de représailles » russe contre un des sites européens d’où proviennent les drones et les images satellites pour justifiée.
La question de la sûreté nucléaire est encore plus préoccupante. Les frappes russes ont privé d’électricité les sous-stations qui alimentent Tchernobyl, et la centrale nucléaire de Zaporijia reste sous contrôle militaire. Si une centrale nucléaire ukrainienne venait à subir un rejet radiologique — ou si un accident se produisait dans une installation dont la Russie affirme que l’Ukraine n’est pas en mesure d’assurer la gestion en toute sécurité —, Moscou a posé les bases doctrinales pour interpréter cela comme une « attaque conjointe » menée par un État non nucléaire soutenu par des puissances nucléaires.
La doctrine militaire nucléaire russe se réserve le droit de recourir à l’arme nucléaire en réponse à des attaques conventionnelles menaçant l’existence même de l’État. La campagne européenne « fantôme » met aujourd’hui à mal les infrastructures énergétiques essentielles de la Russie. Si une attaque, qu’elle soit réelle, montée de toutes pièces ou déclenchée accidentellement, parvient à être présentée par Moscou comme une menace existentielle orchestrée par des mandataires de l’OTAN, le terrain sera alors préparé pour une « démonstration » nucléaire limitée ou pas. Dans le scénario d’un frappe nucléaire limitée, les chances d’une escalade en chaîne incontrôlée impliquant les États-Unis sont quasiment de 80%. Les partisans du trigger happy (gâchette facile) nucléaire à Washington sont légion.
Ce qui change côté russe est que de plus en plus de responsables miliaires russes sont favorables à l’envoi de la sauce. Ce qui nous met dans une situation unique de pré-guerre nucléaire dont les contours se dessinent.
Dans notre prochaine partie, nous allons voir comment la désillusion stratégique US et israélienne en Iran a produit une rage pathologique susceptible de se transformer en un berserk nucléaire sans aucune retenue d’autant plus que l’Iran a réduit toute sa politique à l’acquisition de l’arme nucléaire.
Suite à la partie précédente où nous avons tenté d’évaluer le risque réaliste d’un échange nucléaire en Eurasie, nous abordons dans cette partie l’évaluation du même risque dans la région du Levant et Moyen-Orient face à un Iran non nucléaire mais qui perçoit désormais la bombe moins comme un gage de survie que comme une cause sacrée.
Nous devons faire face au bouleversement le plus important du paysage stratégique au Moyen-Orient depuis la révolution de 1979. La campagne d’assassinats qui a culminé avec la frappe de Natanz le 24 avril 2026 a radicalement modifié les calculs de l’Iran en matière nucléaire. Pendant des décennies, le débat au sein des services de renseignement occidentaux s’est concentré sur les intentions : l’Iran voulait-il la bombe, ou simplement la capacité de la fabriquer rapidement ? Ce débat est désormais caduc et le dossier clos.
L’élimination coordonnée de hauts commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de scientifiques nucléaires au sein de la principale installation d’enrichissement d’Iran a transformé le programme nucléaire, qui est passé d’un simple atout de négociation à un mécanisme de survie existentiel.
Le discours du Téhéran à l’intention de son public national a évolué, passant de « l’indépendance énergétique nucléaire dans le domaine civil» à « l’arme nucléaire comme bouclier contre l’anéantissement ».
Il ne s’agit pas là de rhétorique ; cela reflète une logique stratégique implacable. Un Iran dépourvu de dissuasion nucléaire crédible est, aux yeux des Gardiens de la révolution, un Iran voué à un changement de régime — démantelé par des assassinats, des sabotages et, en fin de compte, une invasion. Cet aspect est très important dans la compréhension des mécanismes de prise de décision actuel en Iran.
Les dirigeants religieux, longtemps hostiles à l’arme nucléaire car « haram » (illicite ou un péché du point de vue religieux) ont vu ce qu’il est advenu de Saddam Hussein d’Irak et de Mouammar Kadhafi de Libye, qui ont tous deux renoncé à leurs programmes d’armement avant d’être anéantis par une intervention militaire extérieure. La leçon a été bien comprise : le désarmement équivaut à une condamnation à mort.
