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Moon Of Alabama

Il devient chaque jour plus difficile de couvrir la guerre actuelle contre l’Iran. Les déclarations officielles et les lignes d’action des États-Unis changent d’heure en heure, sans aucune cohérence.

L’opération « Project Freedom », c’est-à-dire la protection américaine des navires quittant le golfe Persique, a été annoncée dimanche. Elle avait déjà échoué lundi. Elle a été promue (vidéo) mardi par le secrétaire aux crimes de guerre Pete Hegseth et le secrétaire d’État Marco Rubio, pour être abandonnée, à peine cinq heures plus tard, par le président Trump.

Le but de ce « projet » était peut-être d’obtenir un avantage dans les négociations. Après que l’Iran eut contré ce stratagème, il a été immédiatement abandonné.

La principale nouvelle de la journée jusqu’à présent a été une nouvelle manœuvre sur le marché pétrolier lancée par la Maison Blanche.

Le journaliste d’Axios Barak Ravid, un agent des services de renseignement israéliens et de la Maison Blanche qui avait annoncé les sept derniers accords de paix (qui n’aboutirent à rien) avec l’Iran, en a promu un autre :

La Maison Blanche estime qu’elle est sur le point de conclure un accord avec l’Iran sur un protocole d’accord d’une page visant à mettre fin à la guerre et à établir un cadre pour des négociations nucléaires plus détaillées, selon deux responsables américains et deux autres sources informées de la question.

Contexte : Les États-Unis attendent les réponses de l’Iran sur plusieurs points clés dans les 48 prochaines heures. Rien n’a encore été convenu, mais les sources ont indiqué que les parties n’avaient jamais été aussi proches d’un accord depuis le début de la guerre.

Entre autres dispositions, l’accord impliquerait que l’Iran s’engage à un moratoire sur l’enrichissement nucléaire, que les États-Unis acceptent de lever leurs sanctions et de débloquer des milliards de dollars de fonds iraniens gelés, et que les deux parties lèvent les restrictions concernant le transit par le détroit d’Ormuz.

Bon nombre des conditions énoncées dans la note dépendraient de la conclusion d’un accord final, laissant planer la possibilité d’une reprise de la guerre ou d’une prolongation de l’incertitude, où la guerre ouverte aurait cessé mais où rien ne serait véritablement résolu.

Il est bien sûr risible de penser que l’Iran accepterait un simple gribouillage d’une page non contraignant émanant de la Maison Blanche. Pourtant, les contrats à terme sur le pétrole ont chuté dès l’ouverture des marchés.

Cette « nouvelle » était manifestement une nouvelle tentative des initiés de la Maison Blanche pour escroquer les marchés :

D’après notre analyse, environ 920 millions de dollars de positions courtes sur le pétrole brut ont été prises 70 minutes avant qu’un article d’Axios n’affirme que les États-Unis et l’Iran étaient sur le point de conclure un accord en « 14 points » pour mettre fin à la guerre.

À 3 h 40 (heure de l’Est) aujourd’hui, près de 10 000 contrats de vente à découvert sur le pétrole brut ont été passés sans aucune nouvelle majeure.

Cela équivaut à environ 920 millions de dollars en valeur notionnelle, un volume de transactions inhabituellement important pour 3 h 40 (heure de l’Est).

À 4 h 50 (heure de l’Est), à peine 70 minutes plus tard, Axios a rapporté que les États-Unis étaient « proches » d’un « protocole d’accord » visant à mettre fin à la guerre avec l’Iran.

À 7 h 00 (heure de l’Est), les prix du pétrole avaient chuté de plus de 12 %, ces positions courtes sur le pétrole brut ayant généré un gain d’environ 125 millions de dollars.

Le professeur Mohammad Marandi, porte-parole officieux de Téhéran, a dénoncé (vidéo) cette « nouvelle » comme étant une absurdité.

La dernière tentative américaine de prendre le contrôle du détroit ayant échoué, l’Iran a annoncé la création de sa nouvelle Autorité du détroit du golfe Persique et ses conditions pour le passage des navires dans le détroit d’Ormuz :

Les navires souhaitant traverser le détroit d’Ormuz doivent envoyer un e-mail à info@PGSA.ir.

