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Des responsables ont déclaré à MEE que l’administration Trump en voulait à Oman depuis des mois, mais que ce pays jouait un rôle clé dans les ambitions de l’Iran

Par Sean Mathews

Le président américain Donald Trump a menacé mercredi d’attaquer Oman, révélant ainsi ce que plusieurs responsables américains ont confié à Middle East Eye : la frustration de l’administration vis-à-vis de Mascate dans le contexte de la guerre contre l’Iran.

Trump a déclaré vouloir “faire sauter” Oman s’il accepte de collaborer avec l’Iran pour imposer des droits de passage aux navires transitant par le détroit d’Ormuz dans le cadre d’un accord visant à mettre fin à la guerre américano-israélienne contre la République islamique.

“Le détroit sera ouvert à tous. Personne ne le contrôlera… ce sont des eaux internationales”, a déclaré Trump.

“Oman se comportera comme tout le monde, ou nous devrons le faire sauter”, a-t-il ajouté.

L’Iran fait pression pour faire valoir son droit d’imposer un péage dans le détroit d’Ormuz comme condition de tout accord visant à mettre fin à la guerre.

La position d’Oman sur le détroit d’Ormuz est cruciale car, avec l’Iran, c’est le seul pays à bénéficier d’eaux territoriales dans cette zone.

Pourquoi Oman est essentiel pour les ambitions d’Iran en matière de péage

Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), les États peuvent revendiquer jusqu’à 12 milles marins pour leurs eaux territoriales. Le détroit d’Ormuz ne dépasse pas 21 milles marins à son point le plus étroit.

Les pays dont les côtes bordent des détroits internationaux n’ont pas le droit de restreindre le transit dans leurs eaux territoriales ni de percevoir de péages.

Mais des experts juridiques indiquent à MEE qu’il existe de nombreux exemples que l’Iran pourrait invoquer, allant des “frais de pilotage” aux “frais de service”, pour faire payer les navires si Oman coopère.

L’ambassadeur iranien en France, Mohammad Amin-Nejad, a déclaré à Bloomberg au début du mois que les deux pays travaillent à la mise en œuvre d’un plan permettant de mettre fin à la guerre.

Les États-Unis ne sont pas signataires de la CNUDM.

Colère des États-Unis face aux commentaires d’Oman sur la guerre

Oman se positionne depuis longtemps comme un médiateur régional.

Il était le principal interlocuteur entre les États-Unis et l’Iran avant qu’Israël n’attaque la République islamique en juin 2025 aux côtés des États-Unis. Cette attaque a eu lieu alors même que des négociations entre les États-Unis et l’Iran devaient se tenir à Oman.

Mascate a tenté de servir de médiateur entre les deux parties une seconde fois avant l’attaque américano-israélienne du 28 février contre l’Iran qui a déclenché la guerre.

Oman joue généralement un rôle plus discret que ses voisins du Golfe, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cependant, à la veille de l’attaque américano-israélienne, le ministre omanais des Affaires étrangères, Sayyid Badr bin Hamad Albusaidi, a lancé un appel public urgent sur CBS News pour réclamer plus de temps pour les négociations.

En mars, Albusaidi a rédigé un article d’opinion dans The Economist dans lequel il avertit les États-Unis qu’ils mettent leur crédibilité dans la région en péril en poursuivant la guerre aux côtés d’Israël.

“Les États-Unis ont perdu le contrôle de leur propre politique étrangère”, a-t-il écrit.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux en mars, Albusaidi a contredit la justification de la guerre avancée par l’administration Trump, qui qualifiait l’Iran de menace imminente pour les États-Unis et leurs alliés.

“Quelle que soit votre opinion sur l’Iran, cette guerre n’est pas de son fait”, a écrit Albusaidi.

Plusieurs responsables américains ont déclaré à MEE depuis des mois que l’administration Trump est frustrée par le message d’Oman sur la guerre.

MEE a été le premier à révéler que l’Arabie saoudite a accordé aux États-Unis un accès privilégié, des droits de stationnement et de survol au plus fort de la guerre. Reuters et d’autres médias ont ensuite rapporté que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont joints aux États-Unis pour mener des frappes contre l’Iran.

Des liens remontant à 1790

Les États-Unis ne disposent pas de bases permanentes à Oman, contrairement à celles qu’ils possèdent au Qatar, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite. Cependant, la marine américaine a conclu un accord garantissant un accès régulier au port de Duqm, sur la côte sud d’Oman.

Oman semble désormais avoir pris du recul dans les négociations. Le pays ne dispose ni des moyens financiers considérables du Qatar ni de la puissance militaire du Pakistan, deux pays qui ont joué un rôle public dans la médiation.

Depuis des décennies, Oman entretient d’excellentes relations avec les États-Unis et des liens diplomatiques ouverts avec l’Iran.

Le statut unique d’Oman remonte à plusieurs siècles.

Le Sultanat d’Oman existe depuis des siècles et contrôlait autrefois un empire s’étendant de l’océan Indien à la côte est de l’Afrique. Ce qui contraste avec la relative jeune histoire de ses voisins, tels que les Émirats arabes unis et le Qatar, qui ont été créés en tant qu’États indépendants en 1971.

Oman entretient les relations diplomatiques et commerciales les plus anciennes avec les États-Unis et ce, depuis 1790.

À l’instar d’autres États du Golfe, Oman a également recherché les faveurs de la famille Trump.

La Trump Organization, dirigée par les enfants du président, a conclu un accord de franchise pour un hôtel de luxe et un terrain de golf en cours de construction à Oman.

MEE