Le système politique iranien a désormais assimilé la survie de la République islamique à la mise au point effective d’une arme nucléaire opérationnelle. Il ne s’agit plus d’une « cause sacrée » superposée à un programme politique, mais de la seule et unique voie vers la survie du régime. Il n’y a aucune autre alternative viable hors du nucléaire militaire. Cette transformation a des implications profondes sur l’escalade. Un État qui considère les armes nucléaires comme sa seule police d’assurance-vie ne se laissera pas dissuader par des menaces conventionnelles, ni même par des frappes limitées sur son territoire.
Cette vision est d’autant plus que l’Iran fait face aux États-Unis, une puissance nucléaire majeure ayant acquis cette arme ultime dans les années 1940 et l’a utilisé au combat ainsi qu’Israël, un État dirigé par des fous furieux psychopathes se prétendant ouvertement être les descendants des Zélotes, tueurs fanatiques fous furieux et de tous les Sicarii, ancêtres du terrorisme militant et nihiliste. Les pays qui les ont aidé à acquérir l’arme nucléaire auraient dû se retrouver au ban des nations.
Les sanctions, le sabotage et les assassinats ciblés ne jouent pas un rôle dissuasif, mais agissent au contraire comme des catalyseurs, renforçant l’idée selon laquelle seule une bombe peut garantir la sécurité. Le délai nécessaire à la mise au point d’une arme nucléaire ne se mesure plus à partir d’un point zéro. Même avec les perturbations subies à Natanz, l’Iran conserve l’expertise technique, les stocks de matières enrichies et, surtout, la volonté politique inébranlable de se reconstituer rapidement.
Les analyses occidentales reconnaissent que l’Iran est capable de produire, en quelques semaines, suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer un engin explosif, même si la transformation en arme et la miniaturisation nécessaires à la fabrication d’une ogive prendraient beaucoup plus de temps. Mais un État qui lutte pour sa survie contre des puissances déterminées à le détruire par tous les moyens possibles, préférera un engin rudimentaire mais capable de faire ses preuves à un arsenal sophistiqué.
C’est là que réside le paradoxe de l’inévitabilité. La campagne aérienne US/Israël même qui visait à retarder la capacité nucléaire de l’Iran – la frappe sur Natanz, les assassinats des responsables et des scientifiques – a rendu inévitable l’acquisition de la bombe atomique par l’Iran.
Il ne s’agit nullement ici d’une prédiction analytique, mais d’une conclusion rationnelle fondée sur l’instinct de survie du système iranien. La question n’est plus de savoir si l’Iran se dotera d’armes nucléaires, mais dans quelles conditions et avec quelles conséquences.
Un Iran doté de l’arme nucléaire, même d’un dispositif rudimentaire, modifie fondamentalement la donne de toute future offensive aérienne américano-israélienne, même si celle-ci adopte de nouveaux systèmes d’armes comme des missiles hypersoniques ou de nouveaux algorithmes de guerre électronique. Chaque frappe conventionnelle doit désormais être calibrée en fonction du risque — aussi infime soit-il — que l’État cible dispose d’une option nucléaire qu’il pourrait utiliser en dernier recours. Il ne s’agit pas d’une destruction mutuelle assurée ; c’est une dissuasion unilatérale et désespérée qui transforme Téhéran d’un État en phase de transition, susceptible d’encaisser des représailles, en un acteur nucléaire qui doit être traité avec la prudence réservée aux grandes puissances.
C’est actuellement l’objectif numéro 1 de l’Iran.
Les répercussions régionales sont considérables. Un Iran doté de l’arme nucléaire déclenchera une réaction en chaîne immédiate : l’Arabie saoudite a depuis longtemps clairement indiqué qu’elle s’alignerait sur les capacités de l’Iran, et le président turc Erdoğan s’est ouvertement demandé pourquoi son pays devrait rester non nucléaire alors que d’autres pays de la région, dans une allusion directe à Israël, s’arment.
Le point de convergence des deux fronts
Le scénario le plus explosif se dessine lorsque l’on superpose les deux théâtres d’opérations.
La Russie, confrontée à une campagne aérienne occidentale fantôme visant son cœur énergétique, pourrait finir par perdre patience et frapper avec le marteau nucléaire.
L’Iran, confronté à une offensive aérienne qui a dépassé tous les seuils précédents, se précipite vers une force de dissuasion capable d’assurer sa survie.