Les points les plus importants pris en compte dans le mécanisme de transit :

1) Priorité au paiement en monnaie nationale iranienne

2) Émission de garanties auprès de banques iraniennes

3) Si un pays a causé des dommages à l’Iran lors de la récente guerre, il doit d’abord payer les dommages-intérêts avant d’obtenir un permis de passage. Les pays qui ont sanctionné l’Iran ou bloqué ses fonds ne sont pas autorisés à passer.

4) Le nom correct « Golfe Persique » doit figurer sur tous les documents.

5) Le non-respect des dispositions ci-dessus entraînera la saisie et une amende équivalente à 20 % de la valeur de la cargaison.

Par ailleurs, le Washington Post a révélé que les dégâts causés par l’Iran aux installations américaines dans le Golfe étaient bien plus importants que ce que les États-Unis avaient admis.

L’Iran a frappé bien plus de sites militaires américains que ce qui a été rapporté, comme le montrent des images satellites (archivées) – Washington Post

Des images publiées par des médias affiliés à l’État iranien et vérifiées par le Post montrent des dégâts sur au moins 228 structures ou équipements sur des sites militaires américains.

Les frappes aériennes iraniennes ont endommagé ou détruit au moins 228 structures ou équipements sur des sites militaires américains à travers le Moyen-Orient depuis le début de la guerre, touchant des hangars, des casernes, des dépôts de carburant, des avions et des équipements clés de radar, de communication et de défense aérienne, selon une analyse des images satellites réalisée par le Washington Post. L’ampleur des destructions est bien plus importante que ce qui a été publiquement reconnu par le gouvernement américain ou rapporté précédemment.

Il n’est pas étonnant que les États du Golfe aient perdu confiance dans la protection américaine. Comme le rapporte le Wall Street Journal, dont le correspondant réside à Dubaï (archivé) :

Depuis le début de la guerre, le 28 février, les dirigeants iraniens n’ont cessé de répéter une phrase attribuée à l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, selon laquelle « ceux qui s’enveloppent de l’Amérique sont nus ». Aux Émirats arabes unis et dans les autres monarchies du Golfe, après que Téhéran a repris lundi ses frappes de missiles et de drones, on estime que Moubarak avait peut-être raison, selon des diplomates et des analystes.

L’Iran a frappé le seul port d’exportation de pétrole en activité des Émirats arabes unis, Fujaïrah, provoquant un incendie et blessant trois personnes, et a tiré des missiles balistiques et de croisière sur d’autres cibles émiraties. Au total, les attaques ont mobilisé 15 missiles et quatre drones.

Trump a qualifié l’attaque de mineure, bien qu’elle ait perturbé le trafic aérien et contraint le gouvernement des Émirats arabes unis à fermer les écoles pour le reste de la semaine.

Mardi, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré que, du point de vue de Washington, « le cessez-le-feu tient certainement ».

La crainte parmi les gouvernements amis en Europe et en Asie est que Trump — tout comme avec les Émirats arabes unis — puisse choisir de la même manière d’ignorer des attaques sur leur propre territoire par la Russie, la Chine ou la Corée du Nord, si cela lui convient.

À long terme, cette attitude soulève la question de savoir si les bases américaines à travers le monde constituent un atout en matière de sécurité — ou un handicap — pour les pays hôtes.

« Si vous pensiez acheter la loyauté américaine, vous allez désormais penser que tout ce qu’une base américaine fait, c’est faire de moi une cible, alors que les États-Unis sont tout aussi susceptibles de me trahir », a déclaré le maréchal de l’air à la retraite Edward Stringer, ancien chef des opérations au ministère britannique de la Défense.

Trump, bien sûr, n’avait d’autre choix que de rester les bras croisés. Une nouvelle campagne de bombardements contre l’Iran causerait bien plus de dégâts aux États du Golfe et à l’économie mondiale que ce qui est déjà prévu.

Si la guerre actuelle a un aspect positif, c’est celui-ci : la souveraineté externalisée est une grande illusion. Quiconque se berçait de l’illusion que les États-Unis défendraient quoi que ce soit qui ne soit pas dans leur intérêt immédiat devra redescendre sur terre. Il n’y a aucun avantage à avoir les États-Unis comme « ami ». Les bases américaines dans un pays ne sont rien d’autre que des cibles potentielles.

Au cours des prochaines années, les États arabes du Golfe en tireront les conséquences.

On espère que les vassaux européens des États-Unis parviendront à des conclusions similaires.

MOA