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Il y a 15 ans, les alliés occidentaux ont réussi à consolider le JCPOA, mais depuis lors, ils ont tout fait pour entraver le processus

Eldar Mamedov

Lorsque le président Donald Trump a annoncé un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran, il l’a fait après avoir passé des appels à plusieurs pays de la région : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, la Turquie, le Pakistan, l’Égypte, la Jordanie et – séparément – Israël. Aucune capitale européenne ne figurait sur la liste des appels.

Comme l’a fait remarquer Trita Parsi, directreur exécutive du Quincy Institute, « l’absence quasi totale de l’Europe dans ce processus est frappante — bien qu’elle ne soit guère problématique. À ce stade, l’irrélevance diplomatique de l’Europe dans les grandes négociations au Moyen-Orient est devenue si banale que son exclusion passe presque inaperçue. »

Pourtant, cette absence et ses implications méritent d’être examinées de plus près. Comment l’Europe est-elle passée d’un rôle de premier plan dans la diplomatie avec l’Iran – qui a abouti à l’accord nucléaire connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA) en 2015 – à ce niveau d’insignifiance dix ans plus tard ?

Objectivement, certains facteurs échappent au contrôle des Européens. D’une part, l’antipathie de Trump envers les dirigeants européens est bien connue. Et ce sentiment est réciproque.

Il existe pourtant une autre raison, plus profonde : à sa manière imprévisible, Trump souhaite pacifier le Moyen-Orient et s’en attribuer l’entière mérite. C’est probablement pour cette raison qu’il défend sa proposition improbable visant à ce que tous les pays de la grande région – de l’Arabie saoudite au Pakistan – adhèrent aux Accords d’Abraham. Partager ce trophée diplomatique avec Bruxelles, Berlin ou Londres risquerait sans doute de minimiser son exploit.

Viennent ensuite les acteurs régionaux eux-mêmes. Pour les pays du golfe Persique ainsi que pour l’Égypte, la Turquie et le Pakistan, les enjeux d’une guerre prolongée contre l’Iran sont véritablement existentiels. Comme la guerre l’a déjà montré, ils se trouvent facilement à portée des missiles iraniens. Une reprise et une exacerbation des hostilités risqueraient d’entraîner un effondrement économique, en particulier dans les États du Golfe. Une implosion de l’État iranien déstabiliserait les frontières, provoquerait une migration incontrôlée et déclencherait des conflits ethniques et sectaires à l’échelle régionale.

Les conséquences pour l’Europe seraient également importantes : la hausse des prix de l’énergie et de l’inflation font que l’Union européenne perd déjà 500 millions d’euros par jour, selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Mais il ne s’agit pas d’une question de vie ou de mort au même titre que pour les voisins de l’Iran.

Cette asymétrie des enjeux explique pourquoi les pays du Golfe, le Pakistan, la Turquie et l’Égypte se sont engagés de manière proactive en faveur de la diplomatie et de la désescalade. Et le fait que Trump dialogue avec eux contribuerait à ancrer un éventuel nouvel accord avec l’Iran au niveau régional. Cela éliminerait définitivement l’un des principaux griefs de certains voisins de l’Iran, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, concernant l’accord initial de 2015 conclu par l’ancien président Barack Obama, qui ne traitait que du dossier nucléaire.

Pourtant, tout attribuer à la vanité de Trump et à la diplomatie régionale reviendrait à passer à côté d’une réalité plus complexe. Après tout, la situation géographique n’était pas différente en 2015 lorsque l’E3 (Royaume-Uni, France et Allemagne), en collaboration avec le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, a ouvert la voie au JCPOA. En 2026, l’exclusion de l’Europe n’a pas seulement été imposée de l’extérieur. Elle a été méritée de l’intérieur – en gaspillant tout le poids dont l’Europe disposait auprès de l’Iran.

Premièrement, après le retrait de Trump du JCPOA au cours de son premier mandat en 2018, l’Europe a lancé INSTEX, un mécanisme commercial destiné à contourner les sanctions secondaires américaines contre l’Iran. Mais cela n’a jamais fonctionné, et l’Iran en a donc conclu que l’Europe ferait semblant de résister mais finirait par se plier aux souhaits de Washington. La confiance de l’Iran envers l’Europe a été ébranlée.

Deuxièmement, en 2025, l’E3 a déclenché le rétablissement par le Conseil de sécurité des Nations unies des sanctions liées au nucléaire contre l’Iran, alors même que la Russie et la Chine insistaient sur le fait que la marge de manœuvre diplomatique n’était pas épuisée et que Téhéran avait lui-même proposé de nouvelles concessions qui excluraient toute militarisation. Téhéran en a pris bonne note : l’Europe avait clairement cessé d’être un médiateur impartial et était devenue un simple auxiliaire des États-Unis.