Ces deux États ne sont pas des alliés officiels au sein d’un pacte de défense collective de type OTAN, mais ils agissent de manière de plus en plus coordonnée pour s’opposer à l’ordre mondial dirigé par les États-Unis.
Il serait intéressant de ce point de vue de savoir si la Russie, poussée au bout du désespoir dans un scénario pessimiste, pourrait livrer des armes nucléaires à un Iran très combatif mais dépourvu de moyens de défense. Ce scénario verra naturellement l’Ukraine dotée de l’arme nucléaire par la France et les États-Unis avec des conséquences catastrophiques par la suite, mais un Iran disposant d’armes nucléaires sera une menace fatale pour Israël.
Dans un cas de figure plus immédiat et réaliste, si l’Iran se dote d’un dispositif nucléaire et se retrouve ensuite confronté à une frappe massive israélienne ou américaine, le calcul de la patience stratégique de la Russie s’en trouvera également modifié.
Une riposte nucléaire iranienne avérée — même si elle échouait — briserait le tabou mondial du nucléaire et fournirait à Moscou un précédent pour son propre recours limité à l’arme nucléaire. Les deux théâtres d’opérations, actuellement distincts, fusionneraient en un seul système d’escalade nucléaire interconnecté. Ce système d’escalade verra d’autres acteurs comme la Corée du Nord, lié par un pacte de défense mutuelle et le sang de 2600 militaires nord-coréens tombés les armes à la main à Koursk avec la Russie, possiblement entrer dans la partie ultime.
Conclusion : la matrice des probabilités
Un conflit nucléaire « limité » est-il probable dans l’un des deux théâtres de guerre ou les deux ? En termes absolus, non. Les tabous structurels restent très forts. Sauf pour Israël dont les dirigeants sont irrationnels et totalement psychotiques (ils sont capables d’utiliser l’arme nucléaire contre leurs alliés US et européens-l’option Samson)
Cependant, les conditions propices à un possible échange nucléaire sont activement mises en place devant nos yeux.
Nous avons donc un schéma opérationnel :
Ukraine : une catastrophe radiologique accidentelle dans une centrale nucléaire, ou une attaque majeure contre une infrastructure énergétique russe présentée comme une menace existentielle. Probabilité : faible, mais croissante à mesure que la campagne de désinformation et de frappes de drones sape le sentiment de sécurité stratégique de la Russie.
Iran : L’Iran se dotera de l’arme nucléaire si le régime survit à la campagne meurtrière en cours — et il s’emploie activement à assurer sa survie suffisamment longtemps pour y parvenir. Le caractère inévitable de cette acquisition rend paradoxalement un échange nucléaire limité plus probable, et non moins probable, car Israël et les États-Unis sont confrontés au choix de frapper avant que l’arme ne soit entièrement assemblée ou d’apprendre à vivre avec un Iran nucléaire. La frappe contre Natanz a accéléré, et non retardé, ce moment décisif.
Nous sommes donc en train d’assister à la mise en place d’une architecture et d’un terrain favorisant l’utilisation inévitable d’armes nucleaires lors du prochain conflit.
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Suite à la partie précédente où nous avons tenté d’évaluer le risque réaliste d’un échange nucléaire en Eurasie, nous abordons dans cette partie l’évaluation du même risque dans la région du Levant et Moyen-Orient face à un Iran non nucléaire mais qui perçoit désormais la bombe moins comme un gage de survie que comme une cause sacrée.
Nous devons faire face au bouleversement le plus important du paysage stratégique au Moyen-Orient depuis la révolution de 1979. La campagne d’assassinats qui a culminé avec la frappe de Natanz le 24 avril 2026 a radicalement modifié les calculs de l’Iran en matière nucléaire. Pendant des décennies, le débat au sein des services de renseignement occidentaux s’est concentré sur les intentions : l’Iran voulait-il la bombe, ou simplement la capacité de la fabriquer rapidement ? Ce débat est désormais caduc et le dossier clos.
L’élimination coordonnée de hauts commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de scientifiques nucléaires au sein de la principale installation d’enrichissement d’Iran a transformé le programme nucléaire, qui est passé d’un simple atout de négociation à un mécanisme de survie existentiel.
