Mise à l’écart sur le plan politique et restriction de ses forces dans le sud

L’engagement soudain de la France dans une campagne de pression sur les États-Unis et Israël pour mettre fin à la guerre au Liban ne signifie pas que Paris ait changé sa position politique par rapport à celle qu’elle avait avant l’accord de novembre 2024, lorsqu’elle avait largement adopté le discours israélien dans son approche du dossier du front libanais, au point que l’ambassadeur français à Beyrouth, Hervé Magro, avait mené une campagne virulente contre le Hezbollah dès le début de la guerre, en attribuant au parti la responsabilité de l’escalade, allant jusqu’à répéter que le parti était « une force faible, incapable de résister à Israël ».
Ce discours s’est encore durci après que des soldats de la contingent français de la FINUL ont tenté de pénétrer dans une propriété privée à la suite de l’annonce du cessez-le-feu à la mi-avril dernier, ce qui a conduit à un affrontement au cours duquel deux soldats français ont été tués. À ce moment-là, Paris a lancé, sur décision directe du président Emmanuel Macron et avec la participation de l’ambassade à Beyrouth, une campagne politique et médiatique exigeant que des mesures soient prises contre le Hezbollah.
Alors que l’ambassadeur français, à l’instar de ses prédécesseurs, maîtrise « le jeu libanais » en adaptant son discours en fonction des circonstances et des interlocuteurs, la position française reste régie par une constante fondamentale : chercher à apaiser Israël afin de se tailler un rôle au Liban, notamment dans la perspective de la fin du mandat des forces internationales à la fin de l’année. Cette ambition française se heurte toutefois au refus répété d’Israël d’accepter tout rôle politique, militaire ou technique de la France dans le dossier libanais.
Malgré cela, Paris a continué à fournir ses services sur le terrain et en matière de sécurité à Israël, et a réitéré sa demande adressée à l’armée libanaise d’autoriser l’utilisation de drones français de type MQ-9 pour effectuer des missions de reconnaissance dans l’espace aérien libanais, dans le cadre du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu adopté après l’accord de novembre 2024, géré par la commission du « mécanisme ».
La demande comprenait un calendrier de 13 jours de missions de reconnaissance, du 5 au 29 mai. Il convient de noter que le commandement de l’armée et la résistance savent que l’objectif de ces missions se limite à fournir les renseignements dont Israël a besoin dans le cadre de la guerre en cours.
Pourtant, les forces d’occupation ne tiennent pas compte de la présence française, même pour la forme, et continuent d’humilier les forces françaises opérant dans le sud, leur adressant des avertissements pour qu’elles évacuent certains points ou ne traversent pas certaines routes. Il y a une dizaine de jours, une force motorisée de l’armée d’occupation s’est avancée sur la route reliant les villages d’Aita al-Jabal et de Hadatha, où elle a intercepté une force française qui tentait de se rendre à l’un de ses postes à Hadatha, et lui a demandé de changer d’itinéraire.
La force française s’est conformée à cette demande et a modifié son itinéraire, qui partait de l’un de ses centres à Tibnine via la route la plus courte passant par la localité d’Aita al-Jabal, pour emprunter une autre route passant par les localités de Kounine et al-Tiri, puis revenir à Hadatha. Il convient de noter que la partie française avait été informée par les forces israéliennes qu’elles étaient en train de mettre en place des barrages et des points de passage entre les villages, en particulier ceux qui étaient habités, et que les passages se feraient sur la base d’autorisations officielles, y compris pour les forces internationales elles-mêmes.