Troisièmement, et c’est le plus déterminant, la guerre en Ukraine a bouleversé toute la vision du monde de l’Europe. Après 2022, Bruxelles s’est engagée sur une voie géopolitique qui divise le monde en amis et ennemis sur la seule base de leur position vis-à-vis de la Russie. L’Iran – qui a fourni des drones à Moscou – a été rapidement placé dans le camp ennemi.

Au lendemain de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, des dirigeants européens tels que von der Leyen et le chancelier allemand Friedrich Merz ont apporté leur soutien sans réserve à l’objectif initial de changement de régime. À Bruxelles, la seule stratégie était l’unité transatlantique contre le prétendu axe Russie-Iran.

Rien de tout cela ne vise à excuser le rôle joué par les choix de Téhéran ces dernières années, qui ont sapé ses relations avec l’Europe. Les transferts de drones de l’Iran vers la Russie ont été réels, destructeurs et ont été condamnés à juste titre. Mais la relation de cause à effet va dans les deux sens. Ayant vu l’Europe manquer à ses engagements dans le cadre du JCPOA et se rallier de plus en plus à la ligne américano-israélienne sur son programme nucléaire, ses missiles balistiques et ses politiques régionales, Téhéran a conclu qu’il n’avait rien à gagner de l’Europe.

Moscou, en revanche, a apporté son aide pour contourner les sanctions, fournir une technologie militaire et offrir une couverture géopolitique. L’Iran s’est effectivement rapproché de la Russie, et c’est avant tout la responsabilité de Téhéran, mais l’Europe a contribué à le pousser dans cette direction.

Aujourd’hui, l’UE double la mise. En réaction à l’annonce par Trump d’un accord possible, von der Leyen a formulé des exigences à l’égard de l’Iran : « L’Iran ne doit pas être autorisé à développer une arme nucléaire » (ignorant les tentatives répétées de Téhéran de négocier un accord qui garantirait précisément ce résultat). Il doit également, a-t-elle déclaré, mettre fin à ses « actions déstabilisatrices » dans la région, ainsi qu’à ses « attaques répétées et injustifiées contre ses voisins » (ignorant le fait que ce sont les États-Unis et Israël qui ont en réalité déclenché la guerre et que la première riposte de l’Iran a consisté à cibler des installations militaires américaines dans les États voisins).

Comme l’a déclaré le député européen belge Marc Botenga, « nous avons besoin d’une Europe qui dise : les États-Unis doivent mettre fin à leurs actes d’agression illégaux ».

La perception de la faiblesse de l’UE a été encore soulignée par la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas. Lors d’une session du Parlement européen, elle a déclaré que l’UE n’avait pas de stratégie sur le Moyen-Orient car « il se passe trop de choses » et que « beaucoup dépendra de la façon dont la guerre se terminera » — comme si l’Europe n’était qu’un observateur passif, incapable d’influencer de quelque manière que ce soit le déroulement, et encore moins l’issue, de la guerre. Ses propos contrastaient fortement avec ceux de ses prédécesseurs, Federica Mogherini, Catherine Ashton et Javier Solana, qui ont tous joué un rôle crucial dans la diplomatie avec l’Iran depuis le début des années 2000.

En effet, comparons les politiques européennes d’aujourd’hui à celles de 2003. À l’époque, la France et l’Allemagne s’étaient ouvertement et avec éloquence opposées à l’invasion américaine de l’Irak. Elles n’ont pas réussi à l’empêcher, en grande partie à cause de Tony Blair, alors Premier ministre britannique, mais elles ont au moins fait preuve d’indépendance stratégique. Aujourd’hui, seul le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a manifesté une opposition cohérente et de principe à la guerre contre l’Iran, tandis que la plupart des autres dirigeants européens ont offert un spectacle embarrassant de silence, d’hésitation et de revirements. Mais Sánchez ne dirige qu’un seul État membre de l’UE et ne peut s’exprimer au nom de l’ensemble du bloc.

Ayant perdu toute influence pour mettre fin à la guerre, l’UE peut encore jouer un rôle constructif dans la phase d’après-guerre, si et quand Trump parviendra effectivement à conclure un accord avec l’Iran. Comme me l’a confié un praticien expérimenté de la diplomatie régionale de type « Track II » qui a souhaité rester anonyme, les pays du Golfe accueilleraient favorablement un tel rôle, notamment en raison de l’expertise de l’UE en matière de protection de l’environnement et de reconstruction des infrastructures essentielles pour l’énergie, l’eau et le dessalement. Téhéran pourrait également être intéressé par des investissements européens dans la reconstruction.

Ce type d’engagement n’est pas de la naïveté bien-pensante. C’est une manière pragmatique et réaliste de regagner en influence et en respect en misant sur les atouts traditionnels de l’UE, plutôt qu’en adoptant une approche militarisée et géopolitiquement manichéenne à laquelle elle n’est pas adaptée. En d’autres termes, l’UE a besoin de plus de Sanchez, et de moins de von der Leyen et Kallas.

Eldar Mamedov est un expert en politique étrangère basé à Bruxelles et chercheur associé au Quincy Institute.