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Iran: 1 Stützpunkt in 1 Land

Démarrée le 28 février, la guerre que les États-Unis et Israël ont entrepris seuls et sans alliés, soi-disant pour « finir le travail » engagé par la guerre des « 12 jours » d’à peine un an plus tôt prend l’allure d’un fiasco.

Isolé d’abord dans son pays dont les sondages témoignent d’un rejet à hauteur de plus de soixante pour cent, Trump qui rencontre l’hostilité des Démocrates peine à convaincre son électorat MAGA qu’il avait entraîné sur un programme de paix et d’arrêt de toute expédition guerrière. Prétextant un possible accès à l’arme nucléaire de l’Iran, le déroulement du conflit s’est déplacé autour de l’enjeu du détroit d’Ormuz qui inquiète beaucoup plus la population des États-Unis qui en ressent l’impact dans son quotidien.

S’emparant de ce nouveau conflit surgi dans la guerre et cherchant à impliquer ses alliés occidentaux, il a dû prendre conscience que la plupart de ceux-ci ayant condamné l’intervention et ayant affirmé à maintes reprises que ce n’était pas leur guerre, refusaient tout également de se joindre à lui militairement sur la question du détroit d’Ormuz. La réaction de Trump fut immédiate : colère contre ses alliés et contre l’OTAN et menaces de s’en souvenir. Bref, un isolement diplomatique sans précédent. Il lui fallut également gérer sa difficile relation avec l’allié israélien dont les objectifs n’étaient pas forcément les mêmes, pas plus que les moyens à employer. Jusqu’au-boutiste, Israël soucieux de renverser le régime iranien dans l’espoir que ses nouveaux dirigeants accepteraient l’idée d’abandonner tout programme nucléaire, voulait continuer les frappes jusqu’à une capitulation de l’adversaire.

Mais plusieurs accrocs surgirent qui perturbèrent le scénario. Tout d’abord l’impréparation et la précipitation ont nui aux opérations. Ensuite la surprenante résilience du gouvernement iranien dont on claironnait qu’il ne pouvait que s’effondrer rapidement. Puis l’efficacité des ripostes iraniennes qui réussirent à détruire, avec des pertes considérables en matériels, la quasi-totalité des bases américaines pré-positionnées dans les États de la péninsule arabique, entraînant toute la région dans le conflit. Ajoutons à cela l’entré active du Hezbollah dans les hostilités ouvrant un second front pour Israël et surtout le contrôle par l’Iran du détroit d’Ormuz donnant une dimension mondiale à cet affrontement qui pourrait s’élargir à des menaces sur les câbles sous-marins de communication.

Cette guerre que l’on désigne à tort d’asymétrique – ce type de guerre désignait essentiellement les luttes de guérillas du XX° siècle, notamment en faveur des indépendance contre les métropoles coloniales – a durement frappé l’Iran, mais a en même temps révélé l’éventail des armes utilisées par celui-ci et sa capacité à en reconstruire rapidement. Il s’agit en fait de guerre dissymétrique comme ce fut le cas des guerres engagées contre la Serbie ou la Libye. Les raids aériens et les frappes de missiles ont causé d’immenses dégâts et de nombreuses victimes en Iran et le pays mettra plusieurs années à panser ses blessures et à en effacer les séquelles.

La hantise des guerres passées – Vietnam, Irak, Afghanistan – et les pertes de soldats constituaient une ligne rouge que Trump savait ne pas pouvoir franchir sauf à s’engager dans une opération coûteuse en soldats et pour l’économie américaine. Bref, le bourbier et l’enlisement impensables à six mois des élections de mi-mandat prévues pour novembre et d’autres dates importantes pour l’agenda politique.

Or, s’il est une leçon que l’on peut tirer de différends conflits, c’est qu’on ne peut renverser un régime – de 90 millions d’habitants – uniquement par des frappes de missiles ou de bombardements massifs. Il faut occuper le terrain, le contrôler et mettre en place un nouveau régime acceptable par les populations. Faute de la possibilité d’une telle option le dilemme de Trump est rapidement devenu : comment peut-on contraindre un pays que l’on ne peut envahir ?