Le discours du Téhéran à l’intention de son public national a évolué, passant de « l’indépendance énergétique nucléaire dans le domaine civil» à « l’arme nucléaire comme bouclier contre l’anéantissement ».
Il ne s’agit pas là de rhétorique ; cela reflète une logique stratégique implacable. Un Iran dépourvu de dissuasion nucléaire crédible est, aux yeux des Gardiens de la révolution, un Iran voué à un changement de régime — démantelé par des assassinats, des sabotages et, en fin de compte, une invasion. Cet aspect est très important dans la compréhension des mécanismes de prise de décision actuel en Iran.
Les dirigeants religieux, longtemps hostiles à l’arme nucléaire car « haram » (illicite ou un péché du point de vue religieux) ont vu ce qu’il est advenu de Saddam Hussein d’Irak et de Mouammar Kadhafi de Libye, qui ont tous deux renoncé à leurs programmes d’armement avant d’être anéantis par une intervention militaire extérieure. La leçon a été bien comprise : le désarmement équivaut à une condamnation à mort.
Le système politique iranien a désormais assimilé la survie de la République islamique à la mise au point effective d’une arme nucléaire opérationnelle. Il ne s’agit plus d’une « cause sacrée » superposée à un programme politique, mais de la seule et unique voie vers la survie du régime. Il n’y a aucune autre alternative viable hors du nucléaire militaire. Cette transformation a des implications profondes sur l’escalade. Un État qui considère les armes nucléaires comme sa seule police d’assurance-vie ne se laissera pas dissuader par des menaces conventionnelles, ni même par des frappes limitées sur son territoire.
Cette vision est d’autant plus que l’Iran fait face aux États-Unis, une puissance nucléaire majeure ayant acquis cette arme ultime dans les années 1940 et l’a utilisé au combat ainsi qu’Israël, un État dirigé par des fous furieux psychopathes se prétendant ouvertement être les descendants des Zélotes, tueurs fanatiques fous furieux et de tous les Sicarii, ancêtres du terrorisme militant et nihiliste. Les pays qui les ont aidé à acquérir l’arme nucléaire auraient dû se retrouver au ban des nations.
Les sanctions, le sabotage et les assassinats ciblés ne jouent pas un rôle dissuasif, mais agissent au contraire comme des catalyseurs, renforçant l’idée selon laquelle seule une bombe peut garantir la sécurité. Le délai nécessaire à la mise au point d’une arme nucléaire ne se mesure plus à partir d’un point zéro. Même avec les perturbations subies à Natanz, l’Iran conserve l’expertise technique, les stocks de matières enrichies et, surtout, la volonté politique inébranlable de se reconstituer rapidement.
Les analyses occidentales reconnaissent que l’Iran est capable de produire, en quelques semaines, suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer un engin explosif, même si la transformation en arme et la miniaturisation nécessaires à la fabrication d’une ogive prendraient beaucoup plus de temps. Mais un État qui lutte pour sa survie contre des puissances déterminées à le détruire par tous les moyens possibles, préférera un engin rudimentaire mais capable de faire ses preuves à un arsenal sophistiqué.
C’est là que réside le paradoxe de l’inévitabilité. La campagne aérienne US/Israël même qui visait à retarder la capacité nucléaire de l’Iran – la frappe sur Natanz, les assassinats des responsables et des scientifiques – a rendu inévitable l’acquisition de la bombe atomique par l’Iran.
Il ne s’agit nullement ici d’une prédiction analytique, mais d’une conclusion rationnelle fondée sur l’instinct de survie du système iranien. La question n’est plus de savoir si l’Iran se dotera d’armes nucléaires, mais dans quelles conditions et avec quelles conséquences.
Un Iran doté de l’arme nucléaire, même d’un dispositif rudimentaire, modifie fondamentalement la donne de toute future offensive aérienne américano-israélienne, même si celle-ci adopte de nouveaux systèmes d’armes comme des missiles hypersoniques ou de nouveaux algorithmes de guerre électronique. Chaque frappe conventionnelle doit désormais être calibrée en fonction du risque — aussi infime soit-il — que l’État cible dispose d’une option nucléaire qu’il pourrait utiliser en dernier recours. Il ne s’agit pas d’une destruction mutuelle assurée ; c’est une dissuasion unilatérale et désespérée qui transforme Téhéran d’un État en phase de transition, susceptible d’encaisser des représailles, en un acteur nucléaire qui doit être traité avec la prudence réservée aux grandes puissances.
