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Des avions cargo de l’armée de l’air russe ont été repérés sur ce qui semble être une route d’évacuation ou d’extraction reliant Mogadiscio, en Somalie, à l’aéroport international de Sharjah, aux Émirats Arabes Unis.

La nature de la cargaison demeure inconnue, mais le moment choisi pour ces vols est particulièrement intrigant vu le contexte hautement volatile dans l’arc de crise Corne de l’Afrique-Golfe Persique.

Il ne s’agit pas là de mouvements isolés. Des sources d’information ouvertes confirment que ces mêmes appareils, impliqués dans les vols d’aujourd’hui, avaient déjà effectué un trajet similaire en février 2026 : ils avaient décollé des Émirats Arabes Unis pour se rendre à Moscou, puis à Djibouti. Cette activité s’est produite quelques heures seulement avant que les États-Unis et Israël ne lancent, le 28 février 2026, des frappes aériennes et aéros balistiques conjointes à grande échelle contre des installations nucléaires et navales iraniennes.

Sharjah, soupçonnée depuis longtemps d’être une plaque tournante discrète pour la logistique paramilitaire russe, fait office de zone grise surveillée par l’OTAN où les cargaisons militaires peuvent se fondre dans l’un des aéroports de transbordement les plus fréquentés de la planète. Le délicat exercice d’équilibre des Émirats Arabes Unis — qui consistent à entretenir des relations à la fois avec Washington et Moscou — offre une couverture politique idéale pour ce type de mouvements.

L’erreur des analyses dominantes réside dans le fait qu’elles considèrent la Corne de l’Afrique comme un élément secondaire de la crise iranienne. En réalité, la manœuvre de Moscou en mer Rouge et dans le golfe d’Aden constitue un des éléments d’une stratégie assez vague et méconnue dans cette région du monde. Le contexte est essentiel. La Russie cherche désespérément – et discrètement – à établir une présence navale permanente en mer Rouge. L’accord tant attendu concernant une base logistique à Port-Soudan, qui devait accueillir des sous-marins nucléaires russes et une garnison de 300 hommes, a été reporté sine die en raison de la terrible guerre civile soudanaise en cours. Face à l’impasse à Port-Soudan, Moscou s’est adaptée. Ce recentrage sur Mogadiscio est la pièce du puzzle qui échappe à la plupart des analystes.

Des câbles diplomatiques divulgués et des informations en source ouverte régionales laissent entendre que la Russie a considérablement renforcé ses garanties de sécurité envers les Forces armées soudanaises (SAF), en leur proposant des « armes et munitions vitales » en échange d’un accès futur à la mer Rouge.

Les combats acharnés au Soudan entravent cette ratification et c’est la raison pour laquelle la Somalie – capitale d’un État fragile mais farouchement anti-éthiopien dans son alignement politique actuel – offre un point d’ancrage aux conseillers du l’Africa Corps russe pour opérer à un peu plus de 2 400 km du détroit d’Hormuz.

S’il s’agissait simplement d’un retrait dû à l’effondrement de certaines positions russes au Mali, où la coalition du Front de Libération de l’Azawad et du JNIM a pris d’assaut la base de Kidal le mois dernier dans le cadre de la guerre civile malienne, la destination ne serait pas Sharjah, aux Émirats Arabes Unis. On ne fuit pas l’Afrique pour se réfugier dans un point de transit du Golfe Persique à moins de rester sur place.

Comment interpréter ces données?

Les vols du 15 mai 2026 correspondent à l’un des trois scénarios suivants :

Le premier scénario est relatif au changement de la nature du conflit en Iran. Ce conflit entre dans une phase d’insurrection prolongée, la Russie procède au roulement de ses équipes de liaison Spetsnaz ou de ses unités de renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) du GRU en Iran, mais au lieu de renvoyer ces équipes en Russie, elle les déploie progressivement dans la Corne de l’Afrique afin de surveiller les points d’étranglement de la mer Rouge.

La seconde explication qui rejoint le premier scénario pourrait être liée à l’établissement d’un poste avancé en Somalie. Cependant cela requiert une situation où la Russie pourrait peser sur un éventuel verrouillage du détroit stratégique de Bab-El-Mendeb par les Houthis du Yémen. Ce qui n’est pas le cas actuellement vu que Ansar Allah du Yémen, bien que soutenant l’Iran, n’a pas bougé en raison d’un possible accord secret avec l’Arabie Saoudite (laquelle veille à sauvegarder ses intérêts, garder intactes ses relations privilégiées avec Washington mais ne pas se laisser entraîner dans un conflit avec l’Iran) et la surveillance totale de la région par les États-Unis et leurs alliés.

La troisième hypothèse est celle d’une route d’exflitration russe alternative en cas d’échec stratégique dans la région.

La mise en place d’un axe Mogadiscio-Sharjah s’inscrit dans une stratégie de contournement opérationnelle. Si la Russie ne peut pas encore faire escale avec ses sous-marins nucléaires à Port-Soudan, elle a besoin de se voir garantir des droits de survol pour ses avions de patrouille maritime à longue portée. Les mouvements observés aujourd’hui prouvent que les Émirats Arabes Unis restent un facilitateur, et que la Somalie est une nouvelle base arrière pour presque tout le monde.

Cette situation est énigmatique mais révèle une stratégie parallèle russe en Afrique, laquelle est loin de rivaliser avec celle des États-Unis mais qui existe et évolue tant bien que mal dans un contexte difficile marqué par une guerre de plus de quatre ans en Europe orientale et une reconfiguration géostratégique mondiale induite par le rôle de plus en plus décisif des géants technologiques US dans la conduite des guerres contemporaines.

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