Les différentes phases de cette guerre ne sont que des tentatives successives qui s’enchaînèrent sans succès, parfois arrêtées dès le deuxième jour, donnant l’impression d’un président versatile qui n’était qu’à la recherche d’un moyen efficace pour obtenir ce qu’il voulait. Et il est bien difficile de sortir un lapin du chapeau toutes les semaines. En réalité Trump, au-delà de ses revirements poursuit toujours le même but – contraindre l’Iran – et tourne en rond à trouver la méthode efficace.

Les tentatives se sont succédées. D’abord, sur suggestion israélienne, la décapitation des chefs religieux, militaires et politiques du régime au travers d’assassinats ciblés. Mais le régime a démontré sa capacité de survie et a fait arriver aux commandes une nouvelle équipe, bien préparée, et farouchement déterminée à poursuive le combat avec souvent plus d’intransigeance. Puis a succédé une longue phase de bombardements massifs visant à détruire le potentiel militaire de l’Iran et ses infrastructures énergétiques. Jusqu’au 7 avril, où, faute de résultats, la décision d’un cessez-le-feu est décidée. Mais entre temps la guerre s’était élargie au front libanais avec l’entré en action du Hezbollah et surtout au détroit d’Ormuz désormais sous contrôle iranien. Devant ce nouveau front les États-Unis tente l’ouverture d’une nouvelle opération – « Le Projet liberté » – d’escorte militaire de bâtiments dans le détroit d’Ormuz qui durera … 48h, puis le blocus filtrant bloquant les navires sortants. Pendant ce temps était agité la menace un débarquement au sol afin de récupérer les stocks d’uranium enrichis, ou bien évoqué l’existence de négociations en cours souvent démenties par les interlocuteurs supposés, ou encore invoqué des dissensions au sein du régime iranien.

L’urgence pour les États-Unis est devenue celle du déblocage du détroit d’Ormuz pour lequel ses alliés se gardent bien de se joindre militairement. Tout le reste est repoussé à plus tard lors de l’ouverture de négociations, notamment les buts de guerre affichés et donc le nucléaire. Pour l’instant l’Iran n’a cédé sur rien et a obligé ses adversaires à déplacer le contentieux sur le détroit d’Ormuz à régler au plus vite, reportant à plus tard la discussion sur les autres sujets. Trump, poussé par la hâte d’en finir pour faire face aux échéances internes qui approchent aux États-Unis permet aux Iraniens d’être maîtres du temps et d’obliger leur adversaire principal à une formule qui ressemblera à l’Accord signé en 2015. Bref, sur les trois points prétextés – le nucléaire, le potentiel balistique et l’aide aux proxis, sans compter la nature du régime – une guerre pour rien.

On ne peut s’interroger sans évoquer le contexte souvent abordé par les medias. Deux mots reviennent : le pétrole et la Chine. L’agression contre le Venezuela visait explicitement à s’assurer le contrôle de son pétrole dont une large partie de ses exportations étaient dirigées vers la Chine. Faire d’une pierre deux coups en s’emparant du pétrole vénézuélien et en priver la Chine. La guerre d’Iran doit être également appréciée à l’aune de la vive rivalité entre la Chine et les États-Unis. L’énergie en est une composante essentielle.

Les conséquences se dessinent déjà à grands traits. La région moyen-orientale en sera bouleversée. La protection américaine en matière de sécurité sera discréditée. Les pays « protégés » par des accords de défense sont devenus les premières cibles et ont subi de sérieux dommages ainsi que les intérêts américains qui s’y trouvaient. Une leçon sera certainement retenue par les États-Unis : rapprocher des bases militaires près d’un ennemi potentiel a pour effet d’en faire les premières cibles facilement touchées en cas de conflit. Les pays de la région devront repenser leurs stratégies sécuritaires d’une autre façon.

Une autre leçon doit être méditée. À aucun moment la question de l’arsenal nucléaire d’Israël n’a été posée. Pourquoi ce qui a été possible pour l’Amérique latine et l’Afrique – en faire des continents dénucléarisés – ne le serait-il pas pour le Moyen-Orient ? Pour l’Iran s’engager à renoncer à l’arme nucléaire, pour Israël démanteler la sienne. Chiche !

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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