C’est actuellement l’objectif numéro 1 de l’Iran.
Les répercussions régionales sont considérables. Un Iran doté de l’arme nucléaire déclenchera une réaction en chaîne immédiate : l’Arabie saoudite a depuis longtemps clairement indiqué qu’elle s’alignerait sur les capacités de l’Iran, et le président turc Erdoğan s’est ouvertement demandé pourquoi son pays devrait rester non nucléaire alors que d’autres pays de la région, dans une allusion directe à Israël, s’arment.
Le point de convergence des deux fronts
Le scénario le plus explosif se dessine lorsque l’on superpose les deux théâtres d’opérations.
La Russie, confrontée à une campagne aérienne occidentale fantôme visant son cœur énergétique, pourrait finir par perdre patience et frapper avec le marteau nucléaire.
L’Iran, confronté à une offensive aérienne qui a dépassé tous les seuils précédents, se précipite vers une force de dissuasion capable d’assurer sa survie.
Ces deux États ne sont pas des alliés officiels au sein d’un pacte de défense collective de type OTAN, mais ils agissent de manière de plus en plus coordonnée pour s’opposer à l’ordre mondial dirigé par les États-Unis.
Il serait intéressant de ce point de vue de savoir si la Russie, poussée au bout du désespoir dans un scénario pessimiste, pourrait livrer des armes nucléaires à un Iran très combatif mais dépourvu de moyens de défense. Ce scénario verra naturellement l’Ukraine dotée de l’arme nucléaire par la France et les États-Unis avec des conséquences catastrophiques par la suite, mais un Iran disposant d’armes nucléaires sera une menace fatale pour Israël.
Dans un cas de figure plus immédiat et réaliste, si l’Iran se dote d’un dispositif nucléaire et se retrouve ensuite confronté à une frappe massive israélienne ou américaine, le calcul de la patience stratégique de la Russie s’en trouvera également modifié.
Une riposte nucléaire iranienne avérée — même si elle échouait — briserait le tabou mondial du nucléaire et fournirait à Moscou un précédent pour son propre recours limité à l’arme nucléaire. Les deux théâtres d’opérations, actuellement distincts, fusionneraient en un seul système d’escalade nucléaire interconnecté. Ce système d’escalade verra d’autres acteurs comme la Corée du Nord, lié par un pacte de défense mutuelle et le sang de 2600 militaires nord-coréens tombés les armes à la main à Koursk avec la Russie, possiblement entrer dans la partie ultime.
Conclusion : la matrice des probabilités
Un conflit nucléaire « limité » est-il probable dans l’un des deux théâtres de guerre ou les deux ? En termes absolus, non. Les tabous structurels restent très forts. Sauf pour Israël dont les dirigeants sont irrationnels et totalement psychotiques (ils sont capables d’utiliser l’arme nucléaire contre leurs alliés US et européens-l’option Samson)
Cependant, les conditions propices à un possible échange nucléaire sont activement mises en place devant nos yeux.
Nous avons donc un schéma opérationnel :
Ukraine : une catastrophe radiologique accidentelle dans une centrale nucléaire, ou une attaque majeure contre une infrastructure énergétique russe présentée comme une menace existentielle. Probabilité : faible, mais croissante à mesure que la campagne de désinformation et de frappes de drones sape le sentiment de sécurité stratégique de la Russie.
Iran : L’Iran se dotera de l’arme nucléaire si le régime survit à la campagne meurtrière en cours — et il s’emploie activement à assurer sa survie suffisamment longtemps pour y parvenir. Le caractère inévitable de cette acquisition rend paradoxalement un échange nucléaire limité plus probable, et non moins probable, car Israël et les États-Unis sont confrontés au choix de frapper avant que l’arme ne soit entièrement assemblée ou d’apprendre à vivre avec un Iran nucléaire. La frappe contre Natanz a accéléré, et non retardé, ce moment décisif.
Nous sommes donc en train d’assister à la mise en place d’une architecture et d’un terrain favorisant l’utilisation inévitable d’armes nucléaires lors du prochain